Mauvaises herbes et bonnes herbes

Francis Zanré nous partage son point de vue sur les pratiques agricoles et leurs conséquences sur les fleurs des champs.

Autrefois, mais c’était avant les pesticides, les cultures étaient multicolores et l’on faisait des bouquets de fleurs de champs.

Le terme de « mauvaises herbes » recouvrait les nielles, coquelicots et autres ivraies enivrantes. Les bonnes herbes étaient les espèces semées et nourricières, mais aussi les plantes à valeur médicinale (qui sont aussi des toxiques.) Les graines de coquelicot (opiacée) étaient ajoutées à la bouillie des bébés pour les faire dormir !

Ces « mauvaises herbes » rares maintenant, ont été cause d’intoxications diverses (mal des Ardents) pour l’homme ou le bétail. Parfois ce sont aussi des vecteurs de parasites, sans parler de la perte de rendement. Les agronomes ont donc tout fait pour les réduire, en particulier par l’amélioration des techniques de tri et de sélection des semences.

Aujourd’hui, on parle plutôt d’adventices (qui poussent avec) ou de messicoles (compagnes des moissons) ou encore de commensales (qui mangent avec), les poètes les nomment herbes folles. Pour un agriculteur tout ce qui pousse dans son champ sans qu’il ne l’ait semé est indésirable. Les champs doivent être « propres ». Pourquoi ?

La norme AFNOR NF EN 15587 (qui remplace une norme plus ancienne), adoptée par les céréaliers et leurs professions liées, définit la pureté des récoltes et partant, les réfactions de prix qui en découlent à partir de 2% d’impuretés, et la possibilité de refus au-delà de 6%*.

Par impureté on entend aussi bien les grains cassés ou déformés que les autres graines ou poussières. Bien entendu ces normes s’appliquent à tous les producteurs de la chaîne alimentaire impliqués. Certains producteurs en agrobiologie qui réutilisent leurs semences et passent par d’autres circuits y réchappent mais cela reste marginal.

C’est pourquoi nous ne reverrons pas de coquelicots dans les champs, sauf carence ou malchance de l’agriculteur !

Bibliographie

*COOP de France, flash commercialisation du 16 juin 2015 N° i2015-04 (3 pages)

6 commentaires

  1. Les messicoles décoratives comme le bleuet, le coquelicot et la nielle se sont reconverties comme plantes de jardin, vendues les kits « prairie fleuries ». Avec une dérive génétique vers des variété horticoles, mais c’est mieux que rien.
    Les autres disparaissent dans l’indifférence générale…

    1. Dans l’indifférence générale, c’est une attitude hélas par trop généralisée, mais disparaissent, il faut nuancer : au cours de mes pérégrinations régulières dans l’hexagone, je vois moult champs rouge écarlate montrant que le coquelicot est loin de dire son dernier mot. Quant au bleuet, il se cache bien et quand un traitement est « raté », quelle profusion ! Non, les messicoles n’ont pas disparu…bien heureusement.

    1. Très bonne remarque. Il ne faut pas accuser les mauvaises herbes de tous les maux.
      Si l’on veut accuser les « herbes folles », on peut citer le datura, cause d’empoisonnement du bétail dans les ensilages de maïs.

  2. Il faut quand même bien poser le problème.

    Si les agriculteurs s’acharnent à enlever les plantes commensales de la culture, ce n’est pas seulement par pure esthétique. Ces commensales mangent bien avec la culture et le souci de l’agriculteur est de laisser la meilleure part à sa culture et non aux mauvaises herbes.

    Il est évident qu’il faut préserver ces messicoles qui sont plus rares de nos jours, mais pas simplement en laissant tous les champs s’enherber.

  3. « Les agronomes ont donc tout fait pour les réduire, en particulier par l’amélioration des techniques de tri et de sélection des semences. »

    et principalement avec la systématisation du recours aux herbicides, principaux responsables de la modification de la flore adventice et de l’inversion de flore dès les années 1960

    « C’est pourquoi nous ne reverrons pas de coquelicots dans les champs, sauf carence ou malchance de l’agriculteur ! »

    Non, nous revoyons des coquelicots dans les champs (maltraités) car ils sont devenus résistants à certains herbicides, comme les herbicides de la famille des inhibiteurs de l’ALS (sulfonylurées par exemple).

    « Bien entendu ces normes s’appliquent à tous les producteurs de la chaîne alimentaire impliqués. Certains producteurs en agrobiologie qui réutilisent leurs semences et passent par d’autres circuits y réchappent mais cela reste marginal. »

    Et vlan ! une pierre dans le jardin de « Certains producteurs en agrobiologie » repoussés dans leur marginalité. J’en connais quelques uns qui ont très peu de coquelicots dans leurs champs mais beaucoup de nielle, des bleuets, des neslies, des buplèvres, des conringies, des miroirs de Vénus etc.

    Enfin la bibliographie citée *COOP de France, flash commercialisation du 16 juin 2015 N° i2015-04 (3 pages) me laisse dubitatif, COOP de France étant la principale structure commerciale de l’agriculture industrielle. Autant demander à un charcutier ce qu’il pense du végétarisme …
    aller visiter plutôt
    https://messicoles.org/wakka.php?wiki=PagePrincipale

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *