Vous êtes ici : Synthèses des forums > Synthèses de niveau 3 > Corydalis cava et Corydalis solida
L'écologie et la répartition de quelques espèces
du genre Corydalis, Fumariaceae,
particulièrement Corydalis cava (L.) Schweigg. et Körte et C. solida (L.) Clairv.
La question initiale est venue de François VERNIER :
C'est le temps des corydales et, notamment, de Corydalis cava (L.)Schweigg. et Körte et de C. solida (L.) Clairv.Ces deux espèces sont toutes deux données par Rameau (Flore Forestière Française) comme neutronitrophiles hygroclines.
Si parfois on les trouve ensemble, il arrive souvent que ces espèces soient en colonies mono-spécifiques. Selon mes observations, C. cava serait plus calcicole que C. solida.
Quelqu'un aurait-il une idée plus précise que mes impressions de botaniste de terrain?
Les réponses ont permis de préciser quelques éléments d'écologie (principalement pour C. solida) et de répartition, détaillés ci-dessous.
1.1) Pour Corydalis solida :
- Poitou : Strate herbacée des groupements forestiers neutroclines (Aceri-Carpinion) et préférentiellement dans les zones fraîches (Ranunculion ficariae). {1}
- Souvent sur sols siliceux, mais peut accepter diverses compositions chimiques de sols lorsque ceux-ci sont couverts d'une couche de détritus. Sur calcaire dans les Vosges. Associations avec Anemone ranunculoides, A. nemorosa, Isopyrum thalictroïdes, Primula elatior, Scilla bifolia, Galanthus nivalis, LECOQ {2}
- Loire : strate herbacée de groupement forestier, dans des vallons frais ou en bord de ruisseaux ou de rivières... de fait, souvent en compagnie de Ranunculus ficaria, de 150 à 500 m d'altitude. Dans le département de la Loire, les sols sont généralement siliceux acides ou neutres... très rarement calcaires. Certaines stations de C. solida se trouvent dans des zones à roches anciennes siliceuses (ravins rhodaniens du Pilat, pentes boisées autour de la retenue d'eau de Grangent), mais la nature précise des sols sur ces stations serait à vérifier. {3}
- Sud-Est : elle se rencontre en plusieurs points des hêtraies et châtaigneraies de l'Aigoual (30 et 48) sur sols granitiques et dans la zone de garrigue, avec Gagea pratensis, à moins de 20 km au Nord de Montpellier (alt. 320 m) dans un chemin creux sur sol calcaire (plus ou moins décalcifié).{4}
1.2) Pour Corydalis cava :
Aucune indication précise spécifique (par rapport à la question initiale) n'a été apportée quant à l'écologie de celle-ci dans les échanges.
2.1) Corydalis solida :
- Michel-Ange BOUCHET l'a vue en Ardèche, au nord du roc de Gourdon (région des Boutières) à environ 800 m d'altitude sur terrain acide, ainsi que dans l'Aubrac {5}, une observation confirmée par Jean-Claude BOUZAT.
- La flore de Montpellier la cite sur les rebords du Larzac, de la Seranne, etc. {4}
- Outre l'Aigoual (2 mai 1997), l'Aubrac, etc., Jean-Claude BOUZAT signale l'avoir notée (avec Henri MICHAUD) dans la zone de garrigue, à moins de 20 km au Nord de Montpellier. {4}
2.2) Corydalis cava :
Il semblerait que les indications de la Flore forestière française pour Corydalis cava soient un peu optimistes pour l'ouest et le centre. Patrick GATIGNOL {1} signale qu'on ne note aucune mention :
B.C.{3} confirme pour sa région et ajoute les éléments suivants :
- On ne note aucune mention de C. cava dans la statistique botanique du Forez (Antoine LEGRAND) pour le département de la Loire
- Dans la Flore de CHASSAGNE (Auvergne), on peut lire ceci : "DELARBRE dans la 2° édition de sa Flore d'Auvergne dit qu'on trouve C. cava "avec l'ordinaire au Puy de Dôme, Mt d'Or, Cantal, dans les bois".
Aucun exemplaire d'Auvergne n'a été vu par d'autres botanistes.
- Dans la Flore lyonnaise (G. NÉTIEN), aucune localisation n'est indiquée pour C. cava. NETIEN mentionne l'espèce uniquement pour indiquer (de même que pour C intermedia) : "ne font pas partie de la dition et sans doute confusion dans la détermination".
- Pierre AUBIN (catalogue des plantes vasculaires du Gard) n'indique aucune localisation de C. cava pour le Gard, mais il précise : "signalé par B. MARTIN au bois de Cabrillac sur nos limites".
- J.F. PROST (catalogue des plantes vasculaires de la chaîne jurassienne) indique : "Ain : ne semble pas exister" (par contre, il mentionne des stations dans le Jura et dans le Doubs).
