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La nouvelle aventure des îles de Robinson - 2002

Les plantes de l'archipel Juan Fernandez (suite)

Depuis le niveau de la mer jusqu’au sommet du Yunque (915 m) on distingue en simplifiant trois niveaux :
-  Une zone littorale (de 0 à 5-15 m) caractérisée par des plages de galets grossiers, des rochers littoraux, des Morros (îlets) et des pieds de falaises verticales.
-  Une zone basse (de 5-15 à 450 m) qui comprend des falaises verticales, des pentes plus ou moins inclinées et des ravins parfois profonds.
-  Une zone d’altitude (de 450 à 915 m) où l’on trouve des parois rocheuses plus ou moins abruptes, des crêtes, des petits ravins perchés et les sommets des cerros.

Quebrada vaqueria, montée dans le "coiron" , Nasella sp.
 
Forêt en altitude, humide : Gunnera peltata, Myrceugenia fernandeziana, Thyrsopteris elegans.

Dans la zone littorale, la végétation est surtout représentée, sur l’île même, par de nombreuses espèces adventices (Chenopodium, quelques indigènes (Lobelia alata, Sarcocornia fruticosa,) et peu d’endémiques (Spergularia confertiflora, Asplenium obtusatum var. sphenoides, Apium fernandezianum, Wahlenbergia berteroi). Par contre, sur les Morros, ceux qui sont difficiles d’accès, la flore originelle s’est maintenue et ces rochers représentent de véritables témoins de ce qu’ont pu être les parties basses de ces îles avant l’arrivée des hommes, même si des adventices (Apium graveolens par ex.) se sont aujourd’hui installées, là aussi. Nous avons pu faire le tour en bateau, avec les Guardaparques, du Morro Juanango, et nous avons vu, d’un peu loin il est vrai, cette végétation originale et spectaculaire, composée de nombreuses espèces endémiques dont certaines sont arbustives (Dendroseris marginata, D. macrantha, Chenopodium crusoeanum, Wahlenbergia berteroi, Margyricarpus digynus,Ochagavia elegans, Notholaena chilensis, ...).

À l’exception de certains morros (Juanango et Verdugo surtout), on peut dire que cette zone a été notablement modifiée dans sa composition floristique par l’arrivée massive de plantes adventices depuis un peu plus de 100 ans.

Ochagavia elegans.
 
Walhenbergia fernandeziana.

Dans la zone basse, la végétation est plus variée, on y trouve des formations rupestres avec de nombreuses espèces adventices, indigènes (Libertia chilensis, Blechnum hastatum, Adiantum chilense, Hymenophyllum plicatum, Parietaria debilis, ...) et endémiques (Dendroseris micrantha,D. pruinata, D. marginata, Wahlenbergia berteroi, W. fernandeziana, Peperomia berteroana, Blechnum cycadifolium, Erigeron fernandezianus, Robinsonia gayana, ...) capables de coloniser ces milieux. On y trouve aussi des forêts claires avec de nombreuses endémiques : des arbres (Myrceugenia fernandeziana, Coprosma pyrifolia, Fagara mayu, Drimys confertifolia), des arbustes (Sophora fernandeziana, Eryngium bupleuroides, Colletia spartioides) et une strate herbacée assez pauvre (Pteris berteroana, Dysopsis hirsuta, Arthropteris altescandens dans les parties fraîches, Carex berteroana, Rumhora berteroana). Enfin, il existe des pentes plus ou moins érodées, anciennement boisées, où ne survivent que bien peu de plantes indigènes (Histiopteris incisa, Gunnera peltata) et où surtout se sont installées des adventices dont certaines sont très envahissantes (Acaena argentea, Acaena ovalifolia, Carduus psilocephalus, Centaurea melitensis, Lobelia tupa ...).

Dendroseris micrantha au col de Camote.
 
Robinsonia gayana.
 
Fleurs de Drimys confertifolia.
 
Sophora fernadeziana dominant la baie de Cumberland.
 
Arthropteris altescandens.
 
Lobelia tupa.
 
Acaena ovalifolia.

Cette zone est certainement la plus modifiée depuis la découverte de l’archipel ; déforestation, incendies, pacage des animaux domestiques et érosion ont très profondément modifié les paysages insulaires et c’est également dans cette zone que l’on déplore la disparition de deux espèces endémiques (Santalum fernandezianum et Podophorus brommoides). C’est aussi à ce niveau que l’on a installé autour du village de San Juan Bautista une forêt exotique, sur un espace totalement dénudé, pour répondre aux besoins en bois de la population installée de façon permanente. Mais bien sûr, les espèces introduites ne restent pas là où on les a mises et elles commencent à se sauver vers les parties hautes en produisant de petits bosquets pionniers qui partent à l’assaut de la végétation indigène. C’est aussi du village que sont parties quelques-unes des plantes introduites, zarzamora, maqui, murtilla, qui représentent aujourd’hui l’un des dangers les plus graves et les plus alarmants par leur envahissement rapide et déjà beaucoup trop important.

Planche d’herbier de Santalum fernandezianum au Museo Nacional de Historia Natural à Santiago.

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