Tela Botanica

Le réseau de la botanique francophone

Botanique

se former, identifier, plantes sauvages

Identifiez vous


S'inscrire...

Devenez telabotaniste et partagez votre passion pour le végétal !

Mot de passe perdu ?

Bibliothèque > Publications du réseau > Synthèses des forums > Synthèses de niveau 1 > Etymologie des noms d'orchis morio et orchis bouffon (Anacamptis morio)

Etymologie des noms d'orchis morio et orchis bouffon (Anacamptis morio)


De quoi s'agit-il ?

D'essayer de remonter la piste des termes morio, morion et bouffon, avec leurs liens et avec les étymologies associées, que l'on trouve depuis longtemps dans les nomenclatures populaires ou savantes pour désigner l'orchidée actuellement nommée Orchis morio Linné 1753, ou Anacamptis morio (Linné) Bateman et al. 1997.

Nous pouvons classer en quatre groupes les informations apportées au cours du débat : les informations liées aux significations de morio, morion et bouffon depuis l'Antiquité, celles à propos des plantes non-orchidées désignées par ces termes dans le monde gréco-latin, celles essayant de retrouver à partir de quelle époque et pour quelles espèces ces termes ont été accolés à des orchidées, et celles que l'on pourrait nommer de collatérales à condition de ne donner à ce mot aucun sens péjoratif.

 

1. Significations des termes Morio, Morion, bouffon

 

Rémi TOURNEBIZE, le 27 juillet 2004

J'ai le dictionnaire, je peux vous donner la définition correspondant à morio : un bouffon, un fou. En poésie : monstre, personne contrefaite.

Michel CHAUVET, le 29 juillet 2004

Mais ce qui m'apparaît clairement, c'est qu'il s'agit d'un nom de plante latin, repris du grec. Vous n'avez donc pas à chercher d'autre étymologie !
Par contre, il est possible que le français "bouffon" soit un décalque du latin botanique "morio". Il faudrait chercher à quelle époque il apparaît, mais de toutes façons, il est possible que ce décalque ait été influencé par le sens commun d'un latin "morio" s'il existe. 

Pascal GENOUD, le 29 juillet 2004

Un gravier à l’édifice (sans préjugé des conséquences), le « quartz fumé » (cristaux teintés de brun suite à l’action de la radioactivité naturelle) est lui aussi appelé « morion » par les cristalliers… Entre le « fumé » du quartz et le « brûlé » de l’orchis, il n’y a peut-être qu’un temps de cuisson…
Si solution il y a à la question étymologique, ne dépasse-t-elle pas le cadre « simplement » botanique.

Marie-Elisabeth BOUTROUE, le 29 juillet 2004

(1) : Morio au sens de fou bouffon est un mot du latin classique attesté chez Pline et Martial. Chez le premier, morion désigne aussi la graine de mandragore qui rend fou (HN, 25, 148). Au Moyen-Âge, je trouve encore morion au sens de bouffon ou fou dans plusieurs textes, en particulier chez Grégoire de Tours, mais ce n'est pas la seule attestation. Dans Du Cange, les Moriones sont un peuple qui apparaît chez Saint-Augustin en contexte assez négatif. Un peuple de bouffons semble-t-il ; mais là aussi occurrence à vérifier.
(2) : Je n'ai pas cherché d'éventuelles attestations de morion, le casque, dans les dictionnaires vernaculaires du Moyen-Âge parce que je pense que c'est inutile. Le mot est bien attesté dans Huguet (dictionnaire du français du XVIe siècle), dans la TLF, chez Littré, etc. On le trouve par exemple dans les traductions de Plutarque par J. Amyot où on lit par exemple : "il feit forger à la plus part de ses gens salades et morrions tous de fer bien polits par dehors". J'ai respecté l'orthographe du temps. Les salades, nous précise Henri Etienne, sont les armures des gens de cheval, par opposition aux morions qui sont les armures de têtes des gens de pied. Du Fail précise que le mot est nouveau ; Henri Estienne qu'il est à la mode. Nous sommes toujours au XVIe siècle.
Jacques Melot

