Projet : Botanique générale
Adresse pour écrire au forum
tela-botanicae@yahoogroupes.frMessage N°5467/39810
- A :
- tela-botanicae@e...
- De :
- Michel Chauvet <chauvet@e...>
- Sujet :
- Re: [Tela Botanica] narcisse
- Date :
- 21 Mai 2001 24:01
>dans le flore forestière on peut lire :
>narcissus du grec narké assoupissement, la plante est sensé provoquer un
>assoupissement douloureux.
>Je n'ai trouvé nulle part trace de cette propriété, j'ai trouvé des vertus
>vomitives, purgatives, les fleurs seraient antispasmodiques, laxatives et
>fébrifuges.
>j'ai même cherché dans la mythologie une histoire d'assoupissement, rien.
>si vous avez des infos.
Voici quelques compléments :
D'après Pierre Chantraine, 1968-1980. Dictionnaire étymologique de la
langue grecque. Histoire des mots. Paris, Klincksieck. 2 vol, XVIII-1368 p.
:
"narkê : engourdissement, torpeur causée par la paralysie, le froid,
l'effroi, etc.
narkissos : narcisse, notamment Narcissus poeticus et Narcissus serotinus.
Etymologie : Un rapport avec narkê est supposé par Plutarque, Moralia, 2,
647 b, à cause de l'effet calmant du narcisse, mais il ne peut s'agir que
d'une étymologie populaire. Comme l'indique la finale -issos, ce doit être
un terme d'emprunt."
Des deux dictionnaires standard du grec ancien, Bailly donne de narkê le
sens de "engourdissement, torpeur", et Liddell-Scott celui de "numbness,
deadness, caused by palsy, frost, fright...". Aucun auteur ne parle
d'"assoupissement".
D'après Robert Graves, 1967. Les mythes grecs. Paris, Fayard. 2 vol. 428 +
446 p. (Coll. Pluriel) :
"comme, épuisé de fatigue, il s'était laissé tomber sur l'herbe, pour
étancher sa soif, il tomba amoureux de sa propre image reflétée dans
l'eau... et resta couché à regarder dans l'eau pendant des heures". Il se
plongea alors un poignard dans la poitrine. "Son sang s'écoula dans la
terre et il naquit un narcisse blanc à corolle rouge dont on extrait un
baume, à Chéronée, de nos jours encore. Il est recommandé dans les
affections des oreilles (bien qu'il puisse occasionner des meaux de tête)
et comme vulnéraire contre les engelures. (note 2)
note 2. Mais issos, comme inthos, est une terminaison crétoise et Narcisse
et Hyacinthos semblent avoir été des noms de héros de fleurs de printemps
crétois dont la déesse pleure la mort, sur l'anneau d'or trouvé à
l'Acropole de Mycènes."
D'après Angelo de Gubernatis, 1878-82. La mythologie des plantes ou les
légendes du règne végétal. Reprint Paris, Archè, 1976. 376 p. :
"Le mythe du jeune Narcisse est sans doute funéraire ; il s'admirait dans
l'eau d'une source et il fut changé en fleur. Sa fleur servit ensuite à
couronner la tête des morts, des Furies, des Parques, de Pluton, de
Dyonisios.... D'après Pausanias, IX, Narcisse se serait regardé dans l'eau,
trompé par l'image de sa seur bien-aimée, qu'il croyait y voir, au lieu de
la sienne... La s¦ur de Narcisse pourrait très bien être la lune, que le
soleil mourant, le soleil couchant, voit devant lui, ou dans le miroir de
la mer nocturne où il ira se perdre. La couleur jaune de la fleur convient
parfaitement au soleil".
D'après Paul Victor Fournier, 1948. Le livre des plantes médicinales et
vénéneuses de France. Paris, Lechevalier. t. 3 : Menthe à Zacinthe. 636 p.
(Encyclopédie biologique, 32) :
"Narcissus pseudo-narcissus... Le seul parfum des espèces à fleurs
odorantes est déjà narcotique, ainsi que Plutarque et Pline le savaient
déjà. La plante elle-même, et surtout son bulbe, contiennent un alcaloïde,
la narcissine, substance paralysante, une matière amère fortement
drastique, et un poison du c¦ur, la scillaïne..."
On peut ajouter que dans l'antiquité, narkissos et narcissus ont pu
désigner des Narcissus, mais aussi des Lilium, Iris et Pancratium.
En résumé, narkissos est un nom de plante probablement crétois
(pré-hellénique), emprunté en grec. Les Grecs l'ont rapproché de narkê, et
ont repris (en le remaniant ?) un mythe crétois. En fait d'assoupissement,
ces plantes provoqueraient plutôt des vomissements à faible dose, et une
paralysie puis la mort à forte dose... Rien à voir avec un effet somnifère
voire narcotique au sens moderne. Je suis moi aussi très agacé par la
propension des livres sur les plantes médicinales à se recopier les uns les
autres sans remonter aux sources.
Quant à la mythologie, on comprend que les tépales jaunes étalés aient fait
penser au soleil, alors que la couronne (si elle est orange ou rouge)
l'assimile à d'autres fleurs rouges qui ont un symbolisme funéraire.
Michel Chauvet
INRA - Communication
2, place Viala
34060 Montpellier cedex 1
France
tel. 33 4 99 61 23 80
fax 33 4 99 61 26 16
Vers l'espace Yahoo !
http://fr.groups.yahoo.com/group/tela-botanicae/