Tela Botanica

Le réseau de la botanique francophone

Actualités

Agenda, s'informer, environnement

Vous êtes ici : Accueil > Actualités

La lettre de l’OEPP de mai 2017 : les envahissantes

Mis en ligne lundi 12 juin 2017 par Daniel MATHIEU - Brèves

Dans sa lettre de mai 2017, l’OEPP (Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes) nous alerte sur de nouveaux taxons introduits en Europe

Verticilliose sur Ailanthus altissima en Autriche
Ailanthus altissima (Simaroubaceae : Liste OEPP des plantes exotiques envahissantes) est native du nord et de l’est de la Chine et est une plante exotique envahissante dans la région OEPP. A. altissima peut envahir différents habitats, dont les prairies gérées ou non, les forêts, les berges des rivières et des canaux, les bords des routes et des voies ferrées, les terrains vagues et les zones urbaines. A. altissima s’établit facilement sur les sites perturbés artificiellement, tels que les bords des routes et les fossés, particulièrement dans la région méditerranéenne comme par exemple dans le sud de la France. Les jeunes arbres poussent rapidement et entrent en compétition avec les autres végétaux pour la lumière et l’espace. La lutte contre cette espèce est souvent onéreuse et l’utilisation des substances chimiques est soumise à des restrictions lorsque l’espèce se trouve à proximité de cours d’eau. En 1997, un dépérissement et une mortalité ont été observés sur certains A. altissima en Autriche et ont été attribués à Verticillium spp. et d’autres champignons causant des chancres de l’écorce. Entre 2011 et 2016, des prospections extensives ont été conduites dans l’est de l’Autriche où les Verticillium spp. sont largement répandus dans les populations d’A. altissima. Verticillium dahliae a été trouvé sur 56 des 77 sites étudiés, et V. nonalfalfae sur 2 des 77 sites. Les auteurs indiquent que la détection rare de V. nonalfalfae pourrait être liée à une gamme d’hôtes plus étroite que celle de V. dahliae. Des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer son potentiel d’agent de lutte biologique.

Colocasia esculenta : une plante envahissante qui se dissémine dans la Péninsule ibérique
Colocasia esculenta (Araceae) est une espèce herbacée émergente, pérenne, semi-aquatique et native d’Asie. Cette espèce, communément appelée ‘taro’, est utilisée pour ses cormes comestibles. Dans certaines régions chaudes et tempérées du monde (par exemple en Australie, en Amérique centrale et en Amérique du Sud), C. esculenta a un comportement envahissant. Elle commence également à devenir envahissante en Espagne, et quatre localités récemment envahies ont été étudiées en Andalucía. Il s’agit de deux sites dans la province de Cádiz et deux sites dans la province de Sevilla où tous les sites envahis sont situés dans des zones protégées. Les habitats envahis comprennent des petits cours d’eau temporaires, des canaux d’irrigation, des zones humides, des rivières et de grands fleuves, tels que l’Ebro. De plus, C. esculenta est signalé dans la partie continentale du Portugal, mais le statut de l’espèce au Portugal n’est pas clair. Il existe plusieurs signalements dans des bases de données portugaises mais des informations supplémentaires sur les populations sont nécessaires pour déterminer si l’espèce est établie. C. esculenta est envahissante sur les îles de Madère et des Açores. Les auteurs ont évalué le risque de C. esculenta à l’échelle de (1) la Péninsule ibérique et (2) l’Europe continentale, et concluent que l’espèce pose un risque important pour ces zones. Les auteurs suggèrent que cette espèce soit réglementée en Europe.

Cinq nouvelles plantes exotiques de la flore du Monténégro _ Des études botaniques récentes ont identifié cinq espèces nouvelles de la flore du Monténégro : Coreopsis tinctoria (Asteraceae), Ipomoea indica (Convolvulaceae), Lupinus x regalis (Fabaceae), Physalis angulata (Solanaceae) et Solidago canadensis (Asteraceae). Toutes ces espèces sont cultivées à des fins ornementales au Monténégro, et les végétaux destinés à la plantation sont la filière d’introduction la plus probable.

- Coreopsis tinctoria
Coreopsis tinctoria est une espèce annuelle native d’Amérique du Nord où on la trouve dans les zones humides basses, le long des côtes. L’espèce a été introduite en Europe dans les années 1830 et est présente dans toute l’Europe dans des habitats perturbés, jusqu’à 1000 m d’altitude. Au Monténégro, elle a été trouvée dans la zone de Velika Plaža (Long Beach), municipalité d’Ulcinj. Environ 20 individus était dispersés sur 16 m2.

