Glanes étymologiques : barometz

Ce mot a une histoire proprement fabuleuse qui laisse rêveur sur la capacité des savants à reproduire des légendes en ajoutant des "témoignages" sortis de leur imagination sans aucune base de faits observables.

La légende du barometz a beaucoup évolué. Pour Lee (1887), l’origine en seraient les récits sur une plante dont les fruits donnent une laine blanche comme celle du mouton, autrement dit le cotonnier. Mandeville donne un dessin proche de ce récit, sauf que les fruits ne donnent plus de la laine, mais des moutons entiers. Cette croyance se serait croisée avec une légende talmudique d’une créature reliée au sol par un cordon ombilical. Elle s’est appelée agneau de Scythie, agneau de Tartarie ou barometz (nom « tartare » emprunté au russe баранец – baranec, « petit mouton ») dans le sud de la Russie ; Kaempfer (1712) signale que dans cette région, on fait des outres avec la peau de fœtus d’agneau. Ces outres très fines ont pu être prises pour des gourdes (fruits du Lagenaria siceraria), d’où l’allusion au fait que le barometz naîtrait d’une graine de melon ou de gourde.

Rhizomes de Cibotium barometz, photographiés sur un marché au Vietnam

Ce n’est qu’à partir de 1698 (Sloane) et 1725 (Breyn) qu’on voit apparaître la fougère comme un produit médicinal chinois. Appelée « chien aux poils dorés » en chinois, le rhizome de cette fougère était façonné en forme de chien, quatre bases de feuilles formant les pattes. En Europe, ce chien est devenu un mouton, et ce mouton végétal ne pouvait être que le barometz.

En 1751, l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert réfute la légende de l’Agnus scythicus et cite de nombreux auteurs qui l’ont propagée, en ajoutant une réflexion théorique sur la qualité des témoignages.

Bertuch (1801) a dû voir les rhizomes, dont il dit justement qu’ils sont « jaune brun », mais il pense que les poils proviennent d’une mousse et non de la fougère-même ; par ailleurs, il situe cette fougère en « Tartarie », et non en Chine. Il est vrai que son chapitre parle des « animaux fabuleux ».

Entre temps, Linné a repris ce nom de  »barometz’‘ en 1753 comme épithète de Polypodium barometz, pour dénommer cette fougère en arbre dont les rhizomes arrivaient dans les cabinets de curiosité. Cette fougère s’appelle maintenant Cibotium barometz.

L’Agneau de Scythie de Johann Zahn, 1696

Vous trouverez de nombreuses images et des sources sur la page de Pl@ntUse Cibotium barometz.

Merci à Jean-Pierre Vigouroux pour m’avoir relayé une demande d’identification postée sur Facebook.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *