cbn alpin

Etat de conservation de la trame de forêts anciennes en Basse Vallée de l’Isère

L'IRSTEA et le CBN alpin proposent un stage de 6 mois.

Contexte

La forêt est en forte progression depuis deux siècles à l’échelle du territoire, mais certaines zones ont subi des déboisements importants [1]. Il reste de nombreuses incertitudes quant au maintien de la biodiversité dans les fragments ayant subi de forts déboisements, mais aussi à la vitesse de la restauration de la biodiversité dans les milieux récemment reboisés. En effet, de nombreuses plantes forestières spécialistes ont des capacités de migration très limitées et l’empreinte écologique des anciens usages agricoles en forêt peut être dans certains cas irréversible [2].

Pour quantifier les effets de la fragmentation des habitats forestiers sur la biodiversité, il est pertinent de s’intéresser aux espèces qui sont les plus vulnérables aux changements et les plus dépendantes de la continuité forestière. De nombreux taxons forestiers sont indicateurs de la continuité forestière et sont sensibles aux interruptions temporelles de l’état boisé : lichens, collemboles, carabes et plantes vasculaires [1, 3]. Cette notion de continuité forestière a donné naissance au concept de forêt ancienne, qui correspond à une forêt n’ayant pas connu de défrichement depuis la plus ancienne référence cartographique connue, couvrant, selon les pays et les fonds cartographiques, une période de 150 à 400 ans [4]. Elle renvoie aussi aux espèces spécialistes de forêts anciennes [5, 6], c’est-à-dire qui sont plus fréquentes dans les forêts anciennes que dans les forêts récentes. La dépendance des espèces de forêts anciennes à la continuité forestière s’explique par leur faible capacité de dispersion et au faible succès de recrutement lié aux modifications du sol induites par l’agriculture [4].

Au-delà de ces connaissances, plusieurs aspects demeurent mal étudiés, notamment dans quelle mesure l’état de conservation de la diversité floristique des forêts anciennes et le degré de restauration des forêts récentes par la flore des forêts anciennes dépendent du contexte écologique et du niveau de fragmentation de la forêt actuelle et passée [7, 8].

Missions

Objectifs du stage

L’objectif du stage vise une meilleure connaissance des enjeux associés à la trame des forêts anciennes et à sa conservation sur la Basse Vallée de l’Isère (38). Le but du travail est :

  1. de comparer les caractéristiques floristiques et écologiques des forêts anciennes et des forêts récentes
  2. d’évaluer l’état de conservation de la diversité floristique des forêts anciennes et le degré de restauration des forêts récentes.

Contenu du stage

Partie 1 : Caractérisation écologique et floristique des forêts anciennes

Dans cette première partie, il s’agira principalement de vérifier si le rôle de la continuité forestière sur la flore de sous-bois, que l’on observe en forêt de plaine, sont observés dans cette zone d’étude :

(H1) Les cortèges floristiques observés en forêt ancienne et en forêt récente sont différents, en raison des deux processus écologiques : limitation par la dispersion et de limitation par le recrutement ;

(H2) Les traits de vie associés aux espèces de forêt ancienne et de forêt récente sont différents, et les différences portent principalement sur les traits associés à la dispersion et aux préférences écologiques.

Pour cela, la base de données du Pôle d’information flore-habitats géré par le CBNA sera interrogée pour extraire tous les relevés disponibles sur la zone d’étude, qui couvre une surface d’environ 150 km². L’occupation passée du sol et les caractéristiques environnementales principales des points (altitude, type de sol, topographie…) seront recueillies par traitement SIG. L’usage passé du sol au milieu du 19ème siècle a déjà été vectorisée à partir de la carte d’état-major sur ce secteur.

Les traits de vie des plantes vasculaires inventoriées dans la zone d’étude seront recueillis en consultant la base de traits de vie de plantes gérée par le LECA : traits liés à la persistance, à la régénération, à la dispersion, et préférences écologiques (lumière, pH du sol et humidité).

Les différences écologiques liées à l’usage ancien du sol seront caractérisées : type de sol, topographie, gestion forestière et caractéristiques spatiales en suivant l’approche développée par Bergès et al. [9]. Ensuite, une liste d’espèces de forêts anciennes et de forêts récentes sera établie par le biais des modèles statistiques. Enfin, les traits d’histoire de vie qui discriminent la réponse des espèces à l’usage ancien du sol seront analysés, comme proposée par Bergès et al. [8].

Partie 2 : Etat de conservation des forêts anciennes et degré de restauration des forêts récentes

Il s’agira dans cette deuxième partie du stage de comprendre dans quelle mesure les choix de gestion actuelle et les choix d’aménagement territorial peuvent moduler la richesse des forêts anciennes en espèces de forêts anciennes et la vitesse avec laquelle les espèces de forêts anciennes colonisent les forêts récentes.

Un plan d’échantillonnage a été préparée sous SIG en 2018 par le CBNA et Irstea sur la zone d’étude de manière à échantillonner les facteurs de stratification suivants : (a) surface de la tache de forêt ancienne ; (b) distance de la tache de forêt récente par rapport à la tache de forêt ancienne la plus proche (c) type de peuplement (mélange de feuillus ou châtaignier pur). Les modalités ont été croisées et permettent de tester les hypothèses suivantes :

(H3) Le cortège floristique observé en forêt ancienne est fonction de la surface de la tache de forêt ancienne, avec une augmentation de la richesse alpha en espèces de forêts anciennes lorsque la surface de la tache s’accroît ;

(H4) Les différences de composition et de traits des cortèges floristiques entre forêt récente et la forêt ancienne est fonction de la distance entre ces deux types de forêt, avec une dissimilarité d’autant plus forte que la distance s’accroît ;

(H5) La surface de la tache de forêt ancienne la plus proche influence la richesse et la composition du cortège floristique de la forêt récente ;

(H6) L’essence dominante du peuplement actuel interagit avec le mode d’usage passé (ancien/récent) et conduit à des successions floristiques différentes pérennes.

Des relevés floristiques sur couple de points (forêt ancienne et forêt récente) ont été réalisés en 2018 par le CBNA. Des relevés complémentaires seront réalisés en 2019 pour atteindre environ 100 couples de placettes. Avec l’appui de l’équipe technique, le stage consistera à caractériser la station forestière et à réaliser un inventaire dendrométrique sur chaque placette, puis à tester les différentes hypothèses mentionnées ci-dessus.

Ce stage est inclus dans le projet FEDER Région Auvergne Rhône-Alpes intitulé « Trame verte forestière » (2017-2020).

Bibliographie

  1. Bergès, L. and J.-L. Dupouey, Ecologie historique et ancienneté de l’état boisé : concepts, applications, avancées et perspectives de la recherche. Revue Forestière Française, 2017. 69(4-5): p. 297-318.
  2. Dupouey, J.L., et al., Irreversible impact of past land use on forest soils and biodiversity. Ecology, 2002. 83(11): p. 2978-2984.
  3. Janssen, P., et al., Present conditions may mediate the legacy effect of past land-use changes on species richness and composition of above- and below-ground assemblages. Journal of Ecology, 2018. 106(1): p. 306-318.
  4. Hermy, M. and K. Verheyen, Legacies of the past in the present-day forest biodiversity: a review of past land-use effects on forest plant species composition and diversity. Ecological Research, 2007. 22(3): p. 361-371.
  5. Hermy, M., et al., An ecological comparison between ancient and other forest plant species of Europe, and the implications for forest conservation. Biological Conservation, 1999. 91(1): p. 9-22.
  6. Dupouey, J.L., et al., La végétation des forêts anciennes. Revue Forestière Française, 2002. 54: p. 521-532.
  7. De Frenne, P., et al., Interregional variation in the floristic recovery of post-agricultural forests. Journal of Ecology, 2011. 99(2): p. 600-609.
  8. Bergès, L., et al., Response of understorey plant communities and traits to past land use and coniferous plantation. Applied Vegetation Science, 2017. 20(3): p. 468-481.
  9. Bergès, L., et al., Past landscape explains forest periphery-to-core gradient of understorey plant communities in a reforestation context. Diversity and Distributions, 2016. 22(1): p. 3-16.

Profil recherché

  • Etudiant⋅e M2 ou élève ingénieur 3ème année dans le domaine de l’écologie, de la biologie, de la gestion forestière, de la gestion des milieux naturels ou de la gestion conservatoire
  • Expérience dans l’usage des logiciels statistiques (R de préférence)
  • Connaissance des logiciels SIG (ArcGis ou équivalent)
  • Rigueur et capacité d’organisation
  • Permis B (déplacement sur le terrain)

Poste et conditions

Durée du stage : 6 mois

Date de prise de fonction souhaitée : 1er mars 2019

Rémunération : 568,77 € par mois sur la base de 35 h par semaine

Lieu du stage : Irstea, UR LESSEM, 2 rue de la papeterie, BP 76, 38402 Saint-Martin-d’Hères Cedex

Modalités de candidature

Les candidatures (CV et lettre de motivation) sont à envoyer à Laurent Bergès et Ornella Kristo par mail à : laurent.berges@irstea.fr et o.kristo@cbn-alpin.fr, avant le 15/12/2018, avec comme objet « Candidature stage Etat de conservation des forêts anciennes en basse vallée de l’Isère ».

Télécharger l’offre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *