Dédiaboliser les espèces invasives sans minimiser les impacts et les enjeux

Les espèces invasives et leur gestion font l'objet de débats et de controverses de plus en plus fréquents. L'entretien avec l'écologue Jacques Tassin, [publié le 16 février sur le blog Passeur de sciences->http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2014/02/16/qui-a-peur-des-especes-invasives/] à l'occasion de la parution de son livre La Grande Invasion : qui a peur des espèces invasives ?, en est un bon exemple.

Les espèces invasives et leur gestion font l’objet de débats et de controverses de plus en plus fréquents. L’entretien avec l’écologue Jacques Tassin, publié le 16 février sur le blog Passeur de sciences à l’occasion de la parution de son livre La Grande Invasion : qui a peur des espèces invasives ?, en est un bon exemple.
Pour apporter un autre éclairage, nous proposons une contribution collective, fondée sur des données scientifiques reconnues et chiffrées, en nous gardant des exemples isolés pouvant conduire à des généralisations abusives.
Contrairement à ce que laisse penser cet entretien, il existe un large consensus de la communauté scientifique sur la définition d’une espèce invasive. Selon cette définition, reprise entre autres par la convention sur la diversité biologique (CDB, signée par 193 pays), les espèces invasives, appelées aussi « espèces exotiques envahissantes », sont des espèces introduites par l’homme en dehors de leur aire de répartition naturelle (volontairement ou accidentellement), dont la propagation menace la biodiversité et peut avoir des impacts négatifs sur l’économie et/ou la santé humaine.

L’accroissement considérable des flux commerciaux et des mouvements humains sur la planète a fait tomber les barrières biogéographiques ; il est à l’origine de déplacements d’organismes vivants à travers le monde (micro-organismes, plantes, animaux invertébrés ou vertébrés) d’une ampleur sans commune mesure avec ceux des migrations passées. En Europe, où le nombre d’espèces introduites a récemment été évalué à 11 000, le nombre d’introductions a augmenté de 76 % ces trente-cinq dernières années.

L’un des points essentiels est que la grande majorité des espèces introduites n’est pas et ne sera vraisemblablement pas une menace pour les écosystèmes et les espèces locales dans leur territoire d’introduction. La tomate, la pomme de terre et le blé par exemple, trois espèces introduites et largement cultivées en Europe, ne sont pas des espèces invasives et nul ne cherche à lutter contre elles !

Impacts écologiques
Une abondante littérature scientifique publiée sur le sujet au cours des cinquante dernières années démontre clairement les impacts écologiques largement négatifs des espèces invasives à l’échelle de la planète, leur rôle dans des régressions ou des extinctions d’espèces et leur capacité à altérer le fonctionnement des écosystèmes et les biens et services qu’ils fournissent.

D’après la « liste rouge des espèces menacées » de l’UICN, les espèces invasives sont impliquées dans près de la moitié des extinctions connues, et constituent le seul facteur d’extinction dans 20 % des cas documentés.

– Lire la suite de l’article du 17/03/2014 de Yohann Soubeyran, Florian Kirchner, Serge Muller, Alain Dutartre, Jean-Yves Meyer et Christophe Lavergne[[Yohann Soubeyran (Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature), Florian Kirchner (Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature), Serge Muller (professeur d’écologie à l’université de Lorraine), Alain Dutartre (hydrobiologiste, co-fondateur du groupe national « Invasions biologiques en milieux aquatiques »), Jean-Yves Meyer (écologue) et Christophe Lavergne (écologue)]] sur le site Le Monde.fr
– Lire l’article de Pierre Barthélémy, 16 février 2014 Qui a peur des espèces invasives ? Un entretien avec Jacques Tassin sur le blog Passeur de sciences
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Image d’illustration : Lëtzebuergesch: E Stencil Graffiti zu Elveng. September 2012, par Jwh, domaine public, via wikicommons

7 commentaires

  1. sans nier que certaines plantes importées dans nos territoires ou d’autres ne soient pas devenues des invasives , il serait temps que messieurs les scientifiques de tous bords descendent un peu de leurs bureaux et viennent sur le terrain , au contact des EEE . alors que l’association dans laquelle je milite lutte pied à pied contre les EEE en forêt de Fontainebleau je trouve choquante cette attitude et grave le message qui véhicule une vision idyllique de Mère Nature . Les EEE existent bel et bien ; je les croise tous les jours et en arrache une certaine quantité sur une année ; dire qu’elles n’interfèrent pas dans la biodiversité est une vue de l’esprit .Nous attendons les scientifiques pour leur montrer sur le terrain à quel point les EEE sont une menace chaque jour plus grave ….

    1. Relisez le texte.
      L’auteur ne dit pas que les EEE n’interfèrent pas dans la biodiversité, mais au contraire, qu’elles la menacent. Il précise aussi que la plupart des espèces introduites ne sont pas gênantes, ce qui ne veut pas dire que certaines ne le soient pas. Il n’y a pas la moindre ambigüité dans ce qu’il dit.

    2. Cette opposition systématique science / terrain est à mon sens totalement stérile car ce sont deux choses complémentaires : ce n’est pas en arrachant des espèces exotiques sur le terrain qu’on prouve qu’elles sont invasives (avez vous évalué les résultats de vos actions ? Evalué leurs impacts réels sur la biodiversité ? sur quelle biodiversité ????); ce n’est pas non plus grâce à une étude scientifique sur le caractère invasif d’une espèce qu’on met en oeuvre des mesures de gestion ou de prévention… Ce sont deux actions différentes et qui doivent travailler de concert pour être efficaces.

