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Mis en ligne dimanche 5 mars 2006 par Daniel MATHIEU - Brèves de l’Actualité - Environnement
Suite aux nombreuses réactions à l’article Grippe aviaire. Faut-il vraiment craindre les oiseaux sauvages ?, nous vous proposons quelques échanges intéressants des listes de discussion obsfr@yahoogroupes.fr et ObsRhonAlpes@yahoogroupes.fr sur le problème du nourrissage des oiseaux en hiver qui entraîne parfois de fortes concentrations de volatils.
Philippe Coutellier, Cruseilles, Haute-Savoie [ObsRhonAlpes]
Bonsoir,
L’ hiver n’est pas fini et les ressources alimentaires épuisées ne vont pas se renouveler du jour au lendemain dans la nature. Aussi les oiseaux fixés dans un secteur pas toujours propice à un bon hivernage par la grace d’une mangeoire bien approvisionnée, risquent d’être mis en difficulté si on leur supprime d’une façon abrupte le nourrissage. A cette période il est trop tard pour descendre sous des cieux plus cléments et encore trop tôt pour remonter sur leurs lieux d’origine. Concrètement ma mangeoire est fréquentée bon an mal an par une centaine d’oiseaux (principalement tarins et pinsons du nord) sur un petit espace, ce qui est beaucoup trop en effet, mais je ne peux rien faire pour limiter leur nombre, sauf ne pas les attirer du tout en ne pratiquant plus le nourrissage hivernal. Est-ce que le bilan d’oiseaux que j’ai aidés à survivre à l’hiver par nourrissage/oiseaux décédés par maladies transmises est positif ? Peut-être ferai-je mieux de ne pas les fixer en début d’hiver et les laisser continuer leur route, car je suis situé sur une voie de passage de migration des petits oiseaux et c’est en passant qu’ils remarquent la mangeoire, la nouriture abondante et décident d’hiverner là, sinon je ne sais pas si le secteur souvent enneigé serait capable de subvenir aux besoins de groupes importants. Arrêter de nourrir maintenant, me semblerait les laisser désemparer face aux intempéries encore fréquentes ; et ils ont un peu perdu l’habitude de rechercher la nourriture eux-mêmes, ce qui ne posera pas de problèmes quand elle reviendra abondante. A signaler, de plus que la fréquentation de la mangeoire peut "exploser", 200-300 oiseaux, lorsque des bandes affamées qui remontent de régions plus méridionales s’arrêtent 2-3 jours. Les sacs de tournesol fondent à vue d’oeil, et le danger d’infection dû à la trop grande concentration d’oiseaux inquiétant. Quant à la désinfection, cela reste relatif, c’estpossible pour les mangeoires, mais pas les sols enneigés ou non’ idem pour les arbres couverts de fientes et autres perchoirs (même chose pour les pontons surfréquentés servant de reposoir pour les oiseaux aquatiques, lac Léman par exemple) .
Christian et Myriam JUPHARD, [ObsRhonAlpes]
Bonsoir,
Je suis en grande partie d’accord avec vous, notamment sur les risques d’infection aux humains qui semblent très limités ; par contre je serai plus réservé sur l’utilisation des mangeoires, non pas justement pour des risques "humains", mais plutôt pour l’oiseau lui-même. Je pense en effet qu’il est important de limiter au maximum les concentrations importantes d’oiseaux dans un petit périmètre ; il y a déjà eu des problème avec je ne sais plus quelle maladie il y a 3 ans, avec surmortalité aux mangeoires. Pour éviter donc tout risque de "contagion" entre les oiseaux (mini-foyers) il me semble intéressant de limiter les mangeoires à des périodes "strictement minimum" : celles où elles ont du mal à se nourrir (2 mois dans l’hiver). Actuellement, il me semble que les oiseaux n’ont plus trop besoin des mangeoires avec le redoux et qu’il est donc inutile de "tenter le diable", pour le plaisir purement égoïste de pouvoir observer les oiseaux de SA fenêtre sur SES mangeoires. N’oublions pas que les mangeoires sont là pour "soutenir" les oiseaux durant les périodes très rigoureuses... Par contre, c’est la bonne période pour construire et commencer à poser des nichoirs pour accueillir les "pestiférés" ; avez-vous tout vos nichoirs à hirondelle de fenêtre ? Amitiés à tous Christian
Louis CLEMENT, [ObsRhonAlpes]
Bonjour,
J’habite dans les monts du Lyonnais à 500 m d’altitude et je suis tout à fait d’accord avec toi.
J’ai arrêté deux mangeoires car il faut que j’ouvre le couvercle pour mettre les graines ; or ces couvercles sont pleins de fientes. Par contre, ma mangeoire principale constituée d’une planche et d’un toit restera en "fonctionnement" quelques jours encore. Cette solution me semble la plus cohérente.
Cette année, les oiseaux risquent d’être flingués encore plus par "précaution", certains nids d’hirondelles semblent vivrent leurs derniers instants, la grippe aviaires fait sont travail, alors si en plus toutes les mangeoires s’arrêtent en Europe....l’année sera vraiment mauvaise pour les migrateurs !
Quand la grippe aviaire fait les gros titres des journaux, on ne s’inquiète plus du tout du C.P.E. et des manifestation contre sa mise en place !
Français, rassurez vous le gouvernement vous protège !!
Yves Thonnerieux, [ObsRhonAlpes]
Sur un autre forum, on m’a posé la question de la dangerosité potentielle des mangeoires à oiseaux de nos jardins. J’ai fait cette réponse qui intéressera peut-être certains d’entre vous qui commencent à avoir des doutes.
