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Iris fétide (Iris foetidissima L.)

Par Nathalie BATISSE

Extraits d’une discussion concernant l’iris fétide (Iris foetidissima L.) sur le forum ethnobotanique de Tela Botanica.

Ont contribué à cette discussion : Francis LAGARDE, Elisabeth DODINET, Pascal VIGNERON, Marie-Germaine MARY-CONRAD, Marie-Elisabeth BOUTROUE, Pierre SELENET, Michel CHAUVET, Alain MAURIC, Clotilde BOISVERT, Richard POULET

Nathalie BATISSE, le 16 Mai 2006

Bonjour,
Je suis très contente de tomber sur ce forum. Alors merci à ceux qui le font exister. Je m'intéresse particulièrement à l'ethnobotanique historique. Je trouve souvent Iris Foetidissima naturalisé dans les vieilles pierres. Ruines, intérieur des bourgs, etc... dans la zone Bas-Livradois/Limagne (63).
Pourtant cette plante n'a pas de nom en patois, pas d'usage connu, etc.... la seule source où je l'ai trouvé est le Nouvel Herbier de 1543 de L. FUCHS qui le cite comme herbe à poux. Alors, j'aimerais savoir, d'une part si quelqu'un connaît d'autres usages, et d'autre part dans quelles régions on le trouve dans les mêmes conditions ?
Merci Nathalie BATISSE

Marie-Germaine MARY, le 16 Mai 2006

Bonjour,
Cet iris, je l’ai dans mon jardin, il a poussé tout seul et vient probablement d’une graine d’autres jardins. La première fois que je l'ai vu, c'est dans un village où nous possédions une maison de famille . Il y avait de grosses touffes de ces iris (pas si fétides que ça!); le vieil oncle de mon époux les avait toujours vus : il est décédé il y a une vingtaine d'années à l' âge de 95 ans ; nous avons vendu la maison, les iris y sont toujours . J'en ai vu aussi dans des cimetières de campagne , en compagnie des pervenches . Ici, on ne leur donne pas de nom, à ma connaissance ... Affaire à suivre!

Nathalie BATISSE, le 16 Mai 2006

Merci beaucoup pour votre réactivité ! On m'a aussi parlé du col de Vence (06), et du Morbihan, avec le Puy-de-Dôme, et la Haute-Corse. Pour le Morbihan, pas d'usage connu non plus. Quel rapport (si rapport il y a) entre ces endroits et une plante de la pharmacopée de tradition allemande ? Le mystère demeure. A suivre donc, ça fait des années qu'il me turlupine celui-là !

Pierre SELLENET, le 17 Mai 2006

Bonjour,
Dans le Livre des plantes médicinales et vénéneuses de France, Fournier,1948:Iris foetidissima Iris gigot, Iris à l'ail, glaïeul puant, petit glaïeul, spatule, spatule puante L'iris fétide représente le Xiris des Grecs, dont font mention Dioscoride et Galien. Le premier de ces auteurs lui assigne déjà des propriétés qui lui ont été encore attribuées depuis : "La racine macérée dans du vin cuit se prend contre les spasmes, les ruptures, les douleurs de la hanche, la strangurie, la diarrhée ; on l'emploie comme vulnéraire sur les plaies de la tête, les fractures ; elle extrait sans douleur les épines, les échardes, etc ; en frictions avec du vinaigre, elle guérit les tumeurs et les abcès. Quand aux graines, elles sont violemment diurétiques." Quand à Matthiole (1554) il mentionne l'emploi par quelques uns du suc contre la gale et diverses maladies de la peau. Propriétés Le rhizome et les graines à odeur fétide, à saveur âcre et nauséeuse, sont diurétiques, apéritifs, purgatifs, drastiques, plus ou moins sédatifs et antispasmodiques. Cazin (1868) a vu des paysans se guérir de diverses hydropisies en prenant 12 gr de suc du rhizome, il conseille la dose de 2 à 4 gr.... La racine sèche se prend à la dose de 4 à 8 gr dans un litre de vin blanc, comme diurétique, fondante, emménagogue. Comme diverses autres substances fétides, le rhizome a été utilisé contre divers troubles nerveux, dont l'hystérie. On l'a également employé sous forme de bains chauds contre l'atrophie des membres. Bon, ça fait quand même quelques usages en stock. Pierre Lieutaghi cite aussi ces propriétés (en précisant : médicinal oublié requérant étude) et signale aussi que les latins teignaient les étoffes en rouge avec les capsules fructifères bouillies dans du lait (Jardin des savoirs, jardins d'histoire). J'ai cette plante dans mon jardin parce que je l'ai semée (fleur assez discrète mais aux belles ornementations et très jolies graines rouge corail à l'automne jusqu'en hiver) au pied d'un arbuste, donc à l'ombre. Je ne la trouve pas spécialement très fétide même quand on froisse son feuillage. C'est à l'ombre des bois, sous bois, haies qu'on le trouve assez fréquemment dans une grande partie de la France à l'étage collinéen, région méditerranéenne, région rhodanienne, seulement un petit spot dans le massif central (Limagne) et une grande partie de l'ouest et du nord ouest. Sols basiques à légèrement acides. Est-ce la chaux des anciens mortiers qui favorisent cette espèce dans votre région, la protection des ruines ? Je ne l'ai jamais vu dans cette situation dans ma région Gard-Cévennes.

