Vous êtes ici : Synthèses des forums > Synthèses de niveau 1 > Syntheses niveau 1 cachées > Plantes cultivées et plantes introduites
Michel CHAUVET, janvier 2007
C'est quoi une plante cultivée ?
Définir ce qu'est une plante cultivée n'est pas une "lourde tâche", mais plutôt un domaine de recherche passionnant, et les pratiquespaysannes sont loin d'être "embêtantes" !
Pour ce qui est du concept de domestication (qui est derrière celui de plante cultivée), si l'on considère que c'est un "évènement" (localisable et datable), on a évidemment un problème. Par contre, si l'on considère que c'est un processus, on s'efforcera de décrire les différentes pratiques, leur succession dans le temps et leur répartition dans l'espace, et leurs conséquences, tant du point de vue génétique que technique, économique...
On peut qualifier la domestication par un ensemble de critères (contrôle par l'homme de la reproduction, du milieu, du cycle devie...). Il existe de nombreux cas où seul l'un ou l'autre de ces critères est rempli. Des auteurs comme Jacques Barrau parlent alors de proto-domestication, ou de semi-domestication.
L'important est de bien décrire et documenter les pratiques, ce qui est rarement fait.
Concernant les arbres, leur gestion est à la fois ancienne et diversifiée. Le surgreffage en fait partie, mais les arbres sauvages ont depuis très longtemps été taillés (pour le bois ou pour leur donner une forme plus pratique), émondés (pour les feuilles utilisées comme fourrage, pour les jeunes rameaux...), conduits en haie, écorcés... L'abattage sélectif a aussi toujours été pratiqué. On peut aussi irriguer...
Le surgreffage de porte-greffe sauvages in situ est probablement répandu dans toutes les sociétés où l'on connaît la greffe. Historiquement, cela couvrait une bonne partie de l'Eurasie tempérée avant l'expansion européenne. A ma connaissance, le greffage était inconnu des Amérindiens.
La notion d'indigénat est tout à fait relative, car les plantes et les climats ont beaucoup évolué aucours des temps géologiques ! Dans la pratique, j'ai envie de dire qu'on qualifie d'indigène une espèce dont on pense qu'elle était présente il y a plus de dix mille ans (donc avant l'invention de l'agriculture, mais quand-même après la dernière glaciation).
Les données peuvent être contradictoires pour deux raisons. La première est la divergence d'opinion entre les spécialistes. La seconde résulte de formulations imprécises, ou d'une lecture rapide ! Je n'ai pas vérifié ce qu'écrit Lieutaghi, mais j'ai l'impression qu'il parle de la France, alors que la question que se posent les spécialistes porte sur l'Europe, ce qui n'est pas la même chose.
Voici ma synthèse personnelle (que je cite par facilité du copier-coller !) : "Le noyer est originaire des régions montagneuses de l’Asie, depuis l’ouest de la Chine et l’Himalaya jusqu’à l’Asie centrale, le Caucase et l’est de la Turquie. Les données palynologiques montrent que le noyer adisparu des Balkans et du sud-ouest de la Turquie lors de la dernière glaciation de Würm. Le pollen de noyer y réapparaît au milieu du 2emillénaire avant J.C., ce qui laisse penser que l’arbre a été réintroduit par l’homme à l’Age du Bronze. Mais il pourrait aussi avoir recolonisé l'Europe à partir de refuges glaciaires dans le sud de l'Italie et de la Grèce."
Comme vous voyez, rien n'est simple.
Extraits de messages de Michel CHAUVET, publiés sur la liste de discussion sur tb-ethonobota
© Tela Botanica / 2000-2008 - Le réseau des Botanistes Francophones