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Par Peter A. Schäfer, 2005
Planche de la coriandre
1) Si toutes les espèces étaient parfaitement homogènes et invariables, il est vrai, qu'un seul échantillon par espèce serait suffisant pour faire une collection de référence complète. Mais la réalité est tout autre : nous avons besoin, pour la même espèce, d'échantillons, qui documentent sa répartition géographique et aussi ses adaptations écologiques en incluant toutes les variantes génétiques, donc un nombre pratiquement infini d'échantillons... nous manquons même d'échantillons récents pour les plantes communes !
2) Les fleurs séchées n'ont plus de couleurs, ne vaut-il pas mieux faire une collection dephotographies ? Il est vrai, qu'une image en couleurs serait un complément utile, mais, par contre, la plante (même pressée et séchée) peut être observée avec n'importe quelle technique, aujourd'hui (ou dans le futur) disponible et non seulement avec la technique du jour deprise de vue. La plante peut aussi être analysée grâce à des techniques morphologiques, anatomique et chimiques. On peut maintenant étudier l'ADN d'échantillons d'herbier récoltés il y a cent ans, à une époque où personne n’imaginait, qu'on allait un jour découvrir l'ADN.
3) Pour une collection qui a pris son origine pendant la renaissance, il est clair, qu'il y a un aspect historique et patrimonial. Il faut également tenir compte du fait que la nomenclature botanique moderne commence le 1er mai 1753 (vous avez bien lu : mille sept cent cinquante trois !). L'aspect historique de la collection, n'est pas simplement une richesse patrimoniale, mais un des problèmes majeurs de son utilisation.
Le service des Herbiers de l'Institut de Botanique de Montpellier dépend de l'Université Montpellier II (Sciences et Techniques du Languedoc). Il occupe dans une aile particulière du bâtiment six étages de chacun 250 m2 soit 1500m2 au total. Les échantillons sont stockés sur 5,5km (exactement 5 544 m) d'étagères métalliques.
Le plus gros herbier, l'herbier général des phanérogames, occupe à lui tout seul deux étages et demi. Le résultat de la mise en commun d'un certain nombre d'anciens herbiers indépendants, il comporte des plantes de pratiquement tous les pays de la terre, classées dans un ordre systématique.
Les herbiers de cryptogames (fougères, mousses, algues, champignons et lichens) occupent un autre demi étage. Vu l'encombrement réduit de la plupart de leurs échantillons il ne faut pas sous-estimer l'importance numérique de ces collections.
Un étage entier est dédié aux herbiers d'Afrique du Nord, des collections entières rentrées sous cette appellation. Si l'herbier général contient également des plantes de cette région, certaines des collections à cet étage comportent également des plantes d'autres pays et sont en attente d'un inventaire géographique, voire d'un tri.
Un demi étage est occupé par des collections de botanique tropicale. Essentiellement formées par des récoltes de la deuxième moitié du 20ème siècle en Afrique, Amérique latine, Asie et Océanie avec entre autres les échantillons des missions «radeau des cimes » mais on y trouve aussi des paquets de plantes ramenées par des explorateurs ou missionnaires au 19ème.
Reste un étage et demi d'herbiers autonomes, indépendants ou en attente d'incorporation. Certains sont seulement en dépôt chez nous et proviennent de musées, qui ne peuvent pas assurer chez eux leur consultation (par exemple l'herbier de l'abbé H. Coste), d'autre ont été légués avec l'obligation de rester indépendant (herbier Braun-Blanquet), d'autres restent indépendants en tant que collection historique ou géographiquement délimitée (herbier P. Chirac, herbier d'Egypte de Delile, herbier des Baléares de Knoch, ...). Enfin malheureusement certaines collections sont simplement en attente, faute de personnel, d'être incorporées dans l'herbier général.
Mis à part quelques collections historiques au classement figé la plupart de nos herbiers sont systématiques et devraient être à jour. C'est effectivement la grande différence entre une bibliothèque où chaque livre a son titre et son auteur fixes, et un herbier. Même si la plante séchée ne bouge plus, la botanique continue a faire des progrès et amène des changements nomenclaturaux et /ou taxinomiques : il faut donc renommer l'échantillon (récolté et déjà nommé du nom valable à l'époque) selon les connaissances actuelles. Une fois renommé, il faut le déplacer matériellement dans la collection à l'endroit correspondant au nouveau nom, tout en gardant une trace (ou fantôme) à l'ancienne place. Ce travail de vérification du nom et de reclassement est de loin la première servitude matérielle des herbiers bien avant des taches, pourtant très nécessaires d'entretien (lutte contre les insectes, changement des papiers, réécriture d'inscriptions, ...).
Si les taches de conservation peuvent déjà amener des recherches historiques, le but de l'herbier est de permettre des recherches botaniques par la mise à disposition du matériel végétal. Si les échantillons de référence, en particuliers échantillons types, échantillons authentiques ou herbiers de référence, doivent être au maximum conservé dans leur intégrité, l'herbier doit également posséder des échantillons sur lesquelles des prélèvements, études destructrices peuvent être effectuées. L'analyse chimique, par exemple, ne permet pas de restituer le matériel utilisé. Heureusement pour les conservateurs, il est souvent possible d'effectuer des études non destructives (= observation à l'œil nu, à la loupe, au
stéréomicroscope, ...) dans les herbiers et d'utiliser pour les autres techniques surtout du matériel spécialement récolté à cet effet.
En ce début de 21ème siècle on peut constater un regain d'intérêt pour les herbiers et leur collections. Le nombre de visites annuelles s'établit ainsi à plus de 1 000 depuis l'an 2000. Nous avons également obtenu plusieurs subventions d'une fondation américaine (Andrew W. Mellon foundation) pour participer au projet « African Plant Initiative », un projet de numérisation des échantillons types du continent Africain. Nous coopérons d'ailleurs dans ce projet avec l’Herbier du Muséum et une cinquantaine d'herbiers internationaux et avons déjà fournis plus de 5000 images de très haute définition (plus de 200 megaoctets/image) qui sont destinées à être mise gratuitement à disposition du public par ALUKA (voir l’article sur le projet API)
En préparant des échantillons d'herbier : Nous manquons d'échantillons récents de plantes communes et même particulièrement des « plantes envahissantes ». Un programme de récoltes sera initié en coopération avec la Société d'Horticulture et d'Histoire Naturelle de l'Hérault.
En devenant bénévole dans l'herbier, vous pouvez participer aux travaux de classement et catalogage des collections. N’hésitez pas, non plus à nous envoyer les échantillons de vos récoltes de terrain.
Notre herbier peut être visité par des personnes intéressées (si possible en petits groupes de 3 à 7 adultes) sur rendez-vous pris par téléphone ou courrier électronique et après autorisation. L'herbier est ouvert en consultation aux étudiants, chercheurs et botanistes amateurs sous la
responsabilité du conservateur (tout matériel apporté doit être congelé avant l'introduction dans l'herbier, se renseigner).
Les éditions « Plume de carotte » ont publié deux ouvrages à partir des planches de l’herbier MPU de Montpellier :
Peter A. Schäfer
Conservateur des herbiers (MPU)
Institut de Botanique - Université Montpellier 2
163, rue A. Broussonet, F - 34090 MONTPELLIER
Tél. 04 99 23 21 82 ; pasch@isem.univ-montp2.fr
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