Nathalie BATISSE, le 17 Mai 2006

SUPER ! En effet, je suis sur le socle granitique, je rencontre l'iris fétide dans des murs, au pied des bâtiments, le long des anciennes voies de circulation (via aquitania pour moi) en position de profiter du lessivage des murs. Merci encore.

Michel Chauvet, le 17 Mai 2006

Bonjour,
Fuchs était allemand (mais imprimé à Bâle). Mais il ne faut pas en conclure que les données qu'on y trouve concernent l'Allemagne et uniquement l'Allemagne. Du Moyen-âge à la Renaissance, les ouvrages étaient rédigés en latin et circulaient dans toute l'Europe. De plus, les auteurs se croyaient obligés de recopier et de commenter ce qu'ils trouvaient dans les ouvrages de l'antiquité, en faisant parfois des erreurs grossières d'identification. Par ailleurs, les plantes ou plutôt leurs produits voyageaient non seulement dans toute l'Europe, mais aussi depuis le Proche-Orient, l'Inde, voire la Chine et le sud de l'Asie. Enfin, les monastères étaient dans des réseaux européens et servaient de relais pour l'introduction des plantes et des savoirs qui leur étaient liés. En bref, il faut toujours faire très attention quand on interprète les textes anciens, mais on peut aussi trouver des données intéressantes dans des ouvrages de divers pays. Les frontières politiques actuelles n'ont aucun sens au regard de l'histoire. Pour ce qui est de Iris foetidissima, il est commun en Charente dans les bois (y compris dans mon jardin), mais aussi sur le littoral. J'ignore s'il est indigène ou introduit.

Marie-Elisabeth Boutroue , le 17 Mai 2006

En outre, il y a une très belle et très compliquée controverse sur les iris et ce qu'on nomme ainsi au début du XVIe siècle, en particulier dans les epistulae medicinales de Giovanni Manardi. Pour ce genre de problème, je recommande la consultation de deux dictionnaires : celui de Carmelia Opsomer pour la pharmacopée avant le Xe siècle; celui de I. Stirling pour la suite. Pour la Renaissance il faut commencer par Bauhin, parce que c'est presque le dernier et qu'il récapitule les nomenclatures antérieures. Bonne journée ME
PS : je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'expression "erreurs grossières d'identification", pas sur le fond bien entendu, mais parce qu'elle suppose qu'il y ait une bonne identification et des mauvaises : c'est vrai du point de vue du biologiste; mais de celui de l'historien, cela me semble beaucoup plus problématique. Le problème de la méthode historique, c'est qu'elle ne dispose d'aucun point fixe pour accrocher l'univers.

