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Cambior en Guyane : une mine d’or dans un parc naturel ?

Mis en ligne lundi 2 octobre 2006 par Daniel MATHIEU - Brèves - Environnement

RFI, le 11 08 06

La Guyane redoute les effets sur l’environnement et sur la santé publique d’une mine à ciel ouvert du Canadien Cambior qui projette d’extraire l’or primaire par broyage du minerai et cyanuration. La concession de 30 kilomètres carrés accordée par l’Etat fin 2004, occupe 0,5% du Parc naturel régional. Elle jouxte une zone humide d’importance internationale ainsi qu’une réserve où vivent des caïmans noirs. Le télescopage annoncé entre ce projet aurifère et l’ouverture, en septembre, de l’enquête publique pour la création du Parc national, contrarie le ministère français de l’Ecologie.

« Ce n’est pas le meilleur endroit pour une mine », admet l’un des deux inspecteurs dépêchés fin juillet dernier en Guyane, à la fois par le ministère français de l’Ecologie et par celui de l’Industrie. Mais « Est-ce une raison pour ne pas la faire ? Il y a de l’or », et beaucoup, rectifie-t-il aussitôt. Au total, il y aurait en effet 34 tonnes en réserve dans le gisement aurifère selon l’entreprise canadienne Cambior. La concession se trouve à Roura, à 50 kilomètres à l’est de Cayenne, au pied des montagnes de Kaw, près de marais qui abritent des caïmans noirs, une espèce menacée. La concession de CBJ Caïman (filiale de Cambior) occupe 8% d’une zone d’intérêt majeur pour la faune et la flore. Or, jamais auparavant une concession minière (ou tout autre permis d’exploitation d’or) n’avait été octroyée en Guyane dans ce type de zone protégée.

Seul le patronat est d’accord

La mission d’inspection a été décidée en mai à Paris en raison d’une opposition croissante au projet. Celle-ci s’est concrétisée par des réserves émises lors des enquêtes publiques qui ont accompagné les différentes requêtes de l’industriel : ouverture de travaux miniers, demande d’exploiter des installations classées pour la protection de l’environnement et permis de construire. Tout au long de ces consultations, terminées le 12 mai dernier, seul le patronat de Guyane a apporté son soutien au projet.

A plus de 16 400 euros le kilo d’or au cours actuel, le montant de la taxe reste modeste : 56,25 euros par kilo, dont 46,90 vont à la commune, le reste au département. Le 7 juin, la municipalité de Roura, dont la majorité politique est à droite, a voté contre l’implantation de cette mine d’or sur son territoire, faisant valoir ses craintes face aux « conséquences environnementales et [à] l‘absence de retombées économiques ». Le 26 juin, la gauche s’est à son tour organisée dans un collectif baptisé Non au projet Cambior à Kaw. Ce dernier regroupe à ce jour 24 organisations rassemblant la gauche locale, les Verts, des associations écologistes et un syndicat.

De son côté, le 21 juillet, le conseil régional a repoussé la demande de la Fedom-G (groupe d’opérateurs miniers, dont fait partie CBJ Caïman) qui proposait d’indexer sur le cours de l’or la taxe sur le carburant pour les engins mobiles. La région a, le même jour, voté à l’unanimité une motion contre le projet Cambior, y compris les conseillers UMP présents, alors que les ministres de l’Outre-mer et du Tourisme, François Baroin et le Guyanais Léon Bertrand, se sont déclarés favorables au projet de mine d’or.

Risque de pollution au cyanure

« On ne peut pas prendre le risque que les rejets de l’usine finissent dans les marais de Kaw, ni qu’une pollution au cyanure atteigne la prise d’eau potable qui alimente Cayenne sur la rivière Comté », martèle Robert Cibrelus, le conseiller régional socialiste chargé des affaires minières. Des scénarios réfutés par CBJ Caïman qui affirme que « deux études topographiques au laser et une marche d’un de nos géologues démontrent que la crique où se jette l’effluent final du site n’aboutit pas aux marais de Kaw ». « Concernant les cyanures, un procédé les réduira à 1mg/l à la sortie de l’usine et plusieurs boucles de réutilisation de l’eau pour broyer le minerai, garantissent de façon quasi-absolue un effluent final aux normes, sous les 0,1 mg/l, à la sortie du parc à résidus. Et cet effluent sera dilué 1 000 fois avant son arrivée dans la Comté à 22 kilomètres », assure Denis Hamel directeur de l’usine.

