Feux de forêt : le climat responsable plutôt que l’homme

Après des années de travail en étroite synergie, des archéologues suédois et des paléoécologues (1) de Montpellier (2) viennent de démontrer que, contrairement aux idées reçues, le climat a davantage d’impact sur la dynamique des feux de forêt que les pratiques humaines.
Communiqué de presse du CNRS/Délégation Languedoc-Roussillon, et de l’Université Montpellier II, du 5 juin 2007.

Sous-estime-t-on la fonction du climat sur le contrôle régional des incendies de végétation ? Qui des pratiques humaines ou du climat contribue le plus au régime des incendies ? Une étude (3) récemment publiée dans la revue internationale Ecology par une équipe franco-suédoise de paléoécologues, de forestiers et d’archéologues a permis de montrer que la présence répétée et durable de populations de chasseurs-cueilleurs n’a eu aucune conséquence sur la fréquence des feux de forêts dans la forêt boréale, et que les changements de fréquence des feux seraient naturellement déterminés par des changements climatiques.

L’origine de cette étude est un projet de recherche qui visait à comprendre les conséquences environnementales d’une importante occupation humaine durant le Mésolithique et le Néolithique dans le piedmont suédois de la chaîne Scandinave, à hauteur du cercle polaire. Dans cette zone, les scientifiques français et suédois se sont plus particulièrement intéressés à trois lacs. Point important : ces lacs étaient situés dans des contextes écologiques et géomorphologiques semblables, mais l’occupation humaine différait d’un lac à l’autre. Pour le premier lac, on avait retrouvé quelques centaines de preuves d’occupation humaine à moins de 2 km. Pour le deuxième lac, en dépit d’intenses prospections archéologiques, il n’y avait aucune preuve de présence mésolithique ou néolithique. Enfin, pour le 3e lac : quelques preuves de présence humaine. Les chercheurs ont ensuite analysé les charbons (traces de feux) piégés dans les sédiments des trois lacs. Cela leur a permis de reconstituer la fréquence des feux dans cette zone durant les 10 derniers millénaires depuis le retrait glaciaire et de la comparer avec l’occupation humaine des lieux.

Surprise

L’étude, contre toute attente, a montré que la fréquence des feux ne variait pas d’un lac à l’autre. Mieux, les chercheurs ont découvert qu’elle avait changé de régime de façon synchrone, au moins 4 fois depuis 10 000 ans. La comparaison des données paléoécologiques et des données de l’archéologie régionale soulignait donc une indépendance chronologique entre la fréquence des feux et les occupations humaines. Cette homogénéité du régime des incendies suggère une absence de processus locaux, moteur du déclenchement et de la propagation des feux. Elle démontre en revanche l’importance des mécanismes de contrôle régionaux, voire supra-régionaux, des incendies. Ainsi, quand bien même les chasseurs-cueilleurs du Mésolithique et du Néolithique ou les éleveurs de périodes plus récentes auraient pu déclencher (accidentellement ou volontairement) des incendies de végétation, le fait est que les conditions de propagation étaient, au départ, naturellement réunies : biomasse, climat. Les communautés humaines qui se sont succédé n’ont objectivement pas modifié les régimes de feux.

Cette découverte est de taille quand on connaît l’importance des feux de forêts dans le contrôle de la productivité et de la biodiversité des écosystèmes de forêts de conifères des régions boréales, dans le cycle biogénique du carbone impliqué dans la dynamique globale du CO2 atmosphérique et dans la structuration des paysages. Elle va permettre de définir un cadre objectif et réaliste de ce qu’est un régime naturel de feu.

Quelles conséquences pour notre région ?

Dès les périodes glaciaires, des feux se sont propagés dans les régions méditerranéennes avec ou sans présence humaine. Le réchauffement climatique post-glaciaire a accru la fréquence, la sévérité et les surfaces des feux naturels restant dans un cadre supportable par les écosystèmes. Néanmoins, depuis plusieurs siècles, les pratiques agro-pastorales et la proximité des lieux d’habitation ont modifié les régimes naturels des incendies, notamment par accroissement inconsidéré de leur fréquence. Tant et si bien que nous ne sommes plus certains de pouvoir conserver durablement nos environnements méditerranéens et montagnards. Pourtant, les craintes sociales induites par les feux de forêt ne doivent pas nous faire oublier que ceux-ci ont d’abord une composante naturelle, utile à la productivité forestière et à la biodiversité.

(1)Paléoécologue : scientifique étudiant les systèmes écologiques anciens.
(2)Centre de Bio-Archéologie et d’Écologie (CBAE, CNRS-UM2-EPHE)
(3)Carcaillet C., Bergman I., Delorme S., Hörnberg G. & Zackrisson O. (2007) Fire palaeo-ecology in northern Swedish boreal forest: long-term fire frequency not linked to prehistoric occupations. Ecology.

Contact scientifique : Christopher CARCAILLET, Directeur du CBAE
Tél : 04 99 23 21 80 (ou 84), carcaillet@univ-montp2.fr

Contact relations médias : Agnès SEYE
Tél : 04 67 61 35 10 , agnes.seye@dr13.cnrs.fr

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