Michel Chauvet , le 17 Mai 2006

Chère collègue, Il est bien difficile de se dédoubler ! Mon expression se référait aux efforts des botanistes européens pour identifier les plantes des Anciens, qui sont essentiellement des espèces des zones méditerranéennes de basse altitude, alors qu'ils connaissaient surtout des plantes de l'Europe tempérée... Du point de vue de l'historien (que j'essaie d'être aussi), vous avez tout à fait raison. Il n'y a pas un point de départ "vrai" suivi par des dérives qui n'apportent que des "erreurs". Il faut toujours chercher à passer les textes au crible pour leur faire dire ce qui relève de l'expérience et de la pratique personnelles de l'auteur, en fonction de son parcours personnel... C'est bien difficile comme vous le dites, et je pense qu'il faut toujours chercher à bien identifier les plantes dont parle un auteur. Mais en sachant qu'une identification ne vaut que pour un contexte historique, géographique et social précis. Pour vous rejoindre, j'insiste souvent sur le fait qu'aucune plante n'a de "vrais" noms populaires (ou savants pré-linnéens). Le passage d'un nom d'une espèce à une autre est une constante dans l'histoire, l'ethnobotanique le montre bien.

Marie-Elisabeth Boutroue, le 17 Mai 2006

Cher collègue,
En réalité, je ne réagissais que parce que je sais bien ce que sont vos positions et que nous sommes d'accord sur le fond. Je pense qu'il y aurait peut-être lieu d'organiser une rencontre entre spécialistes d'horizons divers sur les méthodes de description et de classification des plantes, de préférence avant Linné. Mais toute seule, je n'ai pas le courage de me lancer dans ce travail en plus de tous ceux qu'il faut assumer quotidiennement. Puis-je profiter de ce message pour signaler également la parution d'un dernier opus de Brian Ogilvie, que je viens de recevoir à la maison (ce matin) et dont le titre pourrait intéresser tous les abonnés de la liste : /The science of describing : natural history in Renaissance Europe/, Chicago, University press, 2006. ISBN : 0-226-62087-5. Je ne l'ai pas encore lu : mais je m'y mets tout de suite. Il y est question des iris.

Michel Chauvet, le 17 Mai 2006

Bonjour,
Sur le premier point, je n'ai hélas pas le temps moi non plus, mais j'en parlerai à Jean-Marc Drouin, du MNHN, qui mène des recherches sur cette question, et que je vais voir en fin de semaine au colloque du jardin des plantes de Montpellier. Sur le deuxième, puis-je suggérer que vous rédigiez une courte note de lecture (courte, c'est-à-dire qui précise le contenu du livre et son intérêt) à passer dans les actualités de Tela ?

Francis Lagarde, le 17 Mai 2006

Bonjour,
Je profite de l'opportunité donnée pour vous signaler, comme l'a dit Pierre, que l'Iris fétide (dont je ne trouve pas d'odeur se rapprochant de ce qualificatif) est très présent dans le Gard, notamment dans les bois de chênes pubescents. Il se naturalise facilement mais, si on l'a planté en plein soleil, il y perdurera mais se ressèmera toujours à l'ombre, du moins c'est le cas dans le Gard méditerranéen. Il existe une variété à fleurs jaunes mais, à l'état naturel, elles sont bleu pâle. Comme vous en parlez aussi, je signale l'existence des Jardins ethnobotaniques de la Gardie à Rousson (route d'Alès à St Ambroix dans le Gard), site : Site des jardins ethnobotaniques

Alain Mauric, le 17 Mai 2006

Bonjour,
pour moi l'odeur de jambon quand on frotte les feuilles est vraiment frappante. C'est d'ailleurs comme çà que je la reconnais à l'état végétatif. D'où peut-être son nom d'Iris gigot.

Pierre SELLENET, le 17 Mai 2006

Bonjour,
Et pourtant le jambon, c'est bon ! Je viens d'aller sentir mes feuilles, moi, je ne trouve pas que cela sente vraiment le jambon. On l'achète pas chez le même charcutier ? Pour l'odeur fétide, que je ne me résous pas à trouver chez cette espèce quand elle est fraîche, une autre hypothèse : peut-être les feuilles sèches en herbier sentent désagréablement, ou le rizhome, quand il est sec ? et les graines aussi ? Quand au nom de gigot : Pierre Lieutaghi donne comme explication : "à cause des capsules qui s'ouvrent en long sur une couleur vive, à la façon des anciennes "manches gigots" des vêtements luxueux portés au XV et XVI siècle." J'aime bien l'image.

Nathalie BATISSE, le 18 Mai 2006

Bonjour,
Moi, je trouve que l'iris fétide se reconnaît très facilement : quand on est "sur son terrain", peut-être. Il est très souvent victime des nettoyages de jardins ! Pourtant c'est un têtu qui peut vivoter à l'état de 2 pauvres feuilles ds un taillis.
Merci à toutes et tous.

