L’herbier du docteur Antoine Bras a été adjugé à une « institution européenne » !

Une dépêche du Midi libre nous apprend que l’herbier du docteur Antoine Bras a été adjugé aujourd’hui 15 200 euros à l’Hôtel des ventes de Rodez. Ce monument botanique, vieux de plus de 150 ans, a été acheté par « une institution européenne ».

La vente de cet herbier aux enchères publiques avait été annoncée dans les actualités de Tela Botanica (article 2714). Nous espérions que cette vente se ferait au profit d’une institution scientifique nationale et qu’il serait ensuite confié à un Herbier institutionnel qui en assurerait la conservation et la mise à disposition pour les scientifiques qui travaillent sur la flore régionale, notamment celle de l’Aveyron. Il s’avère que cela n’a pas été le cas, une « institution étrangère » (!) disposant de moyens financiers suffisants, ayant remportée la vente.

Nous vous livrons ci-dessous la réaction de Christian BERNARD, auteur de la remarquable « Flores des Causses » (éditions SBCO, numéro 14, 1996, la 2ème édition vient de sortir…) et qui exprime son amertume face à la perte de ce patrimoine historique et scientifique.

À propos de l’herbier BRAS

Antoine BRAS, médecin et botaniste à Villefranche-de-Rouergue au XIX° siècle, est l’auteur d’un (le premier !) « Catalogue des Plantes vasculaires du département de l’Aveyron », publié en 1877.

De même que tous les botanistes de l’époque, il avait confectionné un bel herbier dont on avait perdu en partie la trace. Cet herbier important, qui compte 105 paquets d’échantillons pressés, séchés et étiquetés, encore en très bon état, a été retrouvé récemment dans un grenier… et proposé à la vente aux enchères publiques par les héritiers.

Une très large publicité médiatique a été faite autour de la découverte de cette collection et de sa vente. Donc, comme prévu, la vente de l’herbier, en bloc, a eu lieu à Rodez, ce 15 novembre 2008… et, ainsi que nous le redoutions, c’est un acheteur étranger qui l’a acquis « sur ordre », pour un montant qu’il ne m’appartient pas de divulguer.

Pour quelques centaines d’euros manquants qui ont fait hésiter les 2 où 3 acquéreurs institutionnels français potentiels, présents dans la salle, ce patrimoine historico-botanique de l’Aveyron et de la France partira à l’étranger !

Cette perte de notre patrimoine Aveyronnais et Français est une insulte à la mémoire d’Antoine BRAS, ce rouergat, qui partagea sa vie entre l’exercice de la médecine, ses charges de Maire et Conseiller Général de Villefranche et une activité botanique fructueuse, au service de l’acquisition des connaissances de la biodiversité végétale de son département et de son pays.

Ce soir, je suis amer, très amer ! et si je reste fier d’être botaniste, je ne suis plus très fier d’être français !

Christian BERNARD

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A un moment ou nous mettons en place des partenariats scientifiques et institutionnels pour le recensement des herbiers régionaux publics et privés (article 739, article 2633), une telle fuite de patrimoine nous interroge sur les limites de notre action et de celles de nos institutions !

Au-delà des inventaires, il conviendrait de se donner les moyens d’acquérir les herbiers dont la mise en vente risque de les soustraire à leur vocation scientifique et universelle (acquisition à titre privé), ou dans des conditions difficiles d’accès (trop grand éloignement de leur aire de récolte).

N’hésitez pas à nous faire part de vos réactions et de vos informations concernant cette vente ainsi que vos suggestions afin que nous envisagions des solutions collectives à ce problème, d’une façon générale.

Le forum ci-dessous est à votre disposition.

Daniel Mathieu
Président de Tela Botanica

5 commentaires

  1. La seule question qui compte: sera t’il conservé dans les conditions nécessaires pour qu’il reste facilement accessible aux chercheurs ? En France, en région Midi-Pyrénées, c’était l’idéal. En Europe, au moment où l’Europe se développe,la solution est peut être acceptable. Attendons les détails de l’opération..

    1. Au delà du scandale de la perte d’un tel patrimoine pour l’Aveyron et la France, j’aimerais bien savoir ce que cache le terme « institution étrangère »… On en est arrivé à spéculer sur des herbiers! On devrait pouvoir bloquer ce type de vente sous le motif qu’un herbier de ce type fait parti du patrimoine français et donc ne doit pas sortir du territoire.

      Moi aussi, je suis très amère, comme Christian.

      Martine Bréret

  2. Plusieurs d’entre nous avaient signalé l’affaire au Conservatoire botanique qui a fait confiance au Conseil Général 12 (qui avait financé le catalogue des plantes vasculaires du Dr Bras; ils devaient pour cela avoir un droit de propriété sur l’herbier…)Cette démarche semblait logique et bien adaptée. Cependant, compte tenu du sens exacerbé de l’économie bien connu chez mes compatriotes aveyronnais, le CG n’a pas jugé possible de surenchérir au delà de 15000 -quinze mille- euros. Effectivement, mon atavisme rouergat me laisse perplexe sur cette affaire.Il reste que faire passer ça par une vente aux enchères est un scandale et il faut répéter que le patrimoine botanique (même celui de l’Aveyron) n’est pas une marchandise.

    Louis Coubes

  3. Bonjour, je viens de lire votre article par curiosité. Justement j ai mis en vente un herbier ( des fils de Émile deyrolle ) des années 1800 à 1920 à brive la gaillarde.
    La vente va être effectué fin février . Je pense le vendre dans au minimum à hauteur de celui de Bras sachant qu’il est beaucoup plus important.Si vous êtes intéressé merci de prendre contact très rapidement.

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