On pourrait voir aussi dans "morio" une tentative de traduction en latin de "couillon" pris dans son sens figuré (de couillon à bouffon, il n'y a qu'un pas). C'est en effet au milieu du XVIe siècle - c'est-à-dire à l'époque des grands ouvrages de botanique (Lobel, Dodens, etc.) - que "couillon" a perdu son sens propre pour prendre le sens figuré qu'il a actuellement. L'inverse, à savoir que "morio" des orchidées, supposé vouloir dire "bouffon" (ou fou, etc.), aurait donné à "couillon" son sens figuré actuel (imbécile, etc.), est évidemment hautement improbable.

Elisabeth DODINET, le 1er août 2004

(1) : Morio latin vient d'une racine grecque "môros" dont le sens premier était "amolli, inerte" avant de glisser vers "fou, sot, bêta, stupide" (source Chantraine dictionnaire étymologique de la langue grecque. Dans les dérivés on note "môrios" utilisé pour diverses plantes dont la mandragore mâle…

(2) : Il existe en grec (iono-attique) une forme "moria" dérivée de "morion" pour "sottise, bêtise".

 

2. Plantes non-orchidées qui ont été nommées môrion, môrios, morion…

 

Marie-Elisabeth BOUTROUE, le 29 juillet 2004

Pour les graines de mandragore de Pline, voici la traduction française de J. André du passage du livre XXV : "La mandragore est appelée circaeon. Il y en a deux espèces : la blanche, considérée comme la mandragore mâle, et la noire, considérée comme la femelle […] . On appelle aussi l'espèce à graine blanche arsen ou môrion ou hippophlomos […]. Bien qu'en certaines régions on en mange les fruits, ceux qui ne sont pas au courant perdent la parole par la violence de l'odeur et sont même tués par l'absorption d'une dose trop forte de suc. L'effet soporifique varie avec le force du sujet ; la dose moyenne est d'un cyathe. On en fait boire aussi contre les serpents et avant les incisions ou piqûres pour insensibiliser. Il suffit dans ce but à certaines personnes de la flairer pour s'endormir." La question de savoir quelles plantes sont ainsi effectivement désignées est un autre problème.

Alain RONGIER, le 30 juillet 2004

Dans son livre, Flore magique et astrologique de l'Antiquité, Guy Ducourthial distingue morion et môrion. Il propose que le morion de Pline et Dioscoride soit Withania somnifera et que le môrion des mêmes Pline et Dioscoride soit la mandragore mâle et blanche, Mandragora officinalis. 

Michel CHAUVET, le 2 août 2004

Au Moyen-Âge, mes quelques sources ne mentionnent pas morio. Par contre, on trouve morion, désignant soit une mandragore (alrun, Alraun en allemand) soit la mélisse (Melissa officinalis) : "mellisoffios, mellifion, galimoron, morion" chez Lpl. II, 63 (Lexicon plantarum, manuscrit 604 de la Bibliothèque de l'Université de Munich).

 

3. Plantes orchidées qui ont été nommées morion, morio, bouffon

 

3.1 Les plus anciennes traces des termes morio, morion ou bouffon dans des noms d'orchidées 

 

Jean-Claude BONNIN, le 29 juillet 2004

Linné dans Sp. Pl. (1753) choisit le nom d'espèce morio pour un Orchis qu'il renvoie à Orchis morio femina C. Bauhin, Vaillant, et Séguier. L'attestation de morio chez C. Bauhin p. 82 (1623) fait remonter ce nom à Lobel (Plantarum stirpium icones - 1581) qui distingue un cynorchis morio mas et femina (p. 176). 