Nathalie BATISSE, le 4 Juillet 2006

Bonjour,
Je me suis rendue pour des raisons professionnelles dans une propriété située à quelques centaines de mètres de l'oppidum de Gondole(1), dans une ancienne propriété viticole dont la partie la plus ancienne est du XIVème : et qui je vois ? Mon copain l'iris fétide, incrusté partout, mais aussi v. minor, vieux ifs.... un bonheur. Le mystère demeure : qui l'a naturalisé à ce point ?
(1)C'est en Auvergne, dans le Puy de Dôme, au Cendre, près de Cournon d'Auvergne, au bord de la rivière Allier. Y ont été découvertes notamment des chevaux enterrés. On peut voir un article sur le site de l'INRAP.

Francis Lagarde, le 4 Juillet 2006

Bonjour,
Je ne vois pas ce qu'il y a d'extraordinaire dans la présence de Iris foetidissima (qui se ressème très bien à devenir envahissant) ni dans celle de Vinca minor. Toutes deux, peut-être introduite par l'homme, il y a bien longtemps. Même les anciens appréciaient les fleurs et les arbres.

Nathalie BATISSE, le 4 Juillet 2006

Effectivement, rien d'étonnant : v. minor est une habituée des sites médiévaux et au-delà. Quant à l'iris fétide, il est naturalisé autour de pas mal de buttes de Limagne et du Bas-Livradois, il est également présent dans le cœur des vieux villages, et le long des anciennes voies de circulation. En règle générale, il accompagne les vieilles pierres. Je me demande qui sont ceux qui l'ont naturalisé à ce point : le retrouver à proximité immédiate du site de Gondole ne fait qu'ajouter au mystère.
Bien cordialement

Clotilde Boisvert, le 4 Juillet 2006

Au même niveau, sur le Plateau de Millevaches, près de Saint Setiers, vous trouverez des ifs et Vinca minor blanche

Marie-Germaine MARY, le 4 Juillet 2006

Bonjour,
J' ai trouvé l'Iris fétide dans beaucoup de lieux à proximité de villages ou de cimetières . Il y en avait un fort peuplement dans le jardin très rural de la maison familiale, là où, à mon avis, se trouvaient des sépultures assez anciennes (antérieures à la moitié du XIXe). Dans mon jardin actuel, au bord de mer, j'ai plusieurs touffes qui se sont installées et ont tendance à se multiplier; j' ignore si les semences proviennent de jardins voisins. Ce qui est certain, c'est que jamais je ne les ai plantés.

Nathalie BATISSE, le 5 Juillet 2006

Bonjour Marie-Germaine,
Cet iris a visiblement eu un rôle en basse Auvergne : j'aimerais finir par savoir par qui et quand il a été utilisé, il faudrait déjà savoir pourquoi, mais grâce à ce forum, j'ai plus d'indications (je remercie au passage ceux qui me pardonnent mes questions parfois idiotes). Il y a des endroits où il n'est pas drôle de le trouver, mais par exemple autour du château de Mauzun (Auvergne, 600 m d'altitude, terrain granitique + basalte : occupation préhistorique, ancien oppidum, puis occupation romaine probable, puis château du XII, XIIIème)), il est là probablement grâce à la chaux des murs. J'avais demandé sur un forum de prospection (archéologique), qui, parmi les prospecteurs, le voyait dans les vieilles pierres de son quartier : les bretons m'ont affirmé le trouver en même position dans le Morbihan (terrain granitique) : étonnant non ?

Francis Lagarde, le 5 Juillet 2006

Bonjour,
L'Iris fétide est courant dans la région d'Alès, principalement en sous-bois de chênes pubescents et, la plupart du temps, près ou pas très loin de villages. Je l'ai introduit dans mon jardin il y a une vingtaine d'années et, maintenant, il s'est naturalisé de partout, mais toujours à l'ombre, et je suis obligé d'en arracher. La multiplication de cet iris rhizomateux se fait par graine. Vu l'éloignement des nouveaux pieds, je ne vois que les oiseaux pour le propager. Pourtant, il est dit que la couleur rouge est, généralement, un signal pour les prédateurs de ne pas y toucher? Maintenant, je coupe le fruit dès la floraison terminée, j'en fais de même avec I. spuria, bien présent dans le Gard et le S de l'Ardèche. Tous les 2 sont envahissants en culture à partir de graines et modérés dans la nature quant à leur expansion. Quant à sa spontanéité dans le Midi, je continue à penser que la plante y est bien à sa place car, dans la nature, les stations ne sont jamais importantes et les pieds très dissiminés. Près du beau village médiéval de Vézenobres dans le Gard, que connait bien Michel Wiénin, un champ, près de capitelles, en est envahi.

Richard POULET, le 5 Juillet 2006

Bonjour,
Concernant les fruits rouges de l'iris fétide, monsieur Lagarde, vous avez écrit :"Pourtant, il est dit que la couleur rouge est, généralement, un signal pour les prédateurs de ne pas y toucher?". Ce n'est pas tout à fait cela, même si c'est en partie vrai. Les oiseaux sont des êtres très sensibles à la couleur rouge. Vous pouvez d'ailleurs remarquer qu'il existe de nombreux fruits pas très gros de cette couleur sur de nombreux végétaux spontanés : groseille, aubépine, merisier, camérisier, viorne obier... De même, en Amérique du sud, certains végétaux ont de grandes fleurs rouges. Cette couleur, dans ces cas là, invite les volatiles à prélever, soit le fruit, pour disséminer les graines, soit le nectar, pour permettre la pollinisation. Dans le cas des insectes, le message est différent, la couleur rouge indiquant que l'animal est non comestible vis à vis des oiseaux. C'est sans doute dans l'acquis, par apprentissage avec les parents ou par eux mêmes, que les oiseaux apprennent à faire la différence, entre ce qui est comestible et de couleur rouge, et ce qui ne l'est pas, mais de même couleur.

Michel Chauvet, le 11 Juillet 2006

Bonjour,
J'irai même plus loin. Pour moi, le fait qu'une plante donne des fruits rouges (avec des graines de petite taille) est un indice fort qu'elle est dispersée par les oiseaux, au travers de leur tube digestif ! Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la vision d'un oiseau n'est pas la même que celle d'un humain, ni de celle d'un insecte...

Francis Lagarde, le 5 Juillet 2006

Bonjour,
Je pense que les "questions idiotes" font, souvent, avancer les choses car la plupart des gens n'osent les poser. Bien entendu, cela ne vous concernait pas. Dans ma région du continent (je précise ce détail pour Marie-Germaine), je n'ai vu l'iris fétide que sur calcaire mais avec argiles de décalcification ou des calcaires-marneux, ce qui me fait dire que la plante ne serait pas obligatoirement inféodée aux roches carbonatées. Coste le donne dans les bois et coteaux secs dans tout le Midi et l'Ouest et ça et là ailleurs, en Angleterre et en Irlande (probablement introduit), Espagne, Portugal, Italie, Afrique du nord (dans cette dernière région, il existe une variété à fleurs jaunes).Les amateurs de bulbeuses savent bien que la plupart de ces dernières ne se trouvent, souvent, que sur un substrat donné mais sont plus tolérantes en culture. L'exemple qui me vient tout de suite est l'ibérique Narcissus rupicola qui pousse exclusivement dans la nature que sur granite et est indifférent au sol en culture.
Cordialement
PS. Un iris à fleurs blanches (qui n'est pas I. florentina) ne se trouvent que dans le cimetières musulmans, je crois qu'il s'agit de I. albicans. On ignore son origine.

Clotilde Boisvert, le 5 Juillet 2006

Elles ont, souvent, été apporté là et plantées à cause d'une signification symbolique : Ainsi en est-il sans doute de ces pervenches toutes blanches qui sont à la porte d'un cimetière : un de ses noms est "violettes des morts".
A Francis Lagarde : Merci de nous en dire plus : dans quels cimetières musulmans ? l'avez-vous vu plusieurs fois ? à quelle époque fleurit-il? J. Bellakhdar parle bien d'Iris germanica et I.florentina dans les cimetières du Maroc, l'un d'entre eux serait peut-être blanc.

