Aliboufier (Styrax officinalis L.) - BLONDEL Vincent - Juillet 2002
La question initiale étant : Quelles sont les sources indiquant l'utilisation et l'introduction de <span class=" nom_latin="">Styrax officinalis dans la région de Toulon (Méounes, Belgentier, Ste Baume etc…)?Voici les réponses des Tela Botanistes :
"Dans le Var, vers Signes et Méounes notamment, il existe un arbuste dont on dit qu'il aurait été importé du Levant à l'époque des croisades. Il s'agit de l'Aliboufier (Styrax officinalis L.) qui présente au printemps de très belles fleurs blanches en forme de clochette et dont la graine très dure était paraît-il, utilisée par les moines pour fabriquer des grains de chapelet."[1]
"Ce Styrax" est-il proche de l'abbaye de Montrieux ? Si c'est le cas, il a une histoire amusante (ou la population car il y en avait auparavant plusieurs exemplaires); les moines de l'abbaye en extrayaient un baume-storax qu'ils réservaient à leur usage ou à quelques amis choisis. On a des récits de récolte par des voyageurs jusqu'au XVIII° siècle et plus rien depuis... apparemment les arbres depuis cette époque ne produisent plus d'exsudats"[2]
"Les informations sont tirés de R.D. MEIKLE, Flora of Cyprus, t.II; p. 1089, BENTHAM-MOXTON Trust, Kew gardens, SURREY, 1995. Celui-ci cite GARIDEL Histoire des Plantes p. 450, t. 95, 1715. L'auteur remarque que le Styrax officinalis pousse en grandes quantités dans la forêt de la Chartreuse de Montrieux et que la résine en est extraite en opérant des incisions dans le tronc. Celle-ci est d'abord liquide et fortement aromatique; les moines la mettent dans des petites fioles et la distribuent à leurs amis. DUHAMEL (Traité des Arbres 2:289, 1755) confirme l'info et dit avoir vu lui-même la résine exsuder des arbres de la Chartreuse. Indépendamment, un récit de l'abbé MAZEAS (Journal des Sçavans, 1769:105) indiquait que des Styrax produisaient également de la résine près de Rome."
"Depuis cette date, selon MEIKLE, on ne trouve plus aucune source signalant de la production de résine par des Styrax." [3]
"Je viens de tomber sur un livre de Margaret THOMPSON, 1960. Le jardin symbolique. Texte grec tiré du CLARKIANUS XI. Paris, Les Belles Lettres. Il s'agit d'un manuscrit byzantin du XIIIe, dont l'origine semble remonter au XIe. A l'article "Du Styrax ou de la prière", on lit :
"La jeune plante était l'image de la prière. Cette plante s'élevait au milieu des autres et sa nature essentielle rayonnait sur toutes les autres plantes, comme la leur sur elle : la vertu de prière elle aussi doit s'élever au milieu des autres actions de manière qu'elles soient toutes unies à elle... Comme les feuilles de cette plante sont très blanches, de même la prière doit être pure de toute souillure et de noirceur mortelle provenant des passions... La coagulation du suc résineux de cette plante, qui ne peut revenir à l'état de liquide ou de dissolution, représente la constance et l'assiduité dans la prière... L'espèce de farine qui sort du tronc de cet arbre sous l'effet de la morsure du ver qui habite dedans, représente sortant de l'intérieur de l'âme et résultant d'une sorte de ciselure de l'esprit, les paroles pieuses adressées à Dieu... Ces deux sortes de résine, lorsqu'on les met sur le feu, parfument toute l'atmosphère..." [4]
" A propos de l'Aliboufier, une autre référence bibliographique riche d'information : encore une fois "le Livre des Arbres, Arbustes et Arbrisseaux", de Pierre LIEUTAGHI, tome 1 (1969), p. 177 à 183. On y apprend que l'Aliboufier était bien présent dans la partie de la Provence située entre les Saintes-Marie de la mer et Fréjus avant 1571, date d'une publication de Pierre PENA et Mathias DE LOBEL où l'on peut lire "Il existe près du bourg de Solliès une riante colline où le Styrax abonde. Nul n'en connaissant encore l'existence en cet endroit lorsque, au temps de notre jeunesse, nous l'y découvrîmes et le montrâmes à un grand nombre de pharmaciens et d'étudiants, ainsi qu'aux professeurs de Montpellier."