Marie-Elisabeth BOUTROUE,le 30 juillet 2004

J'ai trouvé Lobel, numérisé par les soins de l'université de Madrid.
Je ne vois pas d'orchis morio, mais seulement du cynorchis morion qui est très exactement le couillon de chien au moins étymologiquement. De mémoire, c'est le même qui devient double couillon, puis triple et quadruple couillon dans les propos de Dodoens.
La série des équivalences données par Lobel permet de remonter d'une génération et plus. Le cynosorchis morio est la même chose que orchis mas angustifolia de Fuchs ou Satyrius d'Apulée. Pour cette référence, il s'agit évidemment, non de l'auteur de l'âne d'or, mais du pseudo-Apulée, compilation tardo-antique d'origine plinienne et premier herbier illustré du MA. Les versions diffèrent assez notablement entre elles et Fuchs le citait déjà, d'après une version manuscrite. Il faut vérifier que la source de Lobel n'est pas Fuchs dans tous les cas. D'Apulée, Lobel retient essentiellement les indications thérapeutiques. Elles sont conformes à ce qu'on peut s'attendre de l'application de la théorie des signatures.
Il est fait mention de cynosorchis morio femina qui se distingue de sa variante mâle par sa morphologie.
Dans la synthèse qui suit, p. 89, Lobel renvoie à un naturaliste de Louvain, Cornelius (Frisius) Gemma qui lui aurait communiqué, si je résume, l'essentiel de ses informations et surtout des planches utilisées par Lobel. Ce Cornelius était actif à Louvain à partir de 1526.
Lobel ne parle pas de casque (avec ou sans pointe). Il ne parle pas non plus de folie.
Je reste sèche devant le sens du nom allemand donné comme équivalent gespengt knabbenkraut.
Les adversaria, qui constituent la dernière référence, donnent des indications sur la discrimination à l'intérieur de la catégorie des orchides. C'est le mot orchis qui est glosé en testiculus, mais je ne vois plus de morion.
Conclusion : pas d'indication étymologique véritable sur morion dans Lobel. L'écart entre les deux publications laisse peut-être entendre que la source de l'orchis morion était Frisius Gema. A suivre… 

Jacques Melot, le 31 juillet 2004

La plus ancienne attestation dans le sens de bouffon ou fou que j'ai trouvée est chez John Ray (1670, Catal. pl. angliae, p. 225) où cet auteur donne le nom anglais de "Fools-Stones", c'est-à-dire "couilles-de-bouffon" à l'Orchis morio et renvoie à Parkinson. Chez ce dernier, en 1629 (Parad. sole parad. terr.), il n'en est pas ou plus question. Je n'ai pas les pages concernées dans le Theatr. bot. (1640) du même auteur. Dans l'Herball de Gerarde (1633, et peut-être même dans la première édition, en 1597), on trouve déjà "Cynosorchis morio faemina".

Le 1er août 2004 :

Schwenckfelt, Stirp. foss. Siles. catal. (1600), p. 58, sous Cynosorchis morio, cite explicitement Dodoens, lequel utilise en effet déjà le terme "morio" sous la forme "Testiculus moriones mas" en 1568 dans Fl. coron. herb. hist., usage qui antidate nettement celui de Lobel (1576).

Jean-Claude BONNIN, le 1er août 2004

J'ai beaucoup de sympathie pour un médecin-botaniste rhénan Tabernaemontanus ou Jakob Diettich du 16ème siècle qui dans son "Neuw Kreuterbuch" de 1588 (ou 1687 pour mon édition posthume) nous donne aux pages 1046-1049 les détails suivants sur Orchis morio ou Knabenkraut : il y a sept espèces différentes dont :
V - Orchis morio - Cynosorchis maculata - Marienstraher mannlein - CB. Cynosorchis morio mas - anglais : Foole stones
VI - Orchis morio mas - Gesprengt knabenkraut - Orchis mas foliis maculatis
VII - Cynosorchis foemina Ger ; Testiculus morionis foemina.