Nathalie BATISSE, le 5 Juillet 2006

Je vois en effet souvent (mais pas toujours) I. foetidissima avec V. minor connue pour avoir été plantée sur des tombes (et dont O. Lapeyre fait un indice sérieux d'occupation médiévale, mais elle n'a jamais trouvé cet iris sur les sites médiévaux qu'elle a prospecté systématiquement). Ce qui ne fait que titiller un peu plus ma curiosité.

Elisabeth Dodinet, le 6 Juillet 2006

Bonjour,
Pour l'iris fétide, je ne peux répondre. Pour la Vinca minor je livre l'information suivante fondée sur plusieurs années d'observation dans le Cantal (donc pas forcément extrapolable sans précautions): il y a une très forte coïncidence entre les stations de Vinca minor (qui avaient été répertoriées très soigneusement il y a quelques années par un forestier très bon connaisseur de la fore locale, malheureusement décédé depuis accidentellement) et les sites de villages désertés médiévaux. A tel point qu'il nous est arrivé de repérer des sites de villages désertés simplement par les stations de Vinca minor; quand on superpose les deux cartes d'inventaires, on a une coïncidence étonnante. Maintenant c'est souvent dans des hétraies et sous-bois et les villages désertés créent un environnement de type rocailles (murs en pierres sèches écroulées) bien particulier.

Nathalie BATISSE, le 6 Juillet 2006

J'ai en effet sous le nez votre parution "l'homme et la plante", cosigné par Odette Lapeyre (Groupe de recherche historique et archéologique de la vallée de la Sumène, ANTIGNAC, 1982). Ce travail de relevé systématique de la flore des sites historiques a sans conteste ouvert de nouvelles voies pour la recherche archéologique. C'est une approche tout à fait passionnante, qui a validé la qualité de "donnée historique" du végétal. Et quand je croise la petite pervenche, je ne peux m'empêcher de penser à Odette, et au boulot formidable qu'elle fait. J'avoue qu'elle est pour beaucoup dans la tournure qu'a pris ma marotte....
Donc, en résumé : merci beaucoup d'avoir apporté votre pierre !
Bien cordialement

Francis Lagarde, le 5 Juillet 2006

Bonjour,
Il n'y a pas si longtemps, mais probablement avant 1993, Iris florentina était donné comme présent sur les falaises de Bonifacio. En consultant l'index de Kerguélen, je vois que I. albicans est cité comme présent en France. Quant au fameux florentina, il est donné comme une variété de I. germanica. J'en déduis que I. albicans serait, peut-être, voisin du groupe germanica et que l'on a dû confondre albicans et florentina pendant longtemps? Je n'ai pas sa diagnose, peut-être pourrais-je la trouver sur Internet? Pour ce qui est de son utilisation dans les cimetières musulmans, je n'ai aucune connaissance sur sa symbolique. Dans le Midi, on faisait souvent des bordures, dans les jardins, avec des iris type germanica (violet = germanica, blanc = florentina, mauve = pallida, ce dernier étant originaire du littoral dalmate, quant aux 2 autres, on ne sait pas). Depuis quelques dizaines d'années, ces iris botaniques sont remplacés par des iris du même groupe, aux nombreux coloris, il me semble même qu'il y a un cultivar noir. Ainsi, par l'intervention de plusieurs intervenants sur tela botanica, nous pouvons voyager de l'Auvergne, le Midi, la Corse et jusqu'aux pays muslumans. Au sujet des cimetières, il y a une autre plante, entre Alès et Nimes, qui nous a interpellé sur l'objet de son introduction : Cyclamen hederifolium. Cette plante forme, autour du village de Nozières (où il y avait des noyers), la plus importante station de France continentale, plusieurs hectares. Certaines tombes protestantes en avaient mais pas d'autres. Comme l'on sait que les protestants enterraient leurs morts dans leurs propriétés, et non pas dans le cimetière communal qui était régi par les catholiques, on avait pensé à une possible extension de la plante à partir de ces tombes. Mais nous en sommes restés qu'au stade des suppositions. Ce qui est sûr, c'est que son introduction à Nozières doit être très ancienne (on ne pense pas qu'il y soit spontané) et ce bien que cette plante possède une dynamique de naturalisation étonnante.

