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La merveilleuse histoire de la pomme en l’air

Mis en ligne mercredi 13 janvier 2010 par François MAUGIS - Points de vue

Connaissez-vous l’histoire de la Pomme en l’air ? C’est ce que propose de vous faire découvrir François Maugis, membre du réseau et habitant de La Réunion.

La merveilleuse histoire de la pomme en l’air : La Pomme en l’air [1] n’est pas une plante ordinaire. Ce légume tropical bien connu des gramounes et que certains appellent « Hoffe » fait partie, comme le Cambar, de la grande famille des Ignames. Mais, me direz-vous, pourquoi ce curieux nom de « Pomme en l’air » ?

Nos ancêtres n’étaient pas des nigauds et s’ils ont baptisé notre montagne « Piton des neiges » c’est bien qu’il y avait quelquefois de la neige tout là-haut, à la grande surprise de nos modernes experts de la Météo. De la même manière, et avec ce sens merveilleux de l’observation, ils ont baptisé cette plante « Pomme en l’air », tout simplement parce qu’il s’agissait bien d’une sorte de pomme de terre mais se développant en l’air et pas sous terre. Merveilleux raccourci descriptif que seuls nos anciens savaient faire. Rendez-vous compte, on n’est pas obligé de se baisser pour la ramasser, ni même de creuser le sol ! Un vrai miracle cette plante là. Comme les autres plantes de sa famille, cette Igname est en fait une liane qui pousse sur le sol des forêts tropicales et grimpe jusqu’au sommet des arbres pour aller chercher la lumière. Mais elle est la seule Igname à produire ces fameux tubercules aériens qui lui ont donné son nom de Pomme en l’air. Autre miracle, ces pommes sont bien utiles à sa reproduction et à sa prolifération. Résultat des courses, en essaimant à travers la forêt ses fameux tubercules qui, mûrs, tombent sur le sol et s’enracinent à leur tour, elle se reproduit à l’infini sans avoir besoin d’être mangé ni de passer par le stade compliqué de la fleur, de la pollinisation, du fruit et de la graine. Autant vous dire que cette plante n’eut aucun mal à coloniser toutes les forêts tropicales du Monde.

(JPEG)

