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Auteur : Jean-Benoît PELTIER, chargé de recherche à l'INRA
Coordonnées: Laboratoire de Protéomique, Campus de la Gaillarde, Montpellier SupAgro / INRA - 2 place Viala - 34060 Montpellier cedex
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PELTIER J.-B. (2007), Une glu salvatrice contre le ravageur de palmiers, Paysandisia archon. INRA, 9 pp.
Etude de recherche scientifique.
Le papillon originaire d’Amérique du Sud Paysandisia archon menace très fortement le patrimoine des paysages urbains de nos régions, sa larve dévorant le cœur des Palmiers, entraînant à terme leur mort inéluctable.
L’introduction du papillon en Europe a commencé via l’Espagne au début des années 1990 suite à l’importation de palmiers en provenance d’Argentine (Butia, Trithrinax), et s’est étendue à la France et à l’Italie à la fin de la décennie 90. L’extension rapide de l’infestation a été due ensuite aux déplacements incontrôlés des palmiers entre départements ou pays et, localement, grâce aux capacités du papillon à voler sur plusieurs kilomètres. P. archon est un papillon qui s’attaque spécifiquement aux monocotylédones de la famille des Arécacées (palmiers). Onze genres infestés par P. archon sont recensés à ce jour : Brahea, Butia, Chamaerops, Jubaea, Livistona, Phoenix, Sabal, Syagrus, Trachycarpus, Trithrinax, Washingtonia. Ce large spectre ne doit cependant pas masquer que le papillon semble avoir des préférences parmi ces palmiers.
La lutte contre ce papillon a été rendue obligatoire par un arrêté du Ministère de l’Agriculture daté du 7 février 2002 (Annexe B) qui stipule que « Paysandisia archon est un parasite de lutte obligatoire », mais à ce jour, aucune méthode de lutte chimique respectant la réglementation européenne ne peut être préconisée. Seuls l’ensachage des individus ou bien l’abattage des palmiers suivi de leur destruction systématique sont recommandés.
Le papillon a été signalé dans l’Hérault en 2002. Devant l’urgence, nous avons contacté toutes les instances susceptibles d’avoir des informations sur les méthodes de lutte contre ce ravageur. En effet, la chenille, d’une dizaine de centimètres, vit et se nourrit à l’intérieur des stipes (« troncs ») et provoque leur mort dans des délais assez courts (2 à 4 ans suivant la taille du stipe). Nous avons finalement réalisé qu’ aucune méthode n’existait pour le moment, hormis les préconisations de l’arrêté ministériel, et avons donc décidé d’agir. Après avoir réalisé que le papillon effectuait l’essentiel de son cycle dans une zone très limité du palmier, à savoir entre la base des feuilles et les derniers 40 cm en dessous du bourgeon terminal, nous avons mis au point une sorte de glu qui, une fois appliquée, devait avoir pour fonction de bloquer l’accès du papillon à cette zone ce qui équivalait à bloquer le cycle de développement du papillon.
Des essais ont été immédiatement lancés avec notamment l’appui logistique de la direction de l’école SupAgro et des services des jardins de la Ville de Montpellier. L’application, même tardive (fin juillet au lieu de début juin) de ce produit par rapport au cycle du papillon, a cependant d’ores et déjà permis d’évaluer son efficacité fin janvier 2007, le premier bilan « officiel » des résultats sera connu en avril 2007. Sur les 500 palmiers que compte le campus de la Gaillarde, très peu des 342 palmiers que nous avons traités semblent présenter à ce jour de nouveaux symptômes (< à 6%), alors que les 125 palmiers que nous n’avons pas été en mesure de traiter ont massivement été infestés (~30%). Nous avons réalisé un relevé topographique de l’ensemble des palmiers du campus SupAgro associé à l’état d’infestation des palmiers qui sera par la suite noté année après année. Il faudra que les palmiers infestés soient identifiés par des codes de couleurs différents (idéalement par des mini-puces informatiques) afin de suivre au cours des années à venir l’évolution de l’infestation des sujets individualisés et du suivi des protocoles expérimentaux. Un site internet dédié aux ravageurs des palmiers sera bientôt accessible et nous y incorporerons les données essentielles sur Paysandisia (symptômes, cycle, méthodes de lutte) ainsi que les cartes topographiques permettant le suivi de l’infestation sur le campus.
Les traitements que nous avons pu réaliser dans la ville de Montpellier (avenue de la Pompignane, rue St Guilhem) et au Jardin des Plantes ont donné des résultats similaires à ceux du Campus quant à l’effet protecteur du traitement par la glu. Vous pourrez apprécier l’efficacité du traitement, en comparant les palmiers de la rue Saint-Guilhem qui ont été traités par la glu, et ceux de la rue du Courreau, qui la prolonge, qui n’ont malheureusement pas pu être traités. Les résultats obtenus cette année sont d’autant plus encourageants, que le traitement a été très tardif (début août), les papillons ayant déjà commencé à sortir dès le début du mois de juin. Nous allons continuer les tests cette année 2007 en appliquant le traitement dès la mi-mai 2007, avant la sortie des papillons. Nous devrions atteindre une efficacité de protection proche de 100%.
Le produit que nous préconisons est une glu dont les composants sont 100% naturels, non toxiques pour la plante et l’environnement. Celle-ci est pulvérisée au niveau de la couronne des palmiers, point de départ du cycle où le papillon dépose ses œufs. L’action de la glu est uniquement physique en agissant comme un écran protecteur entre le ravageur et le palmier. Elle gêne en effet, l’émergence des adultes, empêche les femelles de venir pondre et englue les œufs (si d’aventure des œufs avaient été déposés avant l’application). Le produit, en empêchant la ré-infestation de palmiers déjà atteints, a permis cette année le redémarrage de certains d’entre eux dont le bourgeon terminal n’avait pas été détruit par l’attaque. Le produit n’est pas encore disponible sur le marché mais tous les efforts seront faits pour qu’il le soit le plus rapidement possible. Un brevet a été déposé auprès de l’Unité Contrats et Propriété Intellectuelle (UCPI) qui est la filiale de valorisation de l’INRA.
Nul doute qu’il est très urgent d’agir collectivement. La progression du papillon est en effet très inquiétante et après les premiers ravages très visibles sur des palmiers comme les Trachycarpus ou les Chamaerops, il s’attaque plus insidieusement aux gros sujets comme les Phoenix (palmier des Canaries) et les Jubaea (Cocotier du Chili). La glu, dont une seule application par an est nécessaire, est d’autant plus la bienvenue que d’autres ravageurs de palmiers comme le charançon rouge (Rhynchophorus ferrugineus) tente de s’installer dans le sud de la France suite, là encore, à des importations incontrôlées de palmiers.
Paysandisia archon / glu / ravageur / palmier / lutte / parasite
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