La nouvelle aventure des îles de Robinson - 2002
Entre l'impuissance et l'action
Mais aujourd’hui que ces phénomènes sont connus et que l’on s’en préoccupe, avec raison, il est étonnant que l’on continue à introduire des plantes avec beaucoup de désinvolture, au gré des envies jardinières d’une population qui manque d’informations, ou que pour satisfaire les appétits de possession de quelques-uns uns, les troupeaux qui sont tolérés à l’intérieur du Parc National (ce qui en soi n’est pas forcément choquant) grossissent sans contrôle et sur pâturent des terres dénudées à tel point que l’érosion les fait disparaître sous leurs pattes.
Bien entendu, les institutions responsables ne restent pas inactives, et si les femmes du village, sous l’impulsion d’un projet piloté par le gouvernement des Pays Bas, ont déclaré une guerre ouverte à la Zarzamora, l’ampleur des problèmes nécessiterait une prise de conscience internationnale. L’urgence devrait porter sur des moyens de recherche et d’action adaptés aux diverses situations qui se présentent sur le terrain et surtout sur des campagnes d’information à destination de la Municipalité de San Juan Bautista, de la population insulaire adulte ainsi que des jeunes et des enfants qui vont, de toutes les façons, hériter de ces situations catastrophiques et en tous cas de plus en plus difficiles à gérer ou à résoudre.
Car évidemment, tout le monde sur place n’a pas la même lecture des problèmes. Les éleveurs mesurent leur importance au nombre de têtes de bétail ; les accueils touristiques au fleurissement du village ; les gardes du Parc se sentent dépassés par l’agressivité des pestes végétales ; les scientifiques constatent ou cherchent ailleurs des sujets aux résultats moins aléatoires, les chasseurs sont contre l’éradication de la chèvre et du lapin ; certains verraient d’un bon oeil la mise en place de mesures autoritaires ; d’autres font appel aux traditions pour légitimer la reconduction des systèmes ; les éligibles comptent les voix des électeurs ; bref, dans l’archipel comme ailleurs, les hommes ont bien du mal à ne pas s’imaginer au dessus des lois naturelles et préfèrent ignorer la complexité des phénomènes de la nature plutôt que d’avoir l’air d’y être soumis. Le problème est à la fois philosophique, scientifique, politique et il réclame des connaissances, des capacités prévisionnelles, de l’organisation, du sens de la responsabilité, ... en somme, de la sagesse ; ricane Socrate !
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