Mais, revenons à notre histoire. Tout a commencé il y a bien longtemps, il y a probablement plusieurs centaines de millions d’années. Pendant longtemps, cette plante a proliféré. Elle a vu apparaître puis disparaître les Dinosaures. Elle a vu apparaître les singes il y a 35 millions d’années. Mais ce petit monde ne la dérangeait pas. Pensez-donc, qui aurait pu s’intéresser à ces sortes de patates difformes, sans odeur, sans couleurs et sans goût. Oh, il arrivait bien que quelques jeunes singes affamés et inexpérimentés, tentent de croquer la Pomme en l’air. Mais cela n’allait pas bien loin. Auriez-vous l’idée, vous de dévorer une pomme de terre crue ? Pourtant, les choses allaient changer. Dans une région d’Afrique, se produisirent, de plus en plus fréquemment des incendies de forêt. La population de singes était dense, celle des Pommes en l’air aussi. Au début, les singes se contentaient de fuir l’incendie. Mais, de plus en plus souvent, certaines tribus de singes ne trouvaient plus leur place dans cette forêt surpeuplée. Ils devaient quitter la forêt ou traverser d’immenses surfaces incendiées. Tiraillés par la faim, ils se précipitaient sur tout ce qui pouvait les nourrir. Parmi les restes de l’incendie se trouvaient des milliers de petites boules carbonisées qu’ils finirent par décortiquer. Et, oh surprise, il y avait à l’intérieur une pâte blanche délicieuse, bien meilleure que cette Pomme en l’air crue dont ils avaient tous un mauvais souvenir. Nos amis les singes venaient de découvrir les pommes cuites à la cendre. Et il y en avait beaucoup, de quoi nourrir toute la tribu pendant longtemps. Et puis la vie reprend son cours. Nos amis fructivores repartent à la conquête des arbres porteurs de fruits et de toutes sortes de baies dont ils font leur ordinaire. A la première fumée, pourtant, le souvenir de ces agapes de pommes cuites leur revient. Les flammes à peine éteintes, que font-ils ? Ils se précipitent sur ces petites boules noires et s’en régalent à nouveau. Dans certaines régions d’Afrique, cela devient une habitude de plus en plus fréquente. Il arriva même que certains tubercules crus soient projetés (volontairement ou pas) dans la cendre encore fumante. Le temps passe et le singe se creuse de plus en plus souvent la tête : « Y aurait-il donc un moyen d’améliorer mon alimentation ? » Toujours est-il que, chaque fois qu’il aperçoit une fumée au loin, il se précipite vers ce nouvel aliment décidément plein de saveur.
De plus en plus souvent, il projette dans la cendre ces tubercules crus qu’ils récupèrent un fois cuits. Le temps passe et l’intelligence du singe augmente. En effet, consommer cuit demande moins d’efforts à l’organisme que consommer crus. Les mâchoires moins sollicités, rapetissent, les intestins soumis à un travail moindre, raccourcissent, le cerveau augmente de volume [2]. De nombreuses années passent encore. Puis un beau jour, le singe qui commence vraiment à réfléchir, se demande s’il ne serait pas préférable d’amener le feu chez lui plutôt que de toujours courir après. Pour ne pas se brûler, il dispose un peu de braise rougeoyante entre deux pierres et amène le tout devant sa tanière. Il lui reste ensuite, comme il le faisait près de l’incendie, à jeter ses pommes crues dans le feu. Des années s’écoulent ainsi au cours desquelles la première tribu d’hommes-singes maîtrise le feu et la cuisson des aliments. Et puis d’autres tribus d’hommes-singes passent par là et, morts de jalousie devant ce miracle, décident de voler le feu. Ainsi débute la guerre du feu. Vous connaissez la suite.
Plus tard, bien plus tard, la Pomme en l’air accompagna l’homme dans toutes ses migrations à travers le Monde. On dit même que c’est grâce à elle que les tribus asiatiques d’hommes-singes purent traverser l’océan pacifique. Embarquée dans leurs frêles esquifs, la Pomme en l’air servait de nourriture pendant la traversée. Plantée en arrivant dans les îles, elle permettait de survivre et de continuer indéfiniment, d’île en île, le voyage.

Voici donc l’histoire merveilleuse de la Pomme en l’air. Quelque millions d’années plus tard les hommes se souviennent encore de ce fruit tropical qui a permis à l’animal de devenir humain et de peupler la Terre. Ils ont encore du mal à y croire. Ce miracle dépasse l’entendement. Alors ils inventent une histoire, celle du fruit défendu, le fruit qui les rendit intelligent et maître du Monde. Et ils se disent : « Prenons garde de bien utiliser cette intelligence, car si nous ne le faisons pas, nous ne connaîtrons plus jamais le Paradis qui nous a vu naître ».

François MAUGIS
http://assee.free.fr

Notes :

[1] Le nom scientifique de la Pomme en l’air est : Dioscorea bulbifera

[2] Théorie récemment émise par le CNRS

© copyright de la source de l’article (auteur ou éditeur)
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Vos commentaires sur cet article

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  • Le 26 mai 2012 par LAURE

    Bonjour,

    Merci pour votre article, que j’ai bien aimé.

    Je cherche actuellement des pommes en l’air pour en planter dans mon jardin, en France métropolitaine.

    Je veux bien payer les frais d’envoi et les bulbes mais je n’en trouve pas.

    Quelqu’un peut m’aider ?

    Laure

  • Le 16 janvier 2010 par Nicole CRESTEY

    les principes amers de D. bulbifera comprennent une substance toxique (diosbulbine) pouvant provoquer une paralysie et utilisée en Afrique pour la pêche et la chasse. Seules les variétés cultivées sont commestibles.
  • Le 15 janvier 2010 par Estelle

    Une bien jolie histoire ! Mais où se trouve t’elle donc cette pomme en l’air ? Parce qu’a la Réunion je n’en ai pas vu du tout !
    • Le 28 mars 2010 par Lilia

      Elle existe bien à la Réunion, Estelle ! et elle pousse très facilement ; il suffit de poser sur la terre un de ces tubercules et le tour est joué...