Pascal Vigneron, le 5 Juillet 2006

Bonjour,
Francis Lagarde a écrit : "En consultant l'index de Kerguélen, je vois que I. albicans est cité"; comme présent en France. On donne habituellement I. albicans comme une espèce à fleur bleue ou blanche, présent en Arabie Saoudite et Yémen, ainsi qu'en Afrique du Nord lié aux cimetières (peut-être seulement la forme blanche). Il a été de même introduit en Espagne (d'où ultérieurement il sera introduit au Mexique. Il semble être encore cultivé dans le sud des USA.) > Quant au fameux florentina, il est donné comme > une variété de I. germanica. J'en déduis que I. albicans serait, > peut-être, voisin du groupe germanica et que l'on a dû confondre > albicans et florentina pendant longtemps? Iris germanica et sa var florentina et d'autre part I. albicans sont supposés être d'anciens hybrides. Ils ont tous deux 2n=44 chromosomes. Tous deux seraient stériles. Je n'ai pas sa diagnose, peut-être pourrais-je la trouver sur Internet? En attendant mieux : albicans est plus petit (30-60cm contre 60-80cm) et plus précoce (mars contre avril) que germanica et florentina. Pour ce qui est de son utilisation dans les cimetières musulmans, je n'ai aucune connaissance sur sa symbolique. La couleur blanche n'est elle pas une couleur de deuil ? Dans le Midi, on faisait souvent des bordures, dans les jardins, avec des iris type germanica (violet = germanica, blanc = florentina, mauve = pallida, ce dernier > étant originaire du littoral dalmate, quant aux 2 autres, on ne sait pas). Iris pallida est une vraie espèce, polymorphe, d'Italie et Yougoslavie. Il n'a que 2n=24 chromosomes (tout comme variegata avec lequel il existe d'anciens hybrides décrits comme espèces par Linné). I. pallida a des bractées entièrement scarieuses au contraire de celles de germanica qui ne le sont que dans la moitié supérieure. Depuis quelques dizaines d'années, ces iris botaniques sont remplacés par des iris du même groupe, aux nombreux coloris, il me semble même qu'il y a un cultivar noir. Il n'y a pas encore de vrai noir chez les iris, pas plus que de rouge.

Clotilde Boisvert, le 6 Juillet 2006

Je viens de regarder Iris florentina et I. albicans sur telebotanica : ils sont blancs tous deux et se ressemblent beaucoup. J'étais à la session SBF du Maroc en 2003. Il ne reste plus qu'à consulter Alain Dobignard pour lui demander son avis. Je lui envoie le double de ce mèl.

Francis Lagarde, le 6 Juillet 2006

Je vous remercie pour vos nombreuses précisions qui corroborent, en grande partie, mes suppositions. Le blanc est probablement à associer au deuil, dans certains pays et religions. Quand j'ai parlé de cultivar de Iris germanica de couleur noire, j'ai oublié d'insérer entre ces 2 mots l'adverbe "presque". Je l'ai vu chez un ami, il était violet très foncé. Toutefois, en quelques années la couleur s'est atténuée. Maintenant, je demande une précision supplémentaire, est-ce que les 2 espèces, I. florentina et I. albicans, sont présentes à Bonifacio ou n'y en a-t-il qu'une des deux?

Marie-Germaine MARY, le 6 Juillet 2006

Bonjour,
J ai une information sur la présence des deux espèces, I.albicans et I.florentina à Bonifacio : c' est dans l' ouvrage " Flore analytique des plantes introduites en Corse", A. Natali et D. Jeanmonod, éditions du Conservatoire et jardins botaniques de Genève 1996 . On y précise que I.albicans a été , dans les premières observations publiées, rapporté à I.florentina . Le premier est signalé sur des friches, lieux de sépultures anciens, tours, le second au bord des chemins . Ils sont blancs tous les deux, I.albicans est moins élevé mais...ça peut dépendre du terrain! Je n' ai pas de clé pour les déterminer . Pour le moment,je n'ai pas connaissance d' observation de I. albicans ailleurs que dans le sud de l' île, au contraire de I.florentina.

Nathalie BATISSE, le 9 Juillet 2006

Je me régale avec votre tour du monde des iris. Il y a une hypothèse à la quelle je n'avais pas pensé : a t-on utilisé I. foetidissima en lieu et place d'un autre iris ? Merci beaucoup à toutes et tous.

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