Michel CHAUVET, le 2 août 2004

Orchis morio a été créé par Linné dans son Species Plantarum en 1753. Il donne comme sources "Orchis morio femina. Bauh. pin. 82. vaill. paris. t. 31. f. 13. 14. Segu. ver. t. 15. f. 7"
Linné distingue cinq variétés (par des lettres grecques), dont la delta porte une épithète "masculus", et les sources "Orchis morio mas, foliis maculatis. Bauh. pin. 81. Testiculis IV. Cam. epit. 624."

 

3.2 Anciens noms de l'Anacamptis morio

 

Alain RONGIER, le 30 juillet 2004

Dans le Pinax de Bauhin, ce sont deux espèces qui contiennent le terme de morio : Orchis morio mascula (aujourd'hui Orchis mascula) et Orchis morio foemina (aujourd'hui Anacamptis morio). Puis avec Linné, dans Species plantarum, nous avons la situation présente avec d'un côté Orchis mascula (sans trace de morio) et Orchis morio.

Alain Rongier, le 31 juillet 2004

Selon Pierre Jacquet, notre Anacamptis morio était peut-être ce que Gemma nommait Orchis delphina palustris. Et toujours selon Pierre Jacquet, trois Cynosorchis (palustris leptophylla, palustris altera et palustris platyphylla) seraient de nos Dactylorhiza (respectivement : incarnata, maculata et majalis), un dernier Cynosorchis (conopsea sive galeric.) serait Gymnadenia conopsea. Mais comme je le disais au début, je ne pense pas qu'il faille aller bien plus avant dans cette recherche d'identification de plantes. Mieux veut rester sur les termes qui sont moins sujet à caution : ils sont ou non écrits ; alors que les dessins de l'époque…

 

3.3 Raison de l'attribution de ces termes à une orchidée

 

Rémi TOURNEBIZE, le 29 juillet 2004

Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi morio, au sens d'imbécile ou de bouffon, a été attribué à cette orchidée européenne. Je ne vois pas ce qu'il y a de "bouffon" dans cette fleur ! Peut-être la forme qui a fait penser à nos ancêtres à un bouffon ?

Jean-Claude BONNIN, le 31 juillet 2004

Opinion de Pignatti dans Flora Ita. : Morio en grec signifie "fou" selon Hegi à cause de la couleur changeante des fleurs, cette étymologie me semble invraisemblable, ce serait plutôt du latin morion (bijou) ou encore de l'italien morione "casque".

Jacques MELOT, le 1er août 2004

Peut-être une allusion à la mandragore, par exemple parce que l'orchidée en question aurait pu être appelée par erreur "mandragore" dans certaines régions (mésusage fréquent des noms vernaculaires à la suite de confusion, etc).

Le terme "morion" (au sens de casque) est en usage courant déjà au Moyen-Âge (cf. Ronsard, Du Bellay, etc) et le reste jusqu'au XVIIIe siècle. Dans ce contexte des orchidées, son emploi pourrait être lié à celui de "militaris". C'est la signification adoptée par Albert von Haller (1795, Ic. pl. helv., p. 37) : "[…] et latera galeae perficiunt, neque, ut in morione mare, retrorsum vertuntur." Ceci se trouve d'ailleurs dans aussi son Hist. st. indig. helv., II, p. 144, n° 1282 (1768). Haller, auteur remarquablement cultivé en histoire naturelle, et tout spécialement en botanique, est, pour cette raison, une référence non négligeable, ce qui, bien entendu, ne suffit pas à garantir que son interprétation ne soit pas purement personnelle.

Jean-Claude BONNIN, le 1er août 2004

La description botanique (donnée par Tabernaemontanus 1588) nous donne des éléments précieux pour Orchis morio VII (Cynosorchis foemina Ger ; Testiculus morionis foemina) : cette dernière espèce a des feuilles lisses, étroites et rayées comme celle du plantain, ses fleurs sont larges et pendent en arrière comme une petite trompe, sur elles un grand nombre de petites feuilles comme les oreilles sur une casquette de fou (haben etliche blattlein an sich, gleich wie ohren an einer narrenkappen).

