Arbres heureux, arbres inspirants

Les arbres vous inspirent et les mots fusent sous vos belles plumes ! Cet article, c'est un peu de poésie qui fait suite à notre appel à contribution pour écrire auprès de nos arbres. Merci aux rédactrices Gaëtanne Michel et Claire Hélène Délouvée !

L'arbre heureux, par Gaëtanne Michel

Il y a bien longtemps, ma graine ailée a patiemment attendu l’ouverture des écailles pour être
emportée, d’un violent coup de vent vers la terre où je suis né. Une terre sauvage où je côtoie
mes frères et cousins.

Autrefois perdu dans la masse arboricole, on ne me voyait pas. J’étais frêle, il est vrai, dans
mon jeune âge, cherchant ma place et un coin de lumière pour grandir vers le ciel !

J’ai connu les atteintes des petits cervidés qui grignotaient mes jeunes pousses au printemps
ou mon écorce tendre. C’était pourtant un plaisir de voir ces petites babines se retrousser pour
humer mon parfum de résine fraîche, avant d’attaquer mes rameaux.

Je dois vous confier que nous avions fait un pacte, juste quelques fines aiguilles devaient être
mangées en échange d’un futur abri pour l’hiver. Bien sûr il fallait attendre que je grandisse !
Je crois qu’ils le savaient car pas un de ces jolis chevreuils , n’a enfreint notre accord.
J’ai ainsi pu croître loin du pays de mes ancêtres.

Je côtoie les chênes, les hêtres, les bouleaux et les charmes. A mes pieds tout le peuple de
l’herbe s’affaire tandis que mon amie la ronce a plaisir à le défendre de ses aiguillons.
La forêt devient maintenant silencieuse, les chants d’oiseaux se font rares, le bourdonnement
des insectes n’est plus qu’un lointain souvenir d’air tiède et de rayons de soleil.

Certains de mes frères abandonnent leurs feuilles. Elles craquent sous les pas des quelques
promeneurs, amoureux des arbres, qui viennent voir l’engourdissement gagner les branches.
Sur les brindilles désormais nues, plus un oiseau ne se pose, le froid est vif, le vent s’infiltre
sous la moindre plume.

Arrive alors pour moi la plus belle des saisons : l’hiver et je peux enfin dire :  »Je suis le roi de
la forêt !  »
Malgré le froid, j’ai teinté mes aiguilles de bleu : le ciel est aussi dans mes branches !

Tiens aujourd’hui j’ai laissé tomber mon premier cône, le tout premier de l’année !
Pas le premier de ma vie, car j’avais alors quarante ans lorsque je devins à la fois père et
mère. J’étais jeune alors ! Il en faut du temps pour que mon espèce puisse avoir descendance !

De nombreuses années se sont écoulées depuis ce jour-là, mais j’ai toujours en mémoire les
paroles d’une enfant, qui apercevant mes cônes à terre s’était exclamée :
– Tu as vu maman, l’arbre, il fait des roses en bois !
Cela leur avait semblé si extraordinaire qu’elles en avaient ramassées.

Elles ont été fidèles ! Chaque année elles revenaient me voir pour faire provision de ces roses
que je m’appliquais à rendre à chaque fois plus belles, juste pour leur témoigner ma générosité d’arbre. Aujourd’hui la tradition s’est perpétuée et j’ai toujours une nuée d’enfants qui viennent ramasser le précieux trésor au début de l’hiver.

Ce jour-là je suis le plus heureux des arbres ! La neige a commencé son saupoudrage diffus et, dans mes branches, c’est une joyeuse activité musicale. Les tarins, les bouvreuils et les pinsons chantent à qui mieux mieux, chacun ayant trouvé une place loin du frimas hivernal.
L’écureuil, petit rongeur espiègle sait qu’il aura sa pitance assurée par mes graines et a fait son nid dans le vieux chêne voisin. Juste un saut et l’équilibriste de la forêt pourra satisfaire sa
gourmandise !
Je suis maintenant devenu un géant car beaucoup de mes frères aujourd’hui disparus, ont sacrifié leur espace vital pour que je puisse grandir.
Nous les arbres, nous sommes sensibles, très à l’écoute les uns des autres et nous savons ce
qu’abnégation veut dire ! Nous sommes une grande famille qui s’entraide, qui s’écoute, qui
agit pour le bien-être général !

 

Photo de Cèdre de l'Alas
Cèdre de l'Atlas, par Gaëtanne Michel, CC-BY-SA Tela Botanica

Humains vous devriez prendre modèle !

Sous un soleil palot, Les petits cristaux glacés illuminent le bout de mes rameaux, fêtant unpeu avant la date, un Noël où mes frères cultivés finiront leur vie d’arbre avec le tronc tranché
dans un intérieur si chaud qu’ils perdront leurs aiguilles, dans des cris de liesse à l’ouverture
des cadeaux.
Par un subtil coup du destin, ma graine issue d’un cône de cèdre, fut entraînée bien loin de la
pépinière qui aurait dû être mon berceau. Le vent dans sa puissance, me permit de prendre
racine au milieu des feuillus et des résineux, loin de la ville, dans une forêt.
Aujourd’hui centenaire, je suis devenu bien grand, presque un record !
Mes branches servent désormais de logis à de nombreux animaux. Le petit elfe roux à la
queue en panache est toujours le premier à déguster mes graines ! Les chevreuils ont depuis
longtemps renoncé à m’amputer de quelques aiguilles qui sont hors d’atteinte désormais !
Je suis un vrai arbre forestier, sauvage mais …
Je pense souvent à vous, vous mes frères : prisonniers des petits jardins, des carrefours, des
avenues bruyantes, si éloignés de la vie que vous auriez du mener !
Je pense à vous lorsque les oiseaux sur mes branches chantent au cœur de l’hiver . Je pense à
vous quand la brise printanière apporte des parfums de genêt. Je pense à vous lorsqu’un
orage salutaire apporte de la fraîcheur au coeur de l’été !
Je pense à vous souvent… car je vis dans un pays où les arbres sont libres …
libres et heureux !

Photo de Rose de Cèdre de l'Atlas
Rose de cèdre de l'atlas par Gaëtanne Michel, CC BY SA Tela Botanica

Arbres, par Claire-Hélène Délouvée

Chênes du milieu des prés, ramure solide et sage.
Bouquets des merisiers se répandant dans le paysage.
Étoile des châtaigniers, feuilles, fleurs et bogues.
Automne alourdi des pommiers et poiriers au coin des traces.
Frênes tristes en hiver, légers en été. Rares cormiers énigmatiques et leur fausses poires miniatures.
Charmes tétons taillés, re-taillés et re-re-taillés.
Érables champêtres, petites feuilles / avions de lutins.
Osiers blancs en équilibre au bord du ruisseau.
Platanes se donnant le bras le long de la route et du chemin de halage.
Promenade ombreuse des tilleuls.
Hêtres-queules du Morvan.
Ormes en arêtes de poisson, malades dés 15 ans.
Lignes rouges des pins sylvestres.
Litanie des arbres de la Nièvre. Tous vieux. Tous disparus dans 150 ans, 200 ans.
Il y a tellement d’arbres ici ! À quoi bon soigner, rajeunir ce bon vieux patrimoine ? Ils sont là, et bien là…
Pourtant, imperceptiblement, au compte-goutte, ils s’en vont. Ça ne se voit pas.
En ville, adieu les grands arbres étendant leurs branches épaisses sur les flâneurs… On plante maintenant de petites choses peu encombrantes, sans feuilles et poussant vite.

Quelques mots sur les auteures et l'article

Ces textes ont été rédigés par Gaëtanne Michel et Claire-Hélène Délouvée.

L’article fait suite à l’appel à contribution sur le thème de l’arbre. Si ce thème vous inspire également, n’hésitez pas à nous faire part de vos articles à l’adresse mail suivante : apa@tela-botanica.org.

Si vous souhaitez allez plus loin sur le thème de l’arbre en ville, nous vous invitons à consulter et rejoindre l’espace projet Auprès de mon arbre. Vous pourrez ainsi communiquer sur la thématique, poser vos questions, partager vos actualités et échanger sur les forums.

8 commentaires

  1. Merci pour ces évocations touchantes dont on aimerait qu’elles soient toutes deux, d’arbres heureux…. Hélas, pour un cèdre heureux combien d’arbres malmenés, chosifiés ? Ils sont pourtant tous aimables et mériteraient tellement plus de considération et d’attention. Il n’est pas interdit d’espérer qu’ils parviennent au fil du temps à s’enraciner dans le coeur des hommes.

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