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Synonymie de Veronica tournefortii  C. C. Gmel., Veronica filiformis Sm., Veronica persica Poir.

veronica

Vendredi 27 mars 2009 - Jean Marc Ringenbach

J'aurais une question sur la synonymie.

Sur le site de Tela Botanica : BDNFF v4.02 Veronica tournefortii  C. C. Gmel. donne comme nom valide Veronica filiformis Sm.
Alors que d'autre site (comme International Organization for Plant Information) indique Veronica persica Poir.
http://bgbm3.bgbm.fu-berlin.de/iopi/gpc/PTaxonDetail.asp?NameCache=Veronica%20tournefortii
Merci pour toute information

Lundi 30 mars 2009 – Valéry Malécot

Dans sa Flora Badensis Alsatica (vol. 1 de 1805, p. 39) Gmelin écrit :

"29. VERONICA Tournefortii floribus solitariis peduculatis, foliis cordato-ovatis, pedunculo brevioribus dentato-serratis, caule radicato decumbente.
Veronica filiformis floribus solitariis, foliis cordatis crenata, pedunculo brevioribus, calycinis lanceolatis. Smith. Act. Soc. Linn. Lond. 1 p. 195
Veronica orientalis foliis hederae terrestris magno flore. Tourneff. coroll. 7. Buxbaum. cent. pl. 1 p. 25 t. 40 f. 1."
etc. (suivent des éléments sur les noms allemands, français, la distribution et une description plus complète).

En mettant ainsi en synonymie le nom de Smith (c.a.d. Veronica filiformis Sm.), Gmelin a créé un nom illégitime, et d'un point de vue nomenclatural son nom "tombe" automatiquement en synonymie de Veronica filiformis Sm.

Toutefois, le matériel dessiné par Buxbaum (Plantarum minus cognitarum centuria 1 pl XL fig 1) correspond à Veronica persica Poir. Ainsi, d'un point de vue taxonomique, ce que Gmelin nommait V. tournefortii est fait Veronica persica (d'après les éléments de la description et la planche de Buxbaum, l'herbier de Gmelin serait à voir) et en ce sens Veronica tournefortii sensu Gmelin (l'interprétation qu'il en fait lui même) est "égal" à Veronica persica Poir. on a donc Veronica tournefortii C.C. Gmel = Veronica filiformis Sm. (une décision strictement nomenclaturale) Et Veronica tournefortii sensu C.C. Gmel = Veronica persica Poir.(une indication d'un usage qui ne correspond pas à ce qu'imposent les règles de nomenclature), d'où les deux interprétations dans les bases de données.

Lundi 30 mars 2009 – David Mercier

Toute la question est de savoir quel est le type nomenclatural de ce Veronica tournefortii C.C. Gmel. Il semble que Gmelin fasse ici référence à la plante de Tournefort, d'après l'épithète dédié justement à cet auteur. Si cette plante appartient effectivement à l'espèce Veronica persica Poir., on a, d'un point de vue nomenclatural (analyse du type) : Veronica tournefortii C.C. Gmelin = Veronica persica Poir.

D'un point de vue taxinomique, le fait que Gmelin mentionne Veronica filiformis Sm. comme synonyme, signifie qu'il réunissait V. persica et V. filiformis en une seule et même espèce, qu'il nommait donc V. tournefortii, on a donc :
Veronica tournefortii C.C. Gmel. pro parte, typ. incl. = Veronica persica Poir.
Veronica tournefortii C.C. Gmel. pro parte, typ. excl. = Veronica filiformis Sm.

Voici donc une analyse un peu différente de celle de Valéry, qui est à vérifier.

Mardi 31 mars 2009 – Peter A. Schäfer

N'oublions pas que le code de la nomenclature de Vienne n'était pas encore publié à l'époque de C.C.Gmelin. Il n'avait aucune idée qu'il devait avoir un échantillon type. Nous avons curieusement un herbier de mousses qu'il avait offert à Gouan mais selon TL2 on ne lui connaît pas d'herbier (bien que KR affiche CCG comme collection importante).
Il est certain qu'il connaissait les Veronica de sa région et la bibliographie mais il n'a certainement pas consulté les types des auteurs qu'il citait (car le concept même d'échantillon type n'existait pas à son époque). Par contre il indique bien que la plante vient du jardin botanique de Karlsruhe et est "quasi spontanea" "in agris am Holzhof" mais pour savoir de quoi il s'agissait vraiment il faut trouver des échantillons de son époque de cet endroit.

