L’abeille domestique concurence-t-elle les abeilles sauvages ?

Étude des interactions écologiques entre l’abeille domestique et les abeilles sauvages dans un espace naturel protégé : le massif de la Côte Bleue, site du Conservatoire du Littoral.

Une équipe de recherche de l’INRA d’Avignon (UR 406 Abeilles & Environnement) pilotée par Mickaël Henry et Guy Rodet s’est penché sur l’impact des ruchers d’abeilles domestiques (Apis mellifera) et nous livre les conclusions de cette étude.

L’intensification de l’agriculture a profondément modifié les paysages ruraux au cours des cinq dernières décennies, affectant la durabilité des exploitations apicoles. L’apiculture productive a désormais recours à des transhumances saisonnières, parfois massives, vers des espaces naturels protégés. Avec les sollicitations croissantes des apiculteurs, les gestionnaires des espaces protégés expriment aujourd’hui des inquiétudes quant aux risques d’interférences écologiques entre les abeilles domestiques et les autres insectes butineurs au sein des réseaux naturels d’interactions plantes-pollinisateurs. Dans cette optique, le Conservatoire du Littoral a commandité cette étude, visant à vérifier l’existence d’une compétition entre abeilles sauvages et domestiques lors de la miellée de romarin sur le massif de la Côte Bleue (Bouches-Rhône), et, le cas échéant, à identifier des critères écologiques ou des règles de décisions pour guider la régulation de l’apiculture dans ce type d’espace naturel. L’étude s’est basée sur des comptages standardisés d’abeilles butineuses et des estimations de leur succès de collecte de nectar et de pollen. Trois principaux résultats sont à souligner :

  1. l’existence d’une compétition pour l’exploitation des ressources florales est confirmée, et s’étend sur des distances variant de 600 à 1200m autour des ruchers, selon le paramètre écologique considéré ;
  2. ces rayons définissent des « zones d’emprise » des ruchers, et constituent des critères de régulation de l’apiculture plus simples à mettre en œuvre que les notions de densité de colonies ;
  3. un phénomène de compétition intra-spécifique entre abeilles domestiques elles-mêmes a été détecté au niveau individuel : impact sur le rendement en miel ou sur la démographie au cours de la saison. Des recommandations sont proposées et discutées sur la base de ces résultats et des conditions spécifiques de l’étude.

Citation de l’article : Henry M. et Rodet G. (2018). Étude des interactions écologiques entre l’abeille domestique et les abeilles sauvages dans un espace naturel protégé : le massif de la Côte Bleue, site du Conservatoire du Littoral. Rapport d’étude, convention Recherche & Développement CdL-INRA-ADAPI n°2014CV18, 9 pages.

Daniel Mathieu

1 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *