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Francis VAYEUR - 18 septembre 2001
Ayant trouvé récemment Sisyrinchhium augustifolium Miller, je suis à la recherche de tout renseignement et notamment ceux concernant son introduction ( à ma connaissance par les troupes américaines en 1918).
Pascal VIGNERON - 1 octobre 2001
Me demandant si le Sisyrinchium présent en Haute-Marne, appelé tantôt S. montanum Greene (1,2,3) tantôt S. bermudiana (4), correspond à l'espèce qui vous intéresse, j'ai brièvement consulté le site http://mobot.mobot.org/W3T/Search/vast.html où je découvre des noms qui furent parfois mal employés (angustifolium auct. non Mill.) et qui ont rendu la nomenclature confuse (et cela répond mal à ma question) :
S. angustifolium Mill. (S. gramineum Lam. , S. graminoides E.P. Bicknell)
S. montanum Greene (S. angustifolium auct., S. bermudiana auct.)
S. bermudiana L. (S. gramineum Lam.)
(Ces synonymies ont été établies par des auteurs différents. Il n'est pas indiqué de synonymie entre angustifolium Mill. et bermudiana L., peut-être la synonymie bermudiana L=gramineum Lam n'est-elle pas juste ?)
En Haute-Marne le Sisyrinchium est connu depuis 1924, et jamais mentionné par les botanistes auparavant. Il est considéré comme ayant été amené en 1917 avec le foin destiné à nourrir les chevaux des troupes américaines, car les stations seraient surtout aux emplacements des anciens camps militaires.
J'ai trouvé 4 références. Elles se rapportent à une naturalisation en diverses régions :
Alpes-Maritimes, Basses-Pyrénées, Ain, Côte D'Or (2), Alsace, Argonne septentrionale, Loraine orientale (1).
Elles mentionnent la confusion des anciennes flores (Fournier notamment) entre montanum Greene=angustifolium auct. non Mill. et bermudiana L. (1,2)
C'est une plante hygrophile établie sur terrains marneux "dans les moliniaies et les pelouses humides et dans les endroits frais au bord des chemins" (3) "dans l'association à Deschampsia media relevant du Molinion caerulae" (1).
1) Royer J-M. , B. Didier, J. Estrade. 1977. Sur la persistance de Sisyrinchium montanum Greene dans le département de la Haute-Marne. Bulletin de la Société de Sciences Naturelles et d'Archéologie de la Haute-Marne, XX(18) : 461-462.
2) Parmin V. 1980. A propos de Sisyrinchium montanum. Bull. SSNAHM, XXI (11) : 276.
3) Didier B., J-C Rameau, Royer J-M. 1986. Nouvelles observations sur la flore de Haute-Marne : espèces inédites et espèces rares. Bull. SSNAHM, XXII (14) : 245-263. (page 259)
4) Kritter A. 1993. La Haute-Marne fleurie. Guéniot éd. 221p. (pages 100-101, S. bermudiana)
Marc CHATELAIN - 1 octobre 2001
La station de Sisyrinchium bermudiana connue dans l'Ain (rives de l'étang de Fougemagne à Coligny) aurait récemment été détruite lors d'aménagements au voisinage du plan d'eau...
Philippe JULVE - 2 octobre 2001
La même origine semble être la source des trois stations françaises de Glyceria striata... mais il faut un nouvel épisode guerrier (39-45 ?) pour justifier les stations polonaises et allemandes de la plante (les Américains n'étant pas allés si loin en 1917-18 !!). Existe-il une liste des plantes françaises polémochores ? À titre d'info, il en existe une en Finlande où beaucoup de plantes ont été amenées par l'invasion soviétique de 1943..
Christian GAUVRIT - 2 octobre 2001
Je sors un peu du sujet, mais cela me rappelle Parthenium hysterophorus L., amenée semble-t-il en 1976-77 par les chenilles des tanks somaliens en Ethiopie, où elle s'est muée en adventice tenace.
Claude MISSET - 2 octobre 2001
Voici un extrait d'une note floristique que j'ai publié cette année ; le Sisyrinchium montanum fut observé dans les Ardennes dans une petite région correspondant au nord de la Champagne humide, alors qu'il était seulement connu de l'Argonne.
"Sisyrinchium montanum : SAULCES-CHAMPENOISES vers Moscou (UTM : FQ1179). Dans le nord de la France, ce taxon se rencontre dans trois types de groupements : Sisyrinchium montanum peut être observé dans des pelouses relevant du Nardo-Galion, mais également dans divers groupements dunaires associé à Schoenus nigricans. Le groupement le plus favorable au Sisyrinchium occupe des pannes humides des dunes. Enfin cette espèce végète, sur des substrats graveleux ou sableux, associée à des espèces des Agrostio-Arrhenatheretea et de l'Arrhenatheretalia.
En résumé, Sisyrinchium montanum recherche des zones à caractères écologiques de transition restant bien pourvu en eau toute l'année, sur des sols ni trop calcaire ni trop acide. Cette espèce à aussi besoin de végétation ouverte (PARENT, 1978). A Saulces-Champenoise, nous l'avons observée dans un milieu herbeux un peu frais avec les plantes suivantes : Carex distans, Festuca arundinacea, Carex tomentosa, Carex flacca, Bromus racemosus, Symphytum officinale, Dactylis glomerata, Festuca pratensis, Poa trivialis, Allium vineale, Leucanthemum vulgare, Ranunculus acris, Lotus corniculatus, Bellis perennis, Listera ovata, Colchicum autumnale, Trifolium pratense, Prunella vulgaris, Achillea millefolium, Plantago lanceolata, Vicia sepium, Heracleum spondylium, Potentilla reptans, Tragopogon pratensis, Cynosurus cristatus, Brachypodium pinnatum, Primula veris, Daucus carotta, Platanthera bifolia, Bromus erectus, Poa pratensis, Centaurea thuillieri, Senecio erucifolius, Ornithogalum pyrenaicum, Agrimonia eupatoria, Orchis militaris.
Selon diverses hypothèses, la bermudienne originaire d'Amérique Du Nord serait arrivée en Europe avec les troupes américaines pendant le premier conflit mondial (PARENT, 1978). Dans les Ardennes, la bermudienne est connue de quelques layons forestiers d'Argonne, elle y est très rare."
La répartition de cette espèce dans le nord de la France, la Belgique, le Luxembourg,.. peut être connue en consultant la carte de l'I.F.F.B.(AUT. MULT., 1996-1 précarte 899).
Bibliographie
Francis VAYEUR - 3 octobre
Pascal VIGNERON a écrit : "Me demandant si le Sisyrinchium présent en Haute-Marne, appelé tantôt S. montanum Greene (1,2,3) tantôt S. bermudiana (4), correspond à l'espèce qui vous intéresse..."
La détermination a été faite à l'aide du guide des plantes à fleurs (Delachaux et Niestlé 5ème éd.). la description qui en est faite: plante vivace, glabre, variable, de 15 à 25 cm, avec une touffe de feuilles linéaires et de fleurs bleues à pétales très aiguës; fleurs en grappes terminales courtes, sur une tige raide ailée et foliacée; fruits globuleux.
Claude MISSETa écrit : "Dans les Ardennes, la bermudienne est connue de quelques layons forestiers d'Argonne, elle y est très rare."
Cette plante a été trouvée en forêt de Montfaucon (55) qui se trouve en Argonne périphérique, en bordure d'un chemin. Montfaucon fut libéré par les troupes américaines en septembre 1918
Francis VAYEUR - 3 octobre 2001
Philippe JULVE a écrit : "Existe-il une liste des plantes françaises polémochores ?"
Polémochores ?
Pardonnez-moi cette question (je débute et, de plus, le français n'est pas mon fort), mais plus de précisions sur ce terme m'aiderai ne l'ayant pas trouvé dans mon dictionnaire, j'ai fait un rapprochement avec le grec Polemos => guerre.
Suis-je sur la bonne voie ?
Jean Pierre JACOB - 3 octobre 2001
J'ai acheté, il y a dix ans, une petite touffe d'un Sisyrinchium désigné comme appartenant à l'espèce angustifolium, sans nom d'auteur. Depuis cette plante de culture facile s'est ressemée abondamment dans les allées de mon jardin lotois; de plus chaque plante nouvelle se multiplie en formant des touffes d'une dizaine d'individus. Le terrain, en lisière de chênaie charmaie est sablonneux, plutôt sec, J'ai retrouvé plusieurs fois ce Sisyrinchium au bord de la route voisine
Après les différents messages échangés, j'aimerai pouvoir mettre un nom correct sur cette plante : quelqu'un aurait il des descriptions mentionnant les caractères permettant de différencier S.angustifolium Mill., de S.montanum Greene et de S.bermudiana L, ces trois noms ayant été employés dans des messages ultérieurs à celui de Pascal Vigneron
Marie-José PORTAS - 3 octobre 2001
Extrait de Les migrations végétales, Bouvier - 1946 p.58
".... de même, à la suite de la guerre 14-18, les départements envahis : Marne, Haute-Marne, Ardennes, Alsace, ont connus à nouveau de telles migrations. Citons le Sisyrinchium bermudiana, jolie petite iridées à fleurs bleues, originaire de l'Amérique du Nord." (in P. Jovet : S. angustifolium Mill. : localités parisiennes et répartition générale, Bull. Soc. Bot.T89, 1942 p.116-118).