- Ipomoea indica
Ipomoea indica est une liane pérenne qui peut atteindre 15 m de haut. Elle a une zone d’indigénat pan-tropicale et est envahissante dans plusieurs régions (y compris Nouvelle-Zélande, Hawaï et Afrique du Sud). Au Monténégro, I. indica forme des ensembles de lianes très denses sur les murs des bâtiments abandonnés ou sur des arbres dans les décharges abandonnées de plusieurs sites entre Meljine et Igalo, dans la baie de Boka Kotorska.

- Lupinus x regalis
-  Lupinus × regalis est un hybride horticole (ou complexe d’hybrides) dont les parents sont L. polyphyllus et L. arboreus (tous deux natifs d’Amérique du Nord). Au Monténégro, plusieurs individus de Lupinus × regalis ont été signalés dans la zone urbaine de Kolašin, dans une vieille ruine fréquemment utilisée comme décharge pour les déchets verts.

- Physalis angulata
Physalis angulata est une plante annuelle herbacée native des Amériques. L’espèce a été introduite dans de nombreuses régions tropicales et subtropicales et est envahissante dans certaines zones d’Asie, d’Afrique et d’Australie. P. angulata a été signalée au Monténégro dans la région de Velika Plaža (Long Beach), municipalité d’Ulcinj. La population comptait 15 plantes qui poussaient dans des zones humides en bordure de chemins, dans une forêt côtière ouverte située sur des dunes de sable.

- Solidago canadensis
Solidago canadensis (Asteraceae : Liste OEPP des plantes exotiques envahissantes) est une plante pérenne rhizomateuse érigée. Elle est native d’Amérique du Nord et a été introduite dans la région OEPP au milieu du 17ème siècle. Au Monténégro, S. canadensis a été identifiée en bord de route dans le village de Vir, près de la ville de Nikšić. La population formait un peuplement dense couvrant environ 10 m2.

Espèces de Prosopis en Israël, en Cisjordanie et dans l’ouest de la Jordanie
Certaines espèces de Prosopis (Mimosoidae) sont envahissantes et ont des impacts négatifs sur les habitats envahis. En Jordanie et en Israël, plusieurs espèces de Prosopis ont été plantées depuis le milieu du 20ème siècle, y compris Prosopis affinis, P. alba, P. articulata, P. chilensis, P. glandulosa, P. juliflora, P. nigra, P. pallida et P. velutina. Dans l’ouest de la Jordanie, des Prosopis exotiques ont été introduits dans les années 1980 et plantés le long des routes dans la vallée du Rift et le Rhur (vallée du Jourdain). Tous les Prosopis échappés en Jordanie ont été identifiés comme étant P. juliflora. Dans la Vallée du Jourdain, de la Mer Morte au fleuve Yarmouk, P. juliflora est largement répandue et est présente le long des lits des oueds, en bord de routes, dans des parcelles agricoles et dans des habitats perturbés. Elle a également été trouvée dans des habitats rocheux secs, naturels et non perturbés. En Israël, plusieurs espèces de Prosopis ont été introduites dans des régions semi-arides et arides dans les années 1960 à des fins ornementales ou environnementales. Là aussi, les individus échappés ont été identifiés comme étant P. juliflora. En Israël, la plupart des populations naturalisées de Prosopis se trouvent dans les lits des oueds sur des affleurements calcaires, ainsi que dans des dépressions des collines de loess au nord et à l’ouest de la ville de Beer-Sheva (nord du Neguev). L’établissement des espèces de Prosopis dans la région peut avoir des impacts importants sur la diversité biologique native, et les auteurs de l’article soulignent l’impact potentiel sur les arbres natifs, tels qu’Acacia raddiana, Salvadora persica et Moringa peregrina. Pour préserver ces espèces natives, une stratégie de lutte est nécessaire contre les espèces de Prosopis de la région, qui consisterait à éliminer les populations importantes et à empêcher tout établissement ultérieur dans des réserves naturelles.

Daniel Mathieu

La lettre de l’OEPP de mai 2017


Licence de l’article : Contacter l’auteur



Vos commentaires sur cet article

Réagir à cet article


Association TELA BOTANICA 4 Rue de Belfort 34000 Montpellier Tél. +334 67 52 41 22 accueil[at]tela-botanica.org

  • Visiteurs :
  • Inscrits :