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Les cultivateurs de la côte équatorienne et la forêt

Mis en ligne mardi 21 novembre 2006 par Tela Botanica Association - Points de vue - Environnement

D’emblée les trajectoires des cultivateurs de la côte équatorienne impliquent une perception de la forêt bien différente de celle que projettent les autres groupes sociaux, car leur histoire collective s’est construite à partir de la destruction des couverts ligneux et de leurs biotopes. Sans brouiller l’écho favorable que reçoit la conquête agricole des régions forestières, le discours écophile fait peu à peu évoluer les mentalités dans les campagnes. Certes, les critiques s’adressent encore uniquement aux industries d’extraction, et sans doute moins parce qu’elles conditionnent une grande consommation d’espaces forestiers que parce qu’elles bénéficieraient à des compagnies nord-américaines.

Au regard des difficultés qu’ils rencontrent pour écouler à bon prix les denrées agricoles, les cultivateurs interrogés ont acquis la conviction que seuls les groupes agro-alimentaires nationaux ou internationaux peuvent tirer profit de la mondialisation des échanges. Par conséquent, ils manifestent de la défiance vis-à-vis d’un projet de partage des terres favorables à la petite propriété. La pauvreté dans les campagnes ne serait pas tant liée à la conjoncture actuelle bien qu’elle y contribue, mais plutôt au morcellement des lots. Cinq, six parfois sept familles se partagent aujourd’hui les terres des parents.

La manière dont les cultivateurs envisagent les pratiques de déforestation témoigne d’une mésestime presque caricaturale de la forêt. À croire qu’attribuer une valeur marchande autre que la production de charbon de bois serait aller à l’encontre des fondements d’une identité socioprofessionnelle que la société civile a valorisé en fonction des volontés collectives de mettre en valeur les terres de solitude. De sorte que la vieille dualité entre la selva, antre de la sauvagerie, et l’agriculture dont l’objet a été précisément d’y apporter la lumière, définit l’intensité des liens avec le territoire. Dans sa filiation, le cultivateur équatorien se pose en pionnier ou comme le fils d’un pionnier, un homme opiniâtre qui défend ses terres porteuses de récoltes. Ainsi comprennent-ils leur rôle, un rôle qui outrepasse des préoccupations productives pour gagner une implication sociale investie par une rhétorique tantôt religieuse tantôt guerrière.

Comme ils n’intègrent pas la forêt dans un système complexe d’interactions et d’interdépendances entre milieu et êtres vivants, les cultivateurs minorent les conséquences des déboisements. La forêt devient un lieu étrangement vide, presque stérile lorsque sa protection juridique est abordée : les activités de cueillette, de pêche ou de chasse, subsistance des ethnies primitives déclenchent rires et railleries. Ils s’émeuvent de leur mode de vie, de leur paganisme d’un autre âge, de leur naïveté dans la nudité, etc. Derrière le voile de la déforestation se cachent d’anciens réflexes ethnocentriques voire racistes, subordonnés à une mission civilisatrice prêchant l’acculturation des peuples indigènes ou plus cruellement leur disparition. Ces points de vue, là encore très caricaturaux, s’inscrivent dans un cadre bien plus large, celui de la légitimation de la conquête agricole par la négation de l’état sauvage.

Si la forêt est disqualifiée, il n’en va pas de même des plantes non ligneuses qu’elle abrite. Faute d’avoir accès à des médicaments génériques, l’usage des plantes médicinales surtout quand elles conservent une part d’énigme ou représentent une menace, fomentent l’espoir. Sachant combien ce milieu abonde d’espèces aux propriétés aussi diverses que méconnues, les cultivateurs appellent la communauté scientifique à s’impliquer davantage sur un terrain qu’ils pressentent fructueux en découvertes. Néanmoins, l’engouement pour une forme de phytothérapie ne saurait justifier une législation contraignante en matière d’exploitation des couverts forestiers tout au plus s’agirait-il d’encourager le collectage d’un grand nombre de plantes.

Samuel Perichon, Président, Un arbre pour demain
(www.un-arbre-pour-demain.fr)
Extrait d’un article inédit : Perichon S. (2006). "Déforestation et dynamique paysagère dans un lotissement agricole du Guayas (Equateur)"

Pour toutes informations complémentaires, veuillez contacter : s_perichon@voila.fr

© copyright de la source de l’article (auteur ou éditeur) Licence de l’article : Contacter l’auteur


Vos commentaires sur cet article

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  • Le 22 novembre 2006
    Article bizarre : quel est le contexte de cette réflexion ? Qui l’a menée, à la demande de qui ? On ne sait pas. Comment savoir si c’est sérieux ou non ? Aucun indice ne permet de le savoir.
    • Le 22 novembre 2006

      Vous aurez plus de renseignements sur le site indiqué, menu "Projet Rio Ruidoso", rubrique éprésentation".

      Il y a des précisions sur le projet, le diagnostic et sa méthode, les partenaires, ...

      Si ce n’est pas suffisant, pourquoi ne pas leur demander ? Ils seront surement ravi d’engager le débat !

      Leur mail trouvé sur le site : infos@un-arbre-pour-demain.fr


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