En réalité, cette curieuse plante qui a été dernièrement encore observée le long d'une route de la forêt d'Argonne, et qu'on a cueillie jusqu'au portes de Paris, sur une ancienne voie de garage, près de Maisons-Laffitte, semble être apparue en France vers la fin du XIX siècle, dans les Basses-Pyrénées, où elle a peut-être été apportée avec le lest d'un bateau. Mais il est des plus vraisemblable qu'elle a été de nouveau introduite avec les fourrages américains qui ont favorisé son extension. C'est ainsi qu'on l'a observée sur l'emplacement d'un ancien camp britannique près du Havre."
N.B. : L'auteur emploie le joli terme de florule obsidionale (évoquant le siège en temps de guerre) pour désigner les plantes répandues par les mouvements de troupes.
Philippe JULVE - 4 octobre 2001
Les plantes polémochores sont des plantes disséminées dans des régions où elles n'existaient pas préalablement, par des faits de guerre (transports de troupes, de fourrage pour les chevaux, transport involontaire de graines sur les uniformes et les bottes des guerriers etc...). Dans certaines régions de France on connaît plusieurs cas, dans le Nord par exemple Carex brizoides et Glyceria striata entre autres.
Les guerres 14-18 et 39-45 ont fourni de nombreux exemples, mais on peut aussi remonter aux croisades avec Centranthus ruber etc. Globalement il ne s'agit que d'un cas particulier d'anthropochorie (transport et dissémination de diaspores par les êtres humains, diaspore : tout ou partie d'une plante assurant sa dissémination).
Pascal VIGNERON - 4 octobre 2001
1) Royer J-M., B. Didier, J. Estrade. 1977.
Sur la persistance de Sisyrinchium montanum Greene dans le département de la Haute-Marne. Bulletin de la Société de Sciences Naturelles et d'Archéologie de la Haute-Marne, XX(18) : 461-462. par J.-M. ROYER, B. DIDIER et J. ESTRADE
"Sisyrinchium montanum Greene est une petite iridacée d'origine nord-américaine rarement naturalisée en France. En Haute-Marne elle est observée en 1924 à Euffigneix (à 2 km à l'ouest de Jonchery, sur l'oxfordien des côtes d'Alun) et en 1931 à Latrecey (près du passage à niveau entre la ferme du Pressoir et celle de la Lucine) (G. DILLEMANN, 1950) ; ces deux stations n'ont pas été confirmées récemment.
Dernièrement, Sisyrinchium montanum est découvert par l'un de nous (J.-M. R.) à Poinson-lès-Grancey, sur la route de Beneuvre à proximité de l'ancienne gare. Comme à Latrecey et à Euffigneix, cette station est établie sur des terrains marneux (marnes à Ostrea); on y rencontre S. montanum dans l'association à Deschampsia media relevant du Molinion caerulae. Depuis sa découverte en 1974 la population a fortement diminué, notamment cette année, cette plante ayant souffert de la sécheresse de 1976.
Une quatrième localité est trouvée en juin 1976 par B.D. et J. E. lors de l'excursion de la Société dans la région de Bourbonne-les-Bains, au niveau de la route forestière de la forêt de Morimont et à proximité des sources de l'Apance.
Les plantes de Poinson et de Bourbonne sont à rapporter à Sisyrynchium montanum Greene (= S. angustifolium auct. non Mill.), espèce bien différente de Sisyrinchium bermudiana L. avec laquelle elle est parfois confondue, notamment dans les anciennes flores. Dans le Nord-Est, outre les stations haut marnaises, cette iridacée est signalée : dans le Châtillonnais (près du marais de Vaulamain, Recey-sur-Ource. Bull. Sc. Bourgogne, 1931), dans la plaine d'Alsace, dans l'Argonne septentrionale et la Lorraine orientale (Gh. PARENT, 1973).
Sisyrinchium montanum est une espèce hygrophile des prairies et clairières humides et des endroits frais des bords de chemins."
DILLEMANN G. - 1950. Suppléments aux catalogues des plantes vasculaires de la Haute-Marne. Le Monde des Plantes, 267-268, p. 29-36,269, p. 49-52.