Jacques MELOT, le 1er août 2004

Tabernaemontanus, sans doute prudent de nature, propose donc une solution qui a l'heur de combiner le couvre-chef et le fou. Reste à savoir si c'est bien ce qu'a voulu dire Dodoens (à supposer que ce "morio" soit de lui) car, en l'absence du texte de ce dernier, il faut envisager que l'interprétation de Tabernaemontanus soit personnelle à ce dernier. La preuve en est qu'on a pu en dire autant de Haller et pour une interprétation différente, basée sur l'analyse, ni plus ni moins, convaincante, de la forme de la fleur. Ce qu'en dit Dodoens reste donc déterminant, si toutefois il explique l'emploi qu'il fait de "morio" (sous la forme "morionis") !

Michel CHAUVET, le 2 août 2004

Je pense que l'idée du bonnet de fou est une bonne piste pour l'étymologie. 

Marie-Elisabeth BOUTROUE, le 3 août 2004

En cherchant du papyrus dans les tables botaniques d'Ulisse Aldrovandi, j'y ai retrouvé le couillon de chien et son chapeau dément. En fait les tables comprennent plusieurs planches correspondant à cynosorchis.

 

4. Informations collatérales  

 

4.1 Informations classées X : foemina / mas

 

Jacques MELOT, le 29 juillet 2004

Il semble qu'il y ait eu ici une confusion entre "morion" et "moorion" (oo pour oméga). Il s'agit vraisemblablement du grec "morion", partie(s), spécialement parties génitales, aussi bien mâles que femelles, ce que semble tout à fait confirmer l'existence des dénominations Orchis morio femina et Orchis morio mas. La répétition du nom de genre (ou de sa signification) dans l'épithète spécifique sous une autre forme n'est pas rare en botanique. Voyez Lobel (1581, Kruydtb., p 214 ; 1581, Pl. s. st. ic., p. 176), C. Bauhin (1623, Pinax, p. 82), Vaillant (1727, Bot? par., p. 151), Linné (1753, Sp. pl., II, p. 940).

Marie-Elisabeth BOUTROUE : le 29 juillet 2004

Je n'ai pas vu dans les dictionnaires d'utilisation de morion à l'anatomie féminine.

Jacques MELOT, le 29 juillet 2004

En grec, morion a le sens général de "partie" (mais aussi d'article, d'élément, de particule, etc.), de membre du corps, et plus spécialement de parties sexuelles, l'application à la femme étant attestée dans Lucien (Dialogue des morts). 

Jean-Claude BONNIN, le 1er août 2004

Une remarque, les mots mas et foemina des botanistes pré-linnéens n'ont pas la signification sexuelle actuelle (ce qui pour des orchis ferait désordre) mais indiquent simplement une différence de taille, un dimorphisme.

Michel CHAUVET, le 2 août 2004

Pour Grigson (Englishman' Flora), "… il était la femelle, parce que les "stones" ou tubercules sont plus petits et plus compacts. Cynosorchis morio foemina était ainsi Orchis morio, et Cynosorchis morio mas, à tubercules plus gros, était notre Orchis mascula". Grigson ne précise pas quel auteur il cite (ce n'est pas Turner, peut-être Gerard ?). Je reste un peu perplexe devant cette classification qui qualifie de femelle ce qui a des testicules plus petits que le mâle… 

 

4.2 L'énigmatique Cornelius Gemma

 

Alain RONGIER, le 31 juillet 2004

Je viens de consulter le livre de Pierre Jacquet, Une histoire de l'orchidologie française, et ai trouvé des précisions sur Corneille Gemma (né en 1535 à Louvain, et mort de la peste en octobre 1578). Lobel et Gemma se connaissaient bien.

Jacques MELOT : le 1er août 2004

Cornelius Gemma (né en 1533, 1535 ou 1539 et mort en 1577 ou 1579), suivant les sources, mais probablement 1533-1579, médecin et astronome, semble n'avoir été, comme Johannes Viringus, que le récolteur d'un certain nombre de plantes publiées par Lobel en 1581. Que Cornelius Gemma soit le même homme que le mathématicien Reiner Gemma Frisius est une autre histoire. Ce dernier était en réalité le père du précédent et vécut de 1508 à 1555. Sur des portraits qui sont parvenus jusqu'à nous, leur visage est étrangement semblable.

 

4.3 Le dernier avatar de l'orchis bouffon, Anacamptis morio

 

Rémi TOURNEBIZE, le 30 juillet 2004

Je ne l'aurais jamais vu là-dedans (dans le genre Anacamptis)… surtout que l'inflorescence et la fleur n'ont pas grand chose à voir avec pyramidalis, etc. 

Alain RONGIER, le 30 juillet 2004

D'un point de vue génétique, on peut (selon les spécialistes dont je ne suis pas) les faire entrer dans un même groupe, même si l'inflorescence est comme vous le dites différente d'une espèce à l'autre. Cette différence d'inflorescence est (serait) due à une adaptation à des pollinisateurs différents, plutôt lépidoptères pour A. pyramidalis, plutôt hyménoptères pour d'autres. Pollinisateurs qui d'ailleurs se feraient leurrer car absence de nectar, tout au moins selon mes souvenirs chez A. pyramidalis.

 

4.4 L'incontournable oxymôron 

 

Marie-Elisabeth BOUTROUE, le 29 juillet 2004

Je m'interroge aussi sur l'effet d'oxymoron de l'orchis morio femina, même en adoptant l'hypothèse de M. Melot. Je n'ai pas vu dans les dictionnaires d'utilisation de morion à l'anatomie féminine.

Jacques MELOT, le 29 juillet 2004

Il n'y a ici aucun oxymore, mais un simple emploi elliptique que l'on retrouve en français : "les parties [génitales]" où il désigne en général les testicules. 

Michel CHAUVET, le 2 août 2004

Du dictionnaire étymologique de Chantraine, j'extrais ce qui suit : "môros" : "ramolli, inerte", d'où "sot, stupide, fou". Composés : môrologie, "qui dit des bêtises", oxymôron, "alliance de mots paradoxale".

 

5. Quelques liens internet indiqués au cours de nos échanges

Lobel, numérisé par les soins de l'université de Madrid :

http://cisne.sim.ucm.es/search*spi/Xlobel&searchscope=6&SORT=D/Xlobel&searchscope=6&SORT=D/13,23,23,B/frameset&FF=Xlobel&searchscope=6&SORT=D&23,23

"Den nieuwen Herbarius, dat is dat boeck van den cruyden (1543)” de Leonhart Fuchs

http://caliban.mpiz-koeln.mpg.de/~stueber/fuchs/herbarius/index.html

Ulisse Aldrovandi

http://www.filosofia.unibo.it/aldrovandi/pinakesweb/main.asp?language=it

 

6. Eléments bibliographiques

Dictionnaire étymologique des noms latins des plantes

Genaust Helmut, 1983. Etymologisches Wörterbuch der botanischen Pflanzennamen. Zweite, verbesserte Auflage. Basel, Birkhäuser. 390 p.

Genaust Helmut, 1996. Etymologisches Wörterbuch der botanischen Pflanzennamen. Dritte, vollständig überarbeitete und erweiterte Auflage.

Basel, Birkhäuser. 701 p.


Auteurs

  • Rémi TOURNEBIZE

  • Michel CHAUVET

  • Pascal GENOUD

  • Marie-Elisabeth BOUTROUE

  • Jacques Melot

  • Jean-Claude BONNIN

  • Elisabeth DODINET

 

Synthèse réalisée par Alain RONGIER en octobre 2008, à partir d'échanges ayant eu lieu sur tela-botanicae, forum des botanistes francophones.

Association TELA BOTANICA Institut de Botanique 163, Rue Auguste Broussonnet 34090 Montpellier Tél. +334 67 52 41 22 accueil[at]tela-botanica.org

  • En ligne :
  • Inscrits :