Une collection de 5000 variétés de petits fruits menacée de disparition en Russie à l’Institut Vavilov !

Pour son malheur, la station de Pavlovsk est située dans la banlieue de Saint-Pétersbourg. La Russian Housing Development Foundation, organisme public chargé de vendre des terrains publics à des promoteurs immobiliers, a estimé que ces terrains étaient inutilisés et pouvaient être vendus. Un tribunal devait en décider le 11 août 2010.

Pour son malheur, la station de Pavlovsk est située dans la banlieue de Saint-Pétersbourg. La Russian Housing Development Foundation, organisme public chargé de vendre des terrains publics à des promoteurs immobiliers, a estimé que ces terrains étaient inutilisés et pouvaient être vendus. Un tribunal devait en décider le 11 août 2010.

Pour Cary Fowler, directeur du Global Crop Diversity Trust, ce serait « la plus grande perte intentionnelle et évitable de diversité cultivée dans toute ma carrière », et ceci précisément pendant l’Année internationale de la biodiversité.

La station expérimentale de Pavlovsk, située près de Saint-Pétersbourg, fait partie de l’Institut Vavilov (Institut Vavilov de recherche sur les productions végétales). Elle mène des essais au champ et gère une importante banque de gènes, sous forme de plantes vivantes (verger-conservatoire) de petits fruits. La collection dépasse 5000 entrées, dont 1000 de fraisiers, et plus de 100 de groseilliers à maquereau, de framboisiers et de cerisiers. Plus de 90% de cette collection est unique. Elle a en effet été constituée du temps de l’Union soviétique, quand les chercheurs avaient accès en particulier aux régions d’Asie centrale. Vavilov et son équipe ont été les précurseurs de l’étude et de la conservation des ressources génétiques végétales, et ont rassemblé des ressources du monde entier.

Plaque située devant la station de Pavlovsk
Plaque située devant la station de Pavlovsk

La collection ne peut pas être déménagée facilement. En effet, les plantes concernées sont des clones qui ne peuvent se reproduire à l’identique par graine. Il faut donc greffer ou bouturer toutes les entrées, et répéter l’opération plusieurs années après pour les plantes qui n’auraient pas repris. Tout cela doit se faire dans des conditions phytosanitaires contrôlées et imposées par la réglementation, pour éviter la diffusion des maladies des plantes. Ne laisser que trois mois avant les bulldozers est donc une plaisanterie douteuse, même si le Global Crop Diversity Trust a déclaré qu’il ferait son possible.

Incidemment, cela signifie aussi que les collections de ressources génétiques n’ont aucun statut légal en Russie, et que l’Institut Vavilov n’est plus intouchable dans un pays en proie à l’affairisme. Rappelons cependant qu’en France non plus, les ressources génétiques n’ont aucun statut. Et ce alors qu’elles vont se révéler indispensables dans un contexte de changement climatique et de croissance démographique.

N’hésitez donc pas à signer la pétition et à relayer l’information. La destruction volontaire d’une collection de Vavilov serait un précédent grave pour tous ceux qui gèrent des collections vivantes, mais aussi pour l’ensemble des citoyens de la planète. Que cela se passe en Russie ajoute à l’amertume de la situation. Pendant le siège de Leningrad (900 jours), le personnel de la banque de gènes de l’Institut Vavilov avait en effet préféré souffrir de la faim que manger les graines dont ils avaient la garde. La Russie était fière de ses héros, époque bien révolue.

Pour en savoir plus :
– Informations et pétition sur le site du Trust :
www.croptrust.org
– Introduction à la controverse :
voir l’article sur en.wikipedia.org
– Article de Cary Fowler, directeur du Trust :
voir l’article sur www.huffingtonpost.com
– Une des alertes :
voir l’article sur www.eurekalert.org
– Et un article en français :
voir l’article sur www.journaldelenvironnement.net

Michel Chauvet

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Photo d’illustration : Bureaux de la station de Pavlovsk © Cary Fowler/Global Crop Diversity Trust
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