Essayez donc de contacter KR Herbarium :

Staatliches Museum für Naturkunde Karlsruhe
Erbprinzenstrasse 13
D-76133 Karlsruhe
Germany
Contact [49] 721/ 175-2161.
Fax: [49] 721/ 175-2110.
Correspondants Adam Hölzer, Head, Department of Botany, hoelzer@naturkundeka-bw.de
http://imgbase-scd-ulp.u-strasbg.fr/displayimage.php?album=169&pos=66

À la rigueur Salzmann, dont l'herbier est chez nous, avait reçu beaucoup de plantes de Karlruhe en échange.

Mardi 7 avril 2009 - David Mercier

Effectivement l'idée de type n'est apparue que bien après. Par contre, la nomenclature binomiale était une révolution déjà connue, et c'est probablement pour transformer un nom prélinnéen en nom valide que ce "Veronica tournefortii" a été créé par Gmelin. Il me semble que le type est bien l'iconographie de Buxbaum, ou, ce qui revient au même, mais qui serait préférable s’il existe encore, le matériel ayant servi de modèle à cette iconographie.
Le taxon Veronica tournefortii C.C. Gmel. est donc, d'après moi, à traiter ainsi dans la BDNFF :
Veronica tournefortii C.C. Gmel. pro parte, typ. incl. = Veronica persica Poir.
Veronica tournefortii C.C. Gmel. pro parte, typ. excl. = Veronica filiformis Sm.

Mardi 7 avril 2009 – Peter A. Schäfer

Je pense comme vous que Gmelin a probablement créé un synonyme de Veronica persica Poir. Mais il a bien décrit dans sa Flora Badensis Alsatica vol. 1 page 39 & 40
[voir: > http://imgbase-scd-ulp.u-strasbg.fr/displayimage.php?album=169&pos=66 , ]

D'abord une plante vivante qu'il connaissait comme "quasi spontanea" dans les champs au lieu-dit "am Holzhof" a Karlsruhe (et dont il pense qu'elle a dû venir du jardin botanique). C'est bien cette plante qu'il connaissait directement et qui est premier candidat pour être type.
C'est seulement ensuite qu'il cite Veronica filiformis Smith (ce qui rend sa publication invalide) mais si on veut être gentil on peut admettre que c'est compréhensible et finalement en troisième position il cite la plante de Tournefort et enfin la figure de Buxbaum. La longue description qui prend encore la moitié de la page 40 n'est pas copiée de la littérature mais le fruit d'une observation personnelle de Gmelin sur du matériel vivant et certainement aussi récolté à Karlsruhe par lui.
Il est donc inopportun de vouloir choisir une figure de Buxbaum (publication scanné par Google >
http://books.google.fr/books?id=ZTQVAAAAQAAJ&dq=Buxbaum+Centuria&printsec=frontcover&source=bl&ots=L4GKzvwLpk&sig=tbwAMqm0DFQAfykYTrd-quL8qeg ) comme type. Figure qui représente d'ailleurs Veronica orientalis, Hederae terrestris folio, flore albo tandis que Gmelin précise que les lobes de la corolle sont "caeruleis". Comparez la description de Gmelin avec la figure de Buxbaum et il est évident qu'elle n'a pas pu servir de modèle pour la description.
En résumé, un échantillon type peut exister parmi les récoltes de Gmelin à Karlsruhe, si non il serait utile de choisir un néotype parmi des plantes récoltées au locus classicus.

Mercredi 8 avril 2009 – Valéry Malécot

Je me permets de revenir sur cette série de messages car il y a des éléments qui me gênent dans les interprétations proposées.