      Par ailleurs, les scientifiques (encore eux, vous l’aurez compris, j’en fais partie) ont recommandé d’axer les efforts sur la prévention de l’introduction de nouvelles invasives, plutôt que la lutte (perdue d’avance et consommatrice de crédits) contre celles déjà établies : pensez vous qu’on pourrait arracher tous les robiniers de France pourtant largement considéré comme invasif dans certains milieux?.

      Cela n’empêche pas d’avoir des mesures de gestion passive visant à limiter l’expansion de ces dernières (en forêt, laisser le couvert se refermer suffit dans bien des cas à éliminer un certain nombre de ces espèces) et à intervenir activement dans les milieux les plus sensibles où l’intervention est susceptible d’avoir des effets…

    3. Oui nous avons constaté des effets de nos actions sur les sols débarrassés des phytolaccas , puisque c’est la principale invasive que nous éradiquons ; l’herbe repousse , les petits semis d’arbres peuvent enfin voir la lumière et évoluent , la richesse floristique se rétablit.

      En 2003 Lionel Roth , initiateur de la lutte a débarrassé des Phytolaccas un endroit en forêt qui se nomme la « dune fossile » , cet endroit est propre désormais depuis dix ans.

      Bien sûr nous n’avons pas les outils scientifiques ni les connaissances pour affirmer que la biodiversité reprend ses droits , mais le simple examen des lieux nous conforte dans nos actions .

      Nous ne coûtons RIEN puisque nous sommes bénévoles , ce sont nos véhicules qui nous propulsent dans la forêt , nos pieds qui marchent et nos bras qui font les efforts nécessaires pour manier les outils , qui sont achetés soit par notre assoc’ soit prêtés par l’ONF.

      Bien entendu nous ne nous attaquons pas aux robiniers , puisque l’ONF les considère comme du bois exploitable , et qu’ il n’est pas question d’entrer en forêt avec des engins ni d’en faire quelque usage ; mais nous avons commencé une action contre le prunus serotina , les petits sont arrachés et les gros sont cerclés , nous sommes en attente du résultat puisque nous avons commencé l’an passé .

      Pour ce qui est du couvert forestier qui est censé éliminer en se densifiant les invasives , nous constatons que c’est une légende , nous avons trouvé de véritables forêts vierges de phytolaccas de trois mètres cinquante , en semis dense , sous des couverts eux aussi très denses ; pour le constater rien de tel que le déplacement sur le terrain .

      Nous aimerions beaucoup avoir des avis scientifiques sur nos actions , mais tous nos appels restent sans réponse , faute d’intérêt ou de budget .Nous savons pertinemment que nous serons morts avant d’avoir exterminé tous les Phytolaccas à Fontainebleau, nous ne sommes pas utopistes ; mais notre devise est cette belle phrase de Marc Twain « ils ne savaient pas que c’était impossible , alors ils l’ont fait » . Et si au moins notre action limite l’invasion nous aurons gagné .
      Il n’est pas question pour nous de baisser les bras et nous continuerons malgré tout à nous investir ; si des mesures de prévention avaient été mises en place , comme par exemple dans le Jura , nous n’en serions pas à nous échiner ; mais la prise de conscience n’en est qu’à ses débuts …Nous n’avons pas de reproches particuliers à faire à la communauté des scientifiques , nous aimerions juste ne pas être considérés comme inutiles et incompétents , et avoir de temps en temps vos appuis et votre aide .
      Merci de m’avoir lue , au plaisir d’échanger encore avec vous tous .

    4. je ne pourrai que conseiller l’ouvrage de jean claude Génot (la nature malade de la gestion)pour avoir un autre son de cloche quant à ces espèces invasives

  2. De l’idée que je me fais de propos scientifiques, on précise au mieux l’objet d’étude et on présente les résultats relativement à une méthodologie. La notion d’espèce exotique invasive (‘invasive allien species’) implique de se situer par rapport aux échelles taxonomiques (différentes conceptions de l’espèce ou du taxon inf.), d’espaces, de temps, d’hypothèses sur les causes d’introduction. Donner des « chiffres » en faisant abstraction de ces aspects ne relève pas de la science. Par ailleurs, prétendre lutter contre des plantes envahissantes sans leurs régulateurs biologiques est souvent voué à l’échec à terme car nécessiterait des moyens démesurés, impossibles à atteindre à terme. Je trouve que le savant interwievé fait ce qu’il peut pour évoquer brièvement les aspects évidents à prendre en compte dans le raisonnement, sans les expliciter forcément tous (j’ignore s’il le fait dans son livre que je ne connais pas) ; cette conversation contraste avec les propos manquant de rigueurs élémentaires des auteurs qui prétendent lui répondre ici.

  3. lisez ce livre s’il vous plaît avant de faire des commentaires, je l’ai lu, je le trouve intéressant et équilibré, même si on peut ne pas être d’accord sur tout, il a le grand mérite de faire réfléchir sur ces fameuses espèces « invasives », aussi sur nous mêmes et sur ce que nous considérons comme la nature…

    un modeste naturaliste polyvalent.

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