Début 2005, il était prévu que l’usine consomme chaque jour 6 720 mètres cubes d’eau et 3,1 tonnes de cyanure. « Sous la pression de la Direction régionale de l’Industrie (Drire), nous avons ajouté un second épaississeur pour récupérer du cyanure, une station d’épuration des résidus qui seront en plus stockés dans une aire réduite. Et nous avons opté pour des circuits de réutilisation de l’eau qui atténuent notre consommation quotidienne d’eau à 2 254 m©¯ et de cyanure à 1,6 tonne », indique Jean-François Doyon, directeur environnement de CBJ Caïman. Traitant 5 500 tonnes de minerai par jour, l’usine devrait produire 3,9 tonnes d’or par an durant au moins 7 ans. A la demande du ministère de l’Ecologie, le projet est gelé « administrativement » jusqu’au rapport des inspecteurs. Or, en coulisses, il avance. Fin juillet, l’industriel a reçu un projet d’arrêté préfectoral autorisant l’ouverture des travaux miniers. « L’obtention du permis de construire sera une formalité », estime, par ailleurs, M. Hamel, « car il dépend du code de l’urbanisme et non de celui de l’environnement ».

Insuffisances pour le permis ICPE

Seul le permis ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement) semble poser problème. Il a reçu un avis défavorable du commissaire-enquêteur et de la Direction régionale de l’environnement (Diren) laquelle pointe, entre autres, l’absence d’étude d’impact du bruit sur la faune, des insuffisances concernant la remise en état du site et ne partage pas l’analyse de l’industriel sur le suivi des eaux superficielles. « On va se remettre autour d’une table avec la Drire et la Diren, tout sera OK avant d’exploiter », assure M. Hamel. Un appel à une grève générale mi-septembre contre le projet est envisagé en Guyane. Au grand dam du ministère de l’Ecologie qui a demandé aux inspecteurs censés se prononcer sur le respect de la réglementation par Cambior « de décaler à la fin septembre la remise de leur rapport pour ne pas torpiller la création du Parc national ». Ce dernier sera l’objet d’une enquête publique qui doit commencer début septembre.

Prévu dans le Sud, après 14 ans de gestation, le dénommé Parc amazonien de Guyane a été accepté du bout des lèvres par les élus de 4 communes sur les 5 concernées par son implantation. Aujourd’hui, ce projet télescope « un projet Cambior devenu plus politique que technique. Des élus guyanais l’ont qualifié de projet néo-colonial parisien devant les inspecteurs », indique même une source au ministère de l’Industrie. Cambior, qui avance avoir déjà investi plus de 35 millions d’euros, espère obtenir ses derniers permis avant 2007 et construire les installations minières dans la foulée.

Par Frédéric Farine

© copyright de la source de l’article (auteur ou éditeur) Licence de l’article : Contacter l’auteur


Vos commentaires sur cet article

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  • Le 6 février 2008
    par Jean V.

    CHEZ NOUS ? ce n’est pas de l’or...encore que ! L’acharnement des industriels du charbon dit « propre » en dit long sur cette question ! Malgré le débat sur le réchauffement climatique et le protocole de Kyoto , Deux sociétés ont déposé un dossier en vue d’ouvrir sur les communes de Lucenay les Aix et Cossaye(Nièvre) une mine de charbon + centrale thermique. Projet soutenu par les élus socialistes et communistes locaux en dépit d’un rapport alarmiste réalisé par SOFREMINES en 2003 à la demande du conseil régional mais non publié à ce jour. Pour plus d’information consulter le site : http://www.adsn58.fr/

    exprimez vous sur le blog consacré à ce sujet : http://veriteminecharbon.unblog.fr/

  • Le 18 mars 2007

    Madame la Ministre de l’Ecologie et du Développement durable est donc arrivée samedi 11 mars 2007 en Guyane pour poser une borne de plus dans la délimitation du Parc Naturel Régional d’Amazonie. Sa visite a fait l’objet d’observations réciproques épiques et pleines de rebondissements entre les Amérindiens et elle, entre les responsables associatifs et elle, entre la police et les manifestants et de la part bien sûr des journalistes et autres chroniqueurs.

    Il y a cependant une chronique qui n’a pas encore filtré concernant la surveillance qui devrait être tout aussi réciproque de la nature.