Veronica tournefortii C.C. Gmel. était nomenclaturalement superflu lors de sa publication car il incluait, de manière définitive, le type de Veronica filiformis Sm. (ce nom étant placé en synonymie alors que c'est celui qui aurait dû être adopté). Cela fait de Veronica tournefortii C.C.Gmel. un nom illégitime (Art. 52 du Code), qui est typifié de manière automatique par le type de Veronica filiformis Sm. (Art 7.5) et ce quel que soit ce type (dans ma lecture du texte de Gmelin je ne vois pas l'indication définitive ou la désignation d'un type de sa part mais bien l'inclusion définitive du type de V. filiformis du fait de la citation du nom, cf. Art. 52.2-e; c'est sur cette interprétation du code que l'on peut éventuellement débattre, le fait que Gmelin décrive une plante qui ne corresponde pas forcément à V. filiformis Sm. ne présente aucune différence par rapport au cas classique de Tsuga mertensiana (Brong.) Carriere [Art 7.4 Ex 2], ou de Delesseria gmelinii J.V. Lamour [Art 7.4 Ex 3])

De ce fait, d'un point de vue strictement nomenclatural Veronica tournefortii C.C.Gmel. = Veronica filiformis Sm.

Par contre, du point de vue de l'application du nom, Veronica tournefortii C.C.Gmel semble inclure V. filiformis Sm. et V. persica Poir.
En respectant la recommandation 50D du code (sur la manière d'indiquer un nom mal appliqué) cela donne :

Veronica tournefortii auct non C.C.Gmel.: C.C.Gmel = V. persica Poir.
(on a aussi Veronica tournefortii auct non C.C.Gmel.: C.C.Gmel = V. filiformis Poir., mais c'est la même chose que ce qu'imposent les règles de nomenclature d'où son inutilité et sa suppression).

Dans la BDNFF, les "auct non" de la Rec 50D ne font pas l'objet d'un traitement homogène et sont souvent transformés en sensu (649 "auct", 1452 "sensu" [dont 247 "sensu auct." ou "auct. sensu"] et 4504 "non X" dans la V4), mais rajouter un "pro parte" (au 4 qui existent), comme le propose David, me gène beaucoup dans une optique d'harmonisation de la base (à noter que des "excl. typ." il n'y en a qu'un).

Donc la ligne ci dessus, Veronica tournefortii auct non C.C.Gmel.: C.C.Gmel = V. persica Poir. que David écrirait peut-être Veronica tournefortii C.C. Gmel. pro parte, typ. excl. = Veronica persica Poir. deviendrait, à mon sens Veronica tournefortii sensu C.C.Gmel. = V. persica Poir.

En résumé, une lecture des règles du code (en particulier des articles 52 et 7) me conduit à avoir la ligne suivante Veronica tournefortii C.C.Gmel. = Veronica filiformis Sm. et un souhait d'homogénéité dans la base et d'approximation de la Rec 50D conduit à écrire Veronica tournefortii sensu C.C.Gmel. = V. persica Poir. et non pas un "pro parte excl. (ou incl) typ."

Mercredi 8 avril 2009 – David Mercier

Pour récapituler, Valéry, Pasch et moi avons 3 approches différentes, qui aboutissent à 3 types différents, et à 3 correspondances nomenclaturales.

Mais finalement, en s'en tenant rigoureusement aux articles 52.1. et 52.2. du code  nomenclatural, je pense que Valéry a raison (comme souvent !) de considérer Veronica tournefortii C.C. Gmel. comme un nom illégitime, superflu et homotypique de V. filiformis Sm.

Si Gmelin n'avait pas cité ce V. filiformis comme synonyme, la situation aurait été bien différente, et le débat entre moi et Pasch sur l'identité du type aurait eu lieu... Mais il y a cet art. 52. de ICBN, qui finalement, simplifie les choses...

Il n'en reste pas moins que l'interprétation de Gmelin est différente du sens donné par l'application du Code de nomenclature sur la publication de son taxon. De nombreux cas existent de la sorte. Par ex. A. Boreau (Flore du Centre de la France, éd. 3, 2: 196) a publié validement le nom légitime Rubus mucronulatus Boreau, en remplacement du nom illégitime Rubus mucronatus Bloxam (1850), à cause du nom antérieur Rubus mucronatus Ser. ex DC. (1825). Or ce Rubus mucronulatus est de toute évidence un taxon absent de France, auquel A. Boreau a rattaché des plantes françaises qui relèvent en réalité d'une autre espèce. C'est d'ailleurs une erreur de la BDNFF de considérer Rubus mucronulatus Boreau comme faisant partie de la flore de France.