- enfin, dans sa très belle Flore d'Aubrac, F. NOUYRIGAT donne C. cava sur l'Aubrac (mais la photo correspondante est celle d'une corydale à bractées digitées : C. solida !)
Il en tire la conclusion que C. cava semble absente des départements suivants : Rhône, Loire, Ain, Puy de Dôme, Cantal, Haute-Loire, (Ardèche ?), Gard. En outre, selon lui, les indications pour l'Aubrac et au bois de Cabrillac (sur la limite du Gard) sont à vérifier...
Jean-Claude BOUZAT indique l'avoir vue une seule fois, en fleurs (2 mai 1997), dans une hêtraie de l'Aigoual, où BRAUN BLANQUET la cite en deux points où il l'a vue et donne deux autres indications, dont celle du bois de Cabrillac, qu'il tient de Dioméde TUESKIEWICZ. {4}
Jean-Claude BOUZAT signale en outre :
Corydalis intermedia Mérat, qu'il a vue une seule fois, en fruits (2 mai 1997), dans le même bois de l'Aigoual, où BRAUN BLANQUET la cite en trois points. Il signale que C. solida et C. cava étaient en populations peu distantes l'une de l'autre, entre 1300 et 1350 m d'altitude, alors que C. intermedia était à 1450 m, et que, dans ce même bois, BRAUN BLANQUET cite également C. claviculata qu'il n'y a, personnellement, pas rencontré.
Sur moins d'un km2, il est donc possible de trouver 4 espèces de Corydalis dans un secteur de dénivellation de 1125 à 1500 m, exposition Est et Nord. C'est en Lozère, à moins de 4 km à vol d'oiseau du Gard.
| Corydalis cava | Corydalis solida | |
| Ecologie | neutronitrophile hygrocline calcicole dans le Carpinion betuli, le Fagion sylvaticae, l'Alno-Padion | neutronitrophile hygrocline dans l'Aceri-Carpinion, le Ranunculion ficariae, le Carpinion betuli, le Fagion sylvaticae, sols généralement siliceux acides, ou neutres... très rarement calcaires |
| Chorologie | Absente - dans la flore du massif armoricain - dans celle de la vallée de la Loire (cours occidental) - dans celle d'Indre et Loire - dans celle du Berry Rhône, Loire, Ain, Puy de Dôme, Cantal, Haute-Loire, Gard, Littoral Atlantique, Manche, Mer du Nord, Méditerranée - Est des Alpes | Absente - Finistère, Morbihan, Cotes d'Armor - de la côte méditerranéenne - d'une grande partie de l'Aquitaine - de Corse |
| Chorologie | Présente - une mention (douteuse) Aubrac NOUYRIGAT - Lozère : hêtraie Aigoual entre 1300 et 1350 m. alt. avec C. solida - Jura, Pays de Gex, Doubs, Jura suisse, Jura alsacien, Territoire de Belfort (PROST). | Présente - Poitou strate herbacée des groupements neutroclines (Aceri-Carpinion)- Loire : strate herbacée de groupement forestier, vallons frais, bord de ruisseaux… - Aigoual (30 et 48): hêtraies, châtaigneraies- 20 km Nord de Montpellier (34), garrigue, sur sol calcaire- Ardèche (nord du roc de Gourdon, région des Boutières), Aubrac- Massif Armoricain : Deux-Sèvres, Vendée, Maine et Loire, Loire Atlantique, Ille et Vilaine, Mayenne, Sarthe, Calvados, Orne. (des ABBAYES)- Gard, Ardèche, Cantal, Puy-de Dôme, Allier, Loire, Rhône, Isère, Ain, Jura, Doubs… (AUBIN, NETIEN, CHASSAGNE, LEGRAND, PROST) |
{1}Patrick GATIGNOL, message du 2 avril 2001
{2}Élisabeth DODINET, message du 3 avril 2001
{3}B.C., message du 7 avril 2001
{4}Jean-Claude BOUZAT, message du 10 avril 2001
{5}Michel-Ange BOUCHET, message du 11 avril 2001
Après plus de cent ans d'absence Danielle Bouyahia l'a re-découverte le 3 mars 2008 (plus de 100 ) au milieu d'un millier de Scilla bifolia sur les deux communes de Souzy la Briche et St Sulpice de Favières (91) Ile de France
Synthèse réalisée par : François VERNIER
Date : juin 2001
Ont contribué à cette synthèse:Synthèse réalisée à partir d'échanges ayant eu lieu sur tela-botanicae, forum des botanistes francophones, entre le 2 et le 11 avril 2001.
© Tela Botanica / 2000-2008 - Le réseau des Botanistes Francophones