    Les circonstances ont voulu que le dernier tir d’Ariane5 ait été retardé à ce même samedi et qu’à la fin de la mission je décide d’emmener ma petite famille au traditionnel cocktail. Juste avant d’arriver sur les lieux avant 20 heures, nous croisâmes un convoi tous gyrophares illuminant la nuit de bleu après la rousseur des feux du lanceur crépitant ; c’était inattendu et grandiose. Ce qui l’a été encore davantage fût que quelques secondes après nous vîmes dans les codes de la voiture un puma traverser la route en bondissant élégamment et prestement pour regagner son gîte habituel après qu’il ait sans doute été affolé par les vibrations du lancement. Cette vision furtive mais réelle a été symbolique, pour moi, de la surveillance qu’exerce aussi la nature sur nos responsables.

    Une nature qui a bien du mal à continuer à ce sentir chez elle tellement les gouvernants usent d’avis incohérents et de laisser faire entre la soi-disant préservation et la permissivité en matière d’exploitation aurifère sauvage, légale ou illégale. Les indigènes de tout poil et même les chercheurs ne peuvent plus se sentir chez eux non plus, que ce soit le long des fleuves ou par exemple à Saül. Dans ce village de l’intérieur, l’orgie fiévreuse des garimpeiros et de leur nébuleuse de profiteurs ou complices est en train de décimer la faune et le milieu naturel à pas fulgurants. A tel point que les jaguars et les pumas se rapprochent des habitants pour compenser la raréfaction de leurs proies. Ils mangent déjà les chiens ; ils mangeront bientôt les petits des hommes.

    Madame la Ministre, le parisianisme et les directives abstraites déphasées n’aboutiront qu’à des malheurs pour l’humanité si on ne laisse pas l’Amazonie française vivre paisiblement, si on ne laisse pas les Amérindiens continuer à savoir y vivre comme personne d’autre, si on ne laisse pas ces archives vivantes continuer à nous prodiguer les enseignements dont nous avons toujours besoin pour rester en symbiose avec notre monde. Vous avez eu des rôles antécédents contre la précarité, contre l’exclusion, pour la cohésion sociale, pour l’égalité des chances ; pourquoi nos autochtones d’Amérique seraient écartés de ces égards ?

    Mesdames et Messieurs les gouvernants de ce pays, ne laissez pas la préférence aux intérêts des mafieux et des corrompus, vous ne pourriez qu’en avoir rapidement honte à une époque où les cris d’alarme présentent l’agression de notre milieu naturel comme graves et irréversibles.

    Cette région ultra-marine contient déjà un pôle d’excellence spatial, elle doit également contenir un pôle d’excellence environnemental. Cette forêt de Guyane est à classer patrimoine mondial et non pas non pas zone d’activité Sevezo !

  • Le 4 octobre 2006
    par
    j’aimerais connaître la rentabilité de cette mine par rapport à d’autres, pour une pollution de 3 t de cyanure par jour cela vaut-il le coup, mais qu’est ce que la pollution à coté de la valeur de l’or ? Qu’importe ces pauvres petits caîmans noirs, qu’importe la qualité de vie des personnes et des animaux vivant dans cette contrée, Messieurs nos ministres ne nous parlez pas toujours de travail, cela m’étonnerait qu’il y ait beaucoup d’embauche sur place, tout le monde sait que ces extractions emploient très peu de main d’oeuvre, et la durée est très limité 7 ans, c’est peu au regard de la pollution et de la dégradation du site. Messieurs nos ministres allez donc faire un petit tour en vacances là-bas, je vous conseille les marais de Kaw, à camp caîman, avant que tout ne soit pollué, cela vous fera peut être changer d’avis.
    • Le 5 octobre 2006
      par Alain
      Bonjour Ne serai t il plus intelligent de protéger l’or vert qui me semble aura dans queques décénies plus de valeur qu’un métal de parurre. Alain
      • Le 17 octobre 2006
        par Martel

        Il y a de l’or ? OK, et alors. Ce n’est pas une raison pour massacrer ce paradis... L’or vert, c’est la richesse de l’humanité. Un crime contre l’or vert est un crime contre l’humanité.

        J’aimerais bien faire quelque chose contre cela ? Mais quoi ? Protester et l’écrire est ma modeste contribution...

        Michel G.C. Martel ( Paris )


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