      Et la liane donne pas mal de "fruits" !


    • Le 10 mai 2010 par jihef

      eh bien si mademoiselle. Je sors ce jour du fond du Bras de la plaine où je suis passé par un îlet bordant les gorges. je viens de ramener trois jolies pomme en l’air et je remercie M. MAUGIS de son site. Mais nous en avions déjà acheté, ma femme et moi il y a quelque temps déjà, sur le marché du Tampon. L’image qui illustre l’histoire de la pomme en l’air correspond en tout point à la liane que nous avons trouvé et qui nous a fourni les trois pomme en l’air. Jihef du Tampon.

      • Le 26 mars 2011 par MAUGIS

        Le 26 mars 2011.

        Bonjour,

        Je réponds tout d’abord à Nicole CRESTEY (message du 16/1/10) : Il n’est pas tout à fait exact de dire que les espèces sauvages ne sont pas comestibles. Selon un communiqué récent du CIRAD, il semblerait que, même la variété africaine de Dioscorea bulbifera (Hoffe noire à la Réunion) redevenue sauvage à la Réunion suite à l’abandon de sa culture par les esclaves africains, soit toujours comestible. Elle est seulement devenue très amère. En réalité la plupart des tubercules (souterrains ou pas) ne sont comestibles que cuits. En effet, c’est la chaleur de la cuisson qui les détoxifient. Selon ma correspondante au CNRS : Annette HLADIK, Attachée Honoraire MNHN, Eco-Anthropologie et Ethnobiologie Muséum National d’Histoire Naturelle, 4 avenue du Petit Château, 91800 Brunoy (France) Tel 01 60 47 92 43, D. bulbifera contient 3 sortes de produits toxiques : des saponines stéroidiques, des di terpènes et des alcaloïdes mais, sauf informations contraires, ces produits sont éliminés à la cuisson. Pour ceux qui ne le savent pas, je rappelle que notre pomme de terre, elle-même, contient, à l’état cru des produits toxiques de la famille des glycoalcaloïdes. L’igname en général est un aliment extrêmement sain et énergétique. Il contient en particulier les vitamines B1 et B3 qui favorisent l’assimilation du sucre.

        Pour les autres correspondants, je préciserais les points suivants :
        -  A la Réunion les pommes en l’air se récoltent entre juin et aout. On en trouve donc sur certains marchés (en particulier celui du Chaudron à St Denis) à cette période mais, c’est vrai, en très petite quantités. Notre association travaille pour que cela change, tant les qualités gustatives et médicinales de ce tubercule sont grandes.
        -  A la Réunion, seule la variété asiatique de Dioscorea bulbifera (Hoffe blanche) se consomme. L’autre variété (Hoffe noire d’origine africaine) est actuellement trop amère. Nous nous employons à découvrir certains taxons non amers de la Hoffe noire, soit sur place, soit en important des taxons de bonne qualité du continent africain.

        François MAUGIS - La Réunion - energie.environnement@wanadoo.fr Tel : 0692 12 19 77.


        • Le 27 mai 2012 par

          Bonjour, Je réponds plus précisément à Laure qui souhaite se procurer des bulbilles de Dioscorea bulbifera (Pomme en l’air ou Hoffe à la Réunion). Nous sommes ici à la Réunion en fin d’été austral et donc proche de la saison de récolte de ces tubercules aériens. Je peux vous envoyer par la poste qq bulbilles de petite dimension. Je peux également amener en métropole des bulbilles plus grosses lors de mon prochain voyage à Paris vers le mois de septembre. Merci de m’adresser vos commandes, adresses et téléphone pour vous contacter à ce sujet. Cordialement, François MAUGIS. Tel : 0692 12 19 77 - energie.environnement@wanadoo.fr


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