Dans la notation, il faudrait savoir comment gérer ces cas.
- D'une part, on a :
Veronica tournefortii C.C. Gmel., nom. superfl. = Veronica filiformis Sm.
Rubus mucronulatus Boreau = Rubus mucronatus Bloxam, nom. illeg., non Ser.. ex DC.

- D'autre part :
Veronica tournefortii sensu C.C. Gmel. = Veronica persica Poir.
Rubus mucronulatus sensu Boreau = ?

Pour ces 2 derniers cas, il me semble qu'il faudrait donner plus de détails. Que pensez-vous de la formalisation suivante :
- Veronica tournefortii sensu C.C. Gmel. (descript., loc. et icon.), non C.C. Gmelin (typ.) = Veronica persica Poir.
- Rubus mucronulatus sensu Boreau (descript. et loc.) et auct. gall., non Boreau (typ.) = ?

Il est à noter qu'il existe les taxons suivants (selon le même mode de notation) :

Rubus fuscus Weihe var. mucronulatus (Boreau) Sudre [1911, Rubi eur. : 144] = R. mucronulatus Boreau
Rubus fuscus Weihe var. mucronulatus sensu (Boreau) Sudre [1911, Rubi eur. :144 - descript. et loc.], non (Boreau) Sudre [ibid. - typ.] = ?

Rubus nitidus Weihe et Nees proles nitidiformis (Sudre) Sudre [1908, Rubi eur. : 20] = Rubus nitidiformis Sudre [1906, Bull. Soc. Études Sci. Angers n.s. 35: 3]
Rubus nitidus Weihe et Nees proles nitidiformis sensu (Sudre) Sudre [1908, Rubi eur. : 20 - descript., exsiccata et loc.], non (Sudre) Sudre [ibid. - typ.] = Rubus nitidiformis sensu Edees et Newton [1988, Brambles Brit. Isles : 30], non Sudre.

Je viens de lire le mail de Valéry, et il confirme mes remises en causes exposées ici.

Je suis également d'accord avec l'abandon des "p.p. typ. excl./p.p. typ. incl.".

Mais un "sensu C.C. Gmel." seul me dérange. Car n'a-t-on pas l'habitude de citer un autre auteur, par exemple : Rubus fissus sensu Focke, non Lindley. Que penser d'un Veronica tournefortii sensu C.C. Gmel., non C.C.. Gmel., ou d'un Rubus mucronulatus sensu Boreau, non Boreau ?

Mercredi 8 avril 2009 – Peter A. Schäfer

Je suis tout à fait d'accord que Veronica tournefortii C.C. Gmel. est invalide parcequ'il cite Veronica filiformis Sm. Par contre la plante subspontanée à Karlsruhe qu'il voulait d'écrire n'est peut-être pas V. filiformis. Si on se demande quelle plante il voulait décrire il vaut mieux chercher des échantillons dans son herbier ou au moins provenant de la localité.

Mercredi 8 avril 2009 – David Mercier

En dehors d'une démarche nomenclaturale (puisque cette question est maintenant éclaircie), la recherche de la signification de ce Veronica tournefortii tel que son auteur l'entendait me semble effectivement d'aller voir dans son herbier, de comparer avec la description et d'inclure également les autres sources (noms et ouvrages cités en référence), localité... Un job pour amateur bénévole passionné, surtout dans le contexte économique actuel...

Une remarque : les expressions "nom valide"/"nom invalide" prêtent à confusion. En effet, si on considère les expressions "nom valide"/"nom invalide" (qui sont absentes du Code de nomenclature) comme des raccourcis linguistiques pour désigner respectivement "nom validement publié" / nom invalidement publié", Veronica tournefortii est un nom valide(ment publié) au sens de l'ICBN. Par contre, si on emploie ces expressions comme synonymes de "nom légitime" et de "nom illégitime", Veronica tournefortii est effectivement un nom invalide (illégitime)... Il est vrai qu'il soit invalidement publié, ou illégitime, dans tous les cas, le nom n'est pas utilisable...
 

Synthése réalisée par Daniel Mathieu, le 19 avril 2009

Contributeurs :

  • Jean Marc Ringenbach
  • Valéry Malécot
  • David Mercier
  • Peter A. Schäfer

 

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