A propos du nourrissage des oiseaux en ces temps troublés
Nous vivons dans un environnement qui nous confronte quotidiennement à des milliards de germes. Le simple bouton d’un interrupteur électrique en contient des centaines de milliers ! La grippe aviaire à H5N1 n’est pour l’instant qu’un germe parmi d’autres dont la cible n’est pas l’homme mais les oiseaux, oiseaux qui sont eux-mêmes confrontés aux différents sous-types de virus "H ceci et N cela" depuis des millions d’années et auxquels ils ont résisté pour parvenir jusqu’à l’époque actuelle. H5N1 n’est pas une nouveauté, puisque son identification sur le continent asiatique remonte à 1997. Pour tous les virologues, on s’installe dans la durée avec ce germe pathogène qui ne parvient que difficilement, sous sa forme aviaire, à investir l’organisme humain (200 cas répertoriés dans le monde, malgré des centaines de millions de gens, et même des milliards à l’échelle de l’Asie, qui vivent en cohabitation permanente avec les volailles).
Il me semble qu’il est utile de prendre un certain recul pour réfléchir à ce que sont nos comportements vis-à-vis de maladies autrement plus graves que la forme actuelle de la grippe aviaire. Et pour ce faire, je ne citerai qu’un exemple : celui du tétanos.
Le tétanos est une toxi-infection causée par un bacille largement représenté dans le tube digestif des animaux et qui persiste dans la nature (terre, mais pas seulement) sous forme de spores résistantes aux intempéries.
Selon les statistiques obtenues en France, les causes les plus fréquentes d‚infection se rapportent à des travaux de jardinage, des piqûres par des végétaux (ronces) ou du fil de fer barbelé, des blessures avec du matériel souillé (outils).
Les portes d‚entrée de la maladie sont épidermiques et relèvent de trois situations :
Les plaies « courantes » du quotidien : toutes ces petites
blessures, coupures, griffures, menues morsures d‚animaux domestiques ?
Les plaies chroniques du type ulcères variqueux ou dermatoses.
Les auto-extractions d‚épines et autres échardes effectuées sans
respecter les règles élémentaires d‚asepsie.
A l’échelle de la planète, l’OMS estime à 1,5 million le nombre de cas annuels de tétanos (la moitié étant suivis d’un décès, beaucoup se traduisant par des séquelles invalidantes).
Le nombre déclaré de cas français, en 1998, s’élevait à 20 (dont un tiers mortel). A la fin du XXe siècle, cette maladie affectait les tranches d’âges les plus élevées de la population (84 % des patients avaient 70 ans et plus), car plus un sujet vieillit, plus ses anciennes vaccinations contre le tétanos sont inopérantes, en l’absence d’injections de rappel.
Or, précisément, faisons nous ces fameuses injections de rappel ? : la réponse est non, pour un grand nombre d’entre nous... Outre la vérification régulière du carnet de vaccinations qui devrait accompagner chacun d‚entre nous pendant toute sa vie, il serait important de ne jamais négliger la désinfection des plus petites blessures aux mains et de porter, le plus souvent possible, des gants protecteurs quand on se livre à des travaux de jardinage qui induisent un contact avec la terre et les végétaux. En est-il ainsi systématiquement ? : la réponse est négative, une fois encore...
Certains se demandent sans doute où je veux en venir. Simplement à ceci : bravant les dangers potentiels qui caractérisent l’existence-même, nous avons, dans notre vie quotidienne, des comportements qui ne sont pas forcément neutres pour notre santé. Le plus grand risque n’étant-il pas de rouler sur une autoroute à 130 km / h, à bord d’une automobile ?
Comme la gazelle africaine qui continue de brouter sans stress excessif, malgré la présence d’un clan de lionnes qui prélève régulièrement son dû parmi les herbivores de la savane, nous acceptons de mener une vie qui nous expose à un certain nombre de dangers.
Certains d’entre nous sont simplement un peu plus prudents, d’autres un peu moins (personne ne l’étant à 100 %, à moins de vivre dans une bulle). Les premiers vont cesser, à partir de demain, de nourrir les oiseaux de leur jardin, avec d’autant plus d’empressement qu’un chat porteur d’H5N1 a été retrouvé infecté en Allemagne, sur l’île de Rügen où un foyer de grippe aviaire existe depuis déjà un certain temps. Les seconds vont continer quelques semaines supplémentaires à procurer de la nourriture aux oiseaux, considérant à juste titre, en l’état actuel des choses, que ce germe est faiblement pathogène pour les humains.
En ce qui me concerne, je viens de racheter 25 kg de graines de tournesol pour finir l’hiver. Je suis simplement vigilant sur le comportement des oiseaux qui visitent ma mangeoires : sont-ils vifs, comme d’habitude ?
Si les choses devaient empirer du côté de la santé humaine à cause de H5N1, les services d’alerte de nos pays occidentaux nous le signaleraient très rapidement. En fait, la seule incertitude réside dans l’éventuelle mutation du virus qui le rendrait contagieux d’humain à humain. Pour l’heure, il est inutile de s’affoler pour notre santé, il me semble... Par contre, il est légitime d’avoir des craintes pour les oiseaux : en effet, une surmortalité (directe ou indirecte) dans leurs rangs, à cause de cette forme de grippe aviaire, viendrait s’ajouter à de multiples menaces d’origine humaine qui ont déjà beaucoup clairsemé leurs populations en Europe (si tous les agriculteurs devaient considérer comme "avifauna non grata" les hirondelles qui s’apprêtent à revenir nicher dans leurs locaux, l’effondrement de leurs effectifs serait tout simplement dramatique). Souhaitons que chacun conserve son sang froid. Mais j’ai des doutes quand je vois que la consommation de volailles a chuté de 70 % en Italie et qu’elle atteint ou dépasse déjà 30 % en France...
Yves THONNERIEUX
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