« Le génie des végétaux » (réédition du « Génie Végétal »)

Par Marcel Bournerias, Christian Bock et Aline Raynal-Roques (287 pages, 24 euros), Belin, 2006.

Dans l’article 1074 Benoît BOCK nous annonçait la parution de l’ouvrage « Le génie des végétaux« . Récemment, Marc-André SELOSSE de l’université Montpellier 2 et Frédéric DELBELLE de l’INRA ont fait paraître une critique commentée de cet ouvrage dans la revue POUR LA SCIENCE – N° 357 JUILLET 2007, dont nous vous rapportons la teneur.

« Le génie des végétaux, c’est leur capacite d’adaptation fondée sur leur diversité; c’est un «bon génie» pour l’homme et les écosystèmes. Pour explorer cette notion, les auteurs de cette version complètement remaniée d’un ouvrage de 1992 (Nathan) définissent le végétal selon une acception ancienne et large qui inclut champignons et algues. On ne peut que les en louer, car il n’existe aucune définition des «végétaux» correspondant à un groupe
monophylétique, c’est-a-dire de descendants d’un ancêtre unique. Cela n’empêche pas I’ouvrage d’être imprégné des nouvelles classifications phylogénétiques.

Le texte, très fluide, est largement illustré. Les auteurs ont réalisé la synthèse de la culture naturaliste classique et de données plus récentes, tels ces picoeucaryotes – des eucaryotes de la taille de bactéries – ou encore celui de ces orchidées non chlorophylliennes nourries par des champignons.

Dans chaque partie, le discours est aussi foisonnant que le sont les plantes. L’extraordinaire diversité végétale s’exprime d’abord dans les modes de nutrition des plantes ; si la plupart sont photosynthétiques, certaines parasitent d’autres plantes, d’autres encore sont carnivores. Pour mieux assimiler les éléments nutritifs, les plantes s’associent souvent à des micro-organismes, fondant par exemple des symbioses avec les champignons mycorhiziens qui permettent une meilleure absorption de I’eau et du phosphore ; ou encore avec les bacteries Rhizobium fixatrices d’azote. La diversité
des végétaux résulte de leur adaptation à des contraintes variées, tant abiotiques (sécheresse, froid, salinité etc.) que biotiques (prédateurs, parasites, autres végétaux concurrents). Mais c’est dans la reproduction que la diversité végétale apparaît le mieux au profane, confronté à la variété infinie des fleurs, fruits et graines.

L’ouvrage illustre deux mécanismes évolutifs majeurs, la convergence et la convolution. On peut regretterque la convolution ne soit pas toujours assez explicitée ; pourtant, les fleurs
pollinisées par les insectes en décrivent admirablement la portée. Quant a révolution convergente, la description de «tendances évolutives  » (réelles dans certaines lignées) cache parfois I’existence de réversions (retour secondaire à I’état ancestral), voire peut faire croire à un progrès. Néanmoins, les auteurs relativisent bien I’intérêt de la complexité, en soulignant par exemple que la complexité des fleurs d’orchidées… n’amène pas d’avantage reproducteur marqué par rapport à des fleurs plus simples. »

Marc-Andre Sélosse, Université de Montpellier, et Frédéric Debellé, INRA

In POUR LA SCIENCE – N° 357 JUILLET 2007, page 102.

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