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René DELPECH, août 2006
Contrairement à l’affirmation du botaniste américain GLEASON (1926) et de ses successeurs (CURTIS 1959, GOODALL 1963, Mc INTOSH 1967, AUSTIN & SMITH 1989 entre autres), les plantes spontanées appartenant à des espèces végétales différentes ne se regroupent pas dans la nature sous le seul effet du hasard. Selon eux, la composition floristique en un lieu serait un phénomène unique. S’il en était ainsi on n’observerait pas en des lieux différents la répétition des mêmes combinaisons d’espèces (aux variations aléatoires près). Il faut donc que ces combinaisons obéissent à d’autres lois que celle du hasard. Pour celui qui a l’habitude du terrain et qui connaît la flore locale, il sait très bien qu’il pourra observer ensemble à certains emplacements d’un pâturage d’altitude : Rumex alpinus, Chenopodium bonus henricus, Urtica dioica (entre autres espèces) et que cette combinaison d’espèces traduira localement la présence d’un sol profond ayant reçu une fumure organique excessive. On pourrait citer bien d’autres exemples de ce type.
Plus généralement, les regroupements d’espèces dans la nature obéissent à la conjonction, au niveau local, d’un ensemble de facteurs :
- climat (général, local, microclimat ou climat stationnel et ses particularités ) ;
- topographie, exposition ;
- sol (roche-mère, nature, profondeur, humidité, caractéristiques physico-chimiques) ;
- action humaine (sous ses formes les plus diverses y compris feu), actuelle, passée, directe ou indirecte ;
- action des animaux (domestiques ou sauvages)
- facteurs historiques (comme les migrations d’espèces).
A l’intérieur d’une même unité biogéographique de base (secteur, sous-secteur, district), partout où se trouvera réalisée la même combinaison de facteurs, on observera (toujours aux variations aléatoires près) la même combinaison d’espèces (ou plutôt de populations représentatives d’espèces). Une telle combinaison est appelée communauté végétale élémentaire. L’étendue recouverte par cette communauté est appelée station.
Inversement – et cette considération est importante – partout où la même combinaison d’espèces se trouve réalisée, on se trouve en présence de la même combinaison de facteurs écologiques, anthropiques et historiques. Il s’agit donc ici d’un type de raisonnement à caractère synthétique – et non analytique – en ce sens qu’il n’est pas nécessaire (pour l’objectif qui va suivre) de décrire ni surtout de quantifier chaque fois les facteurs stationnels en cause.
C’est le botaniste autrichien KERNER von MARILAUN qui, le premier, eut l’idée d’analyser et dénommer une communauté végétale définie : la pelouse alpine acidophile à Carex curvula All. (1863). La phytosociologie a été officiellement reconnue lors du troisième Congrès international de Botanique de Bruxelles en 1910 où le concept d’association végétale fut présenté et explicité par FLAHAULT (professeur à l’Université de Montpellier) et SCHROETER (professeur à l’Ecole polytechnique de Zürich). Mais c’est surtout le botaniste suisse BRAUN qui la mit en œuvre de manière détaillée dans sa thèse sur les Cévennes méridionales (1915). Plus tard (1930), il fonda à Montpellier la Station Internationale de Géobotanique Méditerranéenne et Alpine (en abrégé SIGMA) qui fut dépositaire de très nombreuses publications phytosociologiques. D’où le qualificatif de « sigmatiste » donné à cette approche de l’étude fine de la végétation spontanée.
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