Et si urbanisation et biodiversité pouvaient faire bon ménage ?

ABEILLES / On compte en France plus de 900 espèces d'abeilles sauvages et beaucoup sont en déclin, comme les bourdons. Les chercheurs de l'Inra, en collaboration avec l'association naturaliste Arthropologia, ont conduit la première étude exhaustive en Europe pour évaluer l'impact de l'urbanisation sur la communauté d'abeilles sauvages.

ABEILLES / On compte en France plus de 900 espèces d’abeilles sauvages et beaucoup sont en déclin, comme les bourdons. Les chercheurs de l’Inra, en collaboration avec l’association naturaliste Arthropologia, ont conduit la première étude exhaustive en Europe pour évaluer l’impact de l’urbanisation sur la communauté d’abeilles sauvages.

Sur les 24 sites plus ou moins urbanisés étudiés autour de Lyon, 291 espèces d’abeilles ont été recensées. Même si leur effectif baissait avec le degré d’urbanisation, le nombre d’espèces présentes était à son maximum dans les milieux périurbains et 60 espèces, richesse considérable, ont été trouvées dans le site le plus urbanisé. Ce travail est publié dans la revue en libre accès PLOS ONE du 13 août 2014.

Pour qu’une espèce d’abeille soit présente en milieu urbain, elle doit être capable d’y trouver des ressources alimentaires et des sites de nidifications adéquats. Certaines espèces d’abeilles nichent dans le sol (terricoles), comme par exemple les andrènes, alors que d’autres nichent dans des cavités au-dessus du sol (cavicoles), comme les osmies. En plus du comportement de nidification, chaque espèce d’abeille a ses propres caractéristiques biologiques. Ainsi, chaque espèce peut répondre différemment à l’urbanisation. Les espèces et leurs caractéristiques sont donc des éléments essentiels pour étudier l’impact de l’urbanisation sur la structure de la communauté d’abeilles sauvages, définie comme l’ensemble des espèces trouvées dans un milieu.

Dans le cadre du programme européen LIFE Urbanbees1, la communauté d’abeilles sauvages a été étudiée sur 24 sites le long d’un gradient d’urbanisation dans le Grand Lyon. Ce programme, lancé en 2010 pour une durée de 5 ans, est conduit par l’Inra d’Avignon, en partenariat avec l’association naturaliste Arthropologia, les villes de Lyon et de Villeurbanne, l’université de Lyon et le Natural History Museum de Londres. Il est cofinancé par l’Union Européenne, le Ministère de l’Ecologie, la région Rhône-Alpes, le Grand Lyon et l’enseigne Botanic®.

Pendant deux ans et sur une base mensuelle, les abeilles ont été échantillonnées avec des coupelles colorées et des filets sur les 24 sites du Grand Lyon. Les coupelles étaient laissées actives pendant 24h. Les relevés au filet se faisaient dans un rayon de 100 m autour des coupelles sur toutes les plantes en fleurs. Afin d’étudier les changements de composition de la communauté, les chercheurs ont pris en compte différentes caractéristiques des abeilles: statut hôte/parasite et mode de nidification.

Durant l’étude, 291 espèces d’abeilles sauvages ont été capturées, soit près d’un tiers des plus de 900 espèces d’abeilles sauvages recensées en France. L’abondance des abeilles était négativement corrélée avec l’urbanisation, alors que la richesse spécifique atteignait un maximum dans les sites avec une urbanisation intermédiaire (50% de surface imperméable dans un rayon de 500 m; milieu périurbain). Cependant les chercheurs ont trouvé une richesse considérable même dans les milieux les plus urbanisés (60 espèces à Villeurbanne avec plus de 98% de surface imperméable). La structure de la communauté changeait le long du gradient d’urbanisation, les espèces parasites étant plus nombreuses dans les milieux périrubains. La faune d’abeilles cavicoles était plus diversifiée en milieu urbain que celle des abeilles terricoles.

La grande diversité d’abeilles sauvages répertoriée au centre des villes montre que même des milieux très urbains avec une gestion appropriée peuvent être des milieux intéressants en terme d’écologie et de conservation pour sauvegarder cette faune et les relations mutualistes qu’elle entretient avec la flore sauvage et cultivée (pollinisation). La diversité des abeilles sauvages en ville en fait aussi un groupe phare pour sensibiliser la population urbaine à l’écologie et aux services écosystémiques, en lui montrant que la biodiversité se retrouve partout dans son quotidien.

En savoir plus :
– Voir la suite de l’article de l’Inra du 13/08/2014 sur presse.inra.fr
– Voir l’article de Fortel L, Henry M, Guilbaud L, Guirao AL, Kuhlmann M, et al. (2014) Decreasing Abundance, Increasing Diversity and Changing Structure of the Wild Bee Community (Hymenoptera: Anthophila) along an Urbanization Gradient. PLoS ONE 9(8): e104679. doi:10.1371/journal.pone.0104679

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Photo d’illustration : Apis mellifera flying, par Muhammad Mahdi Karim (www.micro2macro.net), licence GFDL 1.2, via wikimediacommons.

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