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Mis en ligne mercredi 18 octobre 2006 par Daniel MATHIEU - Brèves de l’Actualité - Environnement
Le Monde, 17 octobre 2006, correspondant de Cayenne
Alors que le gouvernement annonçait, le 11 octobre, qu’il n’autorisait pas le projet de mine d’or du canadien Cambior en Guyane, en raison de "quelques lacunes" sur le plan écologique, les Guyanais venaient d’apprendre que François Loos, le ministre délégué à l’industrie, avait accordé le 1er août, contre l’avis des élus locaux, des administrations et du préfet, un permis de recherche de mines d’or à la société Rexma sur la commune de Saül... en "zone de protection forte" du schéma d’aménagement régional et en bordure d’une zone "coeur" du projet de parc national amazonien. Le conseil régional a annoncé son intention d’attaquer en justice l’arrêté ministériel.
La polémique tombe en pleine enquête publique sur ce projet de parc - une aire de protection et de développement durable de 34 000 km2 située dans le sud de la Guyane -, lancé en 1992, maintes fois reporté faute de consensus local, et dont la création est annoncée pour début 2007. "Le permis que vous venez d’attribuer va immanquablement faire basculer la mairie de Saül dans l’opposition au projet de parc national et faire le jeu des opposants au parc", s’inquiète la ministre de l’environnement et du développement durable dans un courrier adressé à son homologue de l’industrie. Dans ces conditions, Nelly Olin appelle François Loos à "publier au Journal officiel dans les plus brefs délais un arrêté de retrait du permis". Le ministre de l’industrie n’a pas donné suite aux sollicitations du Monde sur ce dossier. Dans son courrier, Mme Olin évoque un autre permis de recherche accordé par M. Loos dans la zone "coeur" de la commune de Maripasoula, le 17 février... soit quatre mois après la communication officielle du périmètre de l’avant-projet de parc. "La création du parc va empêcher la compagnie d’effectuer ses recherches. Il conviendrait de l’en informer et d’étudier les conséquences éventuelles en termes d’indemnisation", conclut Nelly Olin à l’adresse de François Loos.
Ce n’est pas le premier loupé de l’Etat dans le parc en gestation. En 2001, le préfet de l’époque reconnaît "une erreur administrative des services fiscaux" qui ont accordé en 1998 à un orpailleur de Maripasoula une autorisation d’occupation temporaire, sur la rivière Waki, en zone de droits d’usage des Amérindiens Emérillons. Dans la foulée, d’autres orpailleurs locaux se sont introduis sans autorisation, avivant les tensions entre la communauté noire marronne, majoritaire à Maripasoula - et dont sont issus certains orpailleurs - et la communauté amérindienne. En décembre 2000, une grand-mère amérindienne est tuée par un employé d’un orpailleur local. La semaine dernière, le petit-fils de la défunte a versé à l’enquête publique sur le projet de parc une pétition signée par 292 personnes des villages amérindiens du Haut Maroni, demandant le rapprochement de la "zone coeur" du parc, ce afin d’être protégé de l’orpaillage.
A l’issue d’un long processus de concertation, le projet actuel de parc propose en effet une division de la commune en deux parties : une zone coeur, située loin des lieux de vie, où sont autorisées les activités de subsistance des résidents - chasse, pêche, cueillette - et une "aire d’adhésion", où les activités - sans exclure l’orpaillage - seront déterminées en fonction d’une charte négociée entre la commune, les acteurs locaux et le parc. "Il y a eu un consensus sur ce zonage", assure Colin Niel, le chef de la mission pour la création d’un parc en Guyane, alors que les Verts de Guyane dénoncent des "pressions exercées sur les Amérindiens de la commune". En octobre 2005, le congrès des conseils régional et général a rejeté le projet de parc en l’état, réclamant comme préalables une "éradication de l’orpaillage clandestin" et une appropriation locale du projet qui permette le développement du Sud guyanais. "La plupart de ces remarques ont été prises en compte dans le projet ou dans la loi du 14 avril 2006 sur les parcs", précise Colin Niel, tels "le maintien des droits de subsistance, la représentation majoritaire des acteurs locaux au conseil d’administration, ou le recrutement de contractuels sur place, par dérogation, pour le parc", ajoute-t-il. Si quatre communes concernées sur cinq ont approuvé le projet, les maires déplorent, dans un communiqué du 13 octobre, "l’absence de mesures annoncées pour le renforcement de la lutte contre l’orpaillage". A Camopi, à la frontière avec le Brésil, des centaines d’orpailleurs clandestins, ravitaillés par des bases arrière implantées sur la rive brésilienne de l’Oyapock, opèrent au mercure (interdit depuis le 1er janvier sur les sites légaux) dans le coeur du projet de parc. "Nous ne pouvons pas créer un parc dans une poubelle", s’insurge Joseph Chanel, le maire de Camopi. Selon une enquête menée en 2005 dans les villages amérindiens du Haut Maroni, la majorité des habitants dépassent le seuil de méthylmercure recommandé par l’Organisation mondiale de la santé. En 1998, selon l’Inserm, un quart des enfants du Haut Maroni dépassant ce seuil présentaient des signes infracliniques d’altération comportementale.
Laurent Marot
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Une fois de plus, le projet de parc est mis à mal par un manque de cohérence des politiques menées. On pourrait pourtant s’attendre à une attitude plus "responsable" de la part de nos gouvernants qui voudraient, officiellement, donner l’exemple en matière d’écologie en Amérique du Sud.
Ce vieux serpent de mer qu’est le Parc National de Guyane passera - t’il le stade de la simple "mission pour la création du parc" ?
Pourra-t’on concilier le développement économique de la Guyane avec la protection de son environnement ? Celà paraît pourtant possible mais il semble que chaque fois que des progrès significatifs semblent être réalisés, une "gaffe administrative" vient les réduire à néant.
Celà finit par être lassant.
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