PARENT Gh. - 1973. Quelques taxons phanérogamiques nouveaux ou méconnus de la flore lorraine. Bull. Acad. Soc. Lorr. Sc., 12, p° 4.
2) Parmin V. 1980. A propos de Sisyrinchium montanum. Bull. Soc. Sci. Nat. Archéol. Haute-Marne, XXI (11): 276.
[rem : peut-être la première ligne de la page, en petits caractères italiques, faisait-elle partie du titre, en gras, et a t-elle été mal placée par l'imprimeur.] Greene aux alentours de Chaumont
A propos de Sisyrinchium Montanum par Vincent PARMIN
"Sisyrinchium montanum Greene est une petite iridacée (10 cm environ) rarement naturalisée en France (Alpes-Maritimes, Basses-Pyrénées, Ain, Côte D'Or, Haute-Marne. . .). Elle est souvent confondue, notamment par P. Fournier dans les Quatre Flores de France, avec Sisyrinchium bermudianum. Des quatre stations connues en Haute-Marne, deux seulement avaient été confirmées récemment (Poinson-les-Grancey et Morimont).
Dernièrement, en juin 1980, j'ai retrouvé la station décrite par G. Dillemann (1924) au lieu-dit " Au Côté Vert ", commune d'Euffigneix. Sisyrinchium montanum y croît en assez petit nombre sur des terrains marneux oxfordiens (marnes à Ostrea) dans une association à Molinia coerulea ; l'ensemble est situé dans un petit bois de résineux.
J'ai d'autre part, quelques semaines plus tard, découvert cette plante sur la commune de Villiers-le-Sec au lieu-dit " la Côte de Courcelles ". Cette nouvelle station diffère de la précédente, non du point de vue édaphique, mais par son traitement agronomique ; en effet la station est régulièrement pâturée. Sisyrinchium subsiste au niveau des zones planes à faible recouvrement (certainement entretenues par le piétinement des bovins) en compagnie de Blysmus compressus (abondant), Centaurium pulchellum. Galium boréale et Trifolium montanum, plantes peu courantes par ailleurs aux environs de Chaumont."
BIBLIOGRAPHIE
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DES YEUX BLEUS CRAINTIFS A VILLIERS-LE-SEC
Une pâture abandonnée est particulièrement intéressante à Villiers-le-Sec au-dessus des bassins du lagunage. On y trouve outre de nombreuses orchidées, quelques plantes excessivement rares dont la bermudienne, l'herbe aux yeux bleus, sorte de ravissant petit lis. Ces mignonnes fleurs bleu ciel à centre jaune, sont groupées par deux ou quatre, ou seules, sur une longue tige nue surmontée d'une aile fine.
Ces petites étoiles sont très timides et craintives. Elles ne se montrent que parcimonieusement, se cachent s'il fait froid, si le temps est gris, et se flétrissent en quelques jours. Mais de quoi ont-elles donc peur ?
Ces plantes viendraient d'Amérique, des Bermudes, d'où leur nom. Je pense qu'elles auraient été importées en Haute-Marne dans les bagages des troupes américaines en 1917 car on les trouvait souvent sur les anciens emplacements de leurs camps militaires, Latrecey, Andilly, Villiers-le-Sec, Euffigneix, alors que la bermudienne n'était pas recensée dans les anciennes flores haut-marnaises.
Mais cette fleur est devenue très rare. Le Conseil Municipal de Villiers-le-Sec s'honorerait de protéger cette pâture si intéressante du point de vue floristique. C'est un riche patrimoine à transmettre aux générations futures."
Christian DECONCHAT - 11 octobre 2001
A propos des Sisyrinchium, je signale S. angustifolium (= S graminoides Bicknell) a été trouvé dans l'Indre en forêt de Châteauroux. Nota une importante base U.S. de l'O.T.A.N. était installée près de cette ville.
Pour la doc. voir dans la revue botanique belge LEJEUNIA les articles de G.H. PARENT sur le genre Sisyrinchium en Europe .( le premier N° 121, 1987, je n'ai plus les références du second )qui rectifie les répartitions du N°121, sûrement vers 1995/96.)
Nota : G.H. Parent est venu sur place et a déterminé les échantillons de la forêt de Châteauroux.
Synthèse réalisée par : Francis VAYEUR
Date de la synthèse : Décembre 2001
Cette synthèse a été réalisée principalement à partir des échanges sur la liste de discussion Tela-Botanicae (tela-botanicae@yahoogroupes.fr) entre le 18 septembre et le 11 octobre 2001. ![]()
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