Pierre LIEUTAGHI écrit encore : "plusieurs auteurs affirment que les Aliboufiers du Var ne produisent pas de Storax et y voient une preuve supplémentaire de son non-indigénat. Au témoignage de GARIDEL, déjà décisif, puisque les Chartreux n'importaient sûrement pas la résine d'Aliboufier, s'ajoute celui de DUHAMEL DU MONTCEAU : "J'ai trouvé en Provence, près de la Chartreuse de Montrieux, sur de gros Aliboufiers, des écoulements assez considérables d'un baume très odorant. Il n'est pas douteux, ce me semble, que ces Aliboufiers produisent du Storax."
"D'ailleurs, les curés de Belgentier ont longtemps brûlé cette résine dans leur encensoir. Seuls les arbres âgés sont aptes au gemmage et il ne subsiste malheureusement plus, aujourd'hui, que de bas taillis de cette précieuse essence, recépée comme le vulgaire Chêne vert."
"L'Aliboufier âgé exsude, lorsqu'on incise son écorce, une résine très aromatique au parfum proche du benjoin". [5]
Il apparaît donc évident que les moines de la Chartreuse de Montrieux (83), obtenaient une résine fortement aromatique servant à la fabrication d'un onguent ou pouvant être utilisée comme encens dans les églises.
Une autre utilisation est l'emploi des graines très dures du Styrax pour la confection de chapelets appelés "Chapelets des Chartreux".
Le problème de l'indigénat du Styrax dans la région toulonnaise reste cependant posé.
J'ai eu, entre temps, des références et informations supplémentaires par Yvette ORSINI (INFLOVAR) que je tiens à remercier. L'article le plus intéressant étant celui de J.P. RISTERUCCI qui pose la question et cite des auteurs de renom en faveur de l'indigénat : L. LEGRE, E. JAHANDIEZ, Ch. FLAHAUT, G. DE SAPORTA.
L'article fait 6 pages en voici l'introduction :
"Le Styrax officinal, plus connu en Provence sous le nom d'aliboufier, est-il indigène dans le département du Var ? Cette question que s'est posée LEGRE en 1897 n'a toujours pas reçu de réponse satisfaisante à ce jour ; et pourtant il est probable qu'avant LEGRE, lorsque au XVIe siècle Pierre PENA et Mathias DE LOBEL, en voyage d'étude, découvrirent à Solliès ce même Styrax, la question de son indigénat a du leur venir à l'esprit. Peut être même, les Chartreux en s'installant dans la forêt de Montrieux au début du XIIe siècle furent-ils étonnés d'y trouver cette plante, à moins bien entendu qu'elle n'y fût introduite ultérieurement par leur soin". [6]
A consulter également :
LEGRE, L. - La Botanique en Provence au XVIe siècle : Pierre PENA et Mathias DE LOBEL - Mém.Acad.Sc.L.B.-A. de Marseille, 1899 - 1901.Isidorius Hispalensis Etymologiae XVII - Edition Les Belles Lettres - 1981 (commentaires de Jacques ANDRE).
PLINE l'ancien - Histoire Naturelles - Edition Les Belles Lettres (Commentaires de Jacques ANDRE). [1]René THIEFAINE - message tela-botanicae 5903 du 24/06
[2] Elisabeth DODINET - message tela-botanicae 5907 du 24/06
[3] Elisabeth DODINET - message tela-botanicae 5935 du 26/06
[4] Michel CHAUVET - message tela-botanicae 5925 du 25/06
[5]B.C. - message tela-botanicae 5945 du 27/06
[6]RISTERUCCI, J.-P. - À propos du Styrax officinal - Annales de la Société des Sciences Naturelles et d'Archéologie de Toulon et de Var - N°32 - 1980 - 6 pages
Auteurs
Synthèse réalisée par : Vincent BLONDEL
Date : septembre 2001
Ont contribué à cette synthèse :
- Michel CHAUVET
- B.C.
- Elisabeth DODINET
- René THIEFAINE
- et notes complémentaires apportées par Vincent BLONDEL à l'origine de la question.
Synthèse réalisée à partir des échanges sur tela-botanicae, le forum des botanistes francophones, du 24 au 27 juin 2001. ![]()