Paroles d’arbres : oliviers, arbres géants, arbres d’hivers

Les arbres vous inspirent toujours. L'article du jour est une compilation des créations poétiques de vos contributions. Nous remercions Josette Vincent et Yvette Balard pour leurs jolis mots !

L'olivier, par Josette Vincent

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Olivier, par Josette Vincent, CC BY SA

L’olivier est planté, mais en célibataire,
Inaugurant la vie d’un jardin inédit,
Que peut-il bien penser cet arbre solitaire
D’être là, transplanté, si loin de son pays ?

Auprès du charreton, bien assis comme un sage,
Il devra supporter les assauts de la bise,
Et, peu à peu, vieillir au cœur de ce village
Aux cris et piaillements des choucas de l’église.

On aura soin de lui, de ses branches élaguées,
De ses feuilles vernies et de son tronc fourchu,
Lui apportant de l’eau, des engrais bien dosés,
Afin qu’il redevienne alerte et chevelu.

On veillera aussi à vernir son parterre,
De plantes assorties à son teint argenté,
Romarins, thyms, lauriers et lavandes bleutés,
Qui feront un décor digne d’un vieux grand-père.

Peut-être qu’au printemps, un oiseau débonnaire,
Lui fera la faveur de se poser sur lui
Lançant à ses amis, un peu moins téméraires :
« Venez, vous voyez bien, on peut y faire un nid ! »

Texte de Josette Vincent

L'arbre l'hiver, ou l'hiver de l'arbre, par Yvette Balard

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Quercus robur, par Hervé Tiger, CC BY SA

Dans les champs, les arbres noirs emmantelés de brouillards ressemblent à des fantômes. Quand la bise souffle sur les landes, les branches crispées gémissent tout doucement. Arbres figés par l’hiver , la sève vitale ne monte plus dans le tronc, ils ne cessent de fantômer. Avec le froid et l’air mordant, c’est à peine si l’arbre remue ses moignons et ses branches déformées ; il étire ses bras noirs raidis par les rhumatismes. Il prie le ciel. Qui a volé le soleil ?

Face au combat que lui mène l’hiver, il se résigne dans un dépouillement total. Ce squelette semble être un symbole, symbole de l’espérance.

Aujourd’hui tout s’est renversé. Jour de revanche ? Du fait de la bise piquante et de ses baisers, les flocons de neige restent collés aux branchettes les plus fines, les plus petites, les plus verticales. L’arbre scintille. Ses bras se dressent dans le ciel gris de l’hiver. L’eau gelée du moindre cristal s’illumine et resplendit comme un petit miroir. Fleur inverse ? Je ne sais pas ! Mais… décor étrange, fantastique ; beauté indescriptible, imperceptible peut-être ; monde irréel qui couve toujours et encore. Des branches mortes apparemment, dès le printemps va renaître un épais costume vert, annonciateur de fleurs et de fruits, couronnement de l’été et de l’automne.
Comme l’homme, l’arbre porte sur lui, le poids des saisons et des années.

Texte de Yvette Balard

L'arbre géant, c'est sur ! ...mais, en bois ! par Yvette Balard

ARBRE : un mot qui fera certainement naître des images et des souvenirs dans notre tête. Chacun a dans son inconscient l’image d’un arbre vénérable, majestueux, un platane, un chêne, un hêtre d’une taille admirable.

Dans la tiédeur d’une soirée printanière, les senteurs enivrantes des tilleuls ou des acacias en fleur peuvent avoir le même effet que la madeleine de Proust.

Nous connaissons tous un arbre remarquable, un arbre de mémoire. Pourquoi celui-ci? Pourquoi cette espèce ? Pourquoi là ? à côté de cette église, dans ce cimetière; à ce carrefour ou bien sur cette colline ? Depuis quand y est- il ? Aujourd’hui encore : amer, (repère), limite ou abri?

Il fait partie du paysage et du patrimoine.

Arbres qui guérissent; arbres de légendes, de contes; de mythes…Arbres plantés pour une naissance et qui grandissent avec l’enfant mais qui restent quand le jeune quitte la maison. Arbres pour marquer une route, un chemin de pèlerinage, une draille ou pour faire de l’ombre sur les places des villages…

Ah ! S’ils pouvaient parler !

Quand j’étais jeune il y avait dans la ville une avenue bordée des deux côtés de marronniers majestueux. Ils pouvaient prodiguer une ombre épaisse sur les trottoirs et sur la chaussée. Combien de charrettes, combien de charretiers s’y sont arrêtés pour souffler un peu, reprendre haleine dans la grande chaleur de l’été ?

Et maintenant? Pauvres arbres de nos villes ! Même s’ils participent à la qualité de l’environnement, même s’y abritent des oiseaux ou des insectes ils ont perdu toute valeur de producteurs de bois. Souvent les racines s’accrochent entre les pierres dans une terre pauvre que l’eau ne peut atteindre tant le tronc est serré dans un corset de béton ou de goudron. Que dire des déjections des animaux de compagnie, trop abondantes ou des éclaboussures salées quand les rues sont couvertes de neige ou de glace. Et les coups des pare-chocs car tous les conducteurs ne sont pas d’adroits professionnels !

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Melia azedarach, par Anne Vincent, CC BY SA

Au tout début du printemps dès que les rayons du soleil printanier caressaient les branches nues, les bourgeons gonflés de sève faisaient éclater les petits corsets. Les écailles grises, doublées d’un abondant velours s’écartaient afin que les grappes blanches puissent se déployer. Fleurs de marronnier ! Les premières après le froid de l’hiver, promesses de ciel bleu , de chaleur et de jours meilleurs. Fleurs ensorceleuses après la grisaille et la froidure. Premières fleurs pour les abeilles qui se r éveillent d’une nuit de quelques mois.

Hélas, comme toujours, la fleur arrive avant le fruit. Les marrons, tiens, aujourd’hui les humains ne les aiment pas trop. Les enfants n’en ont pas besoin pour fabriquer des jouets. Comme tous les corps terrestres, un marron obéit à la loi de la gravitation universelle et il tombe… Souvent les coups de vent du marin ou de l’autan les aident à se décrocher de l’arbre maternel. Les marrons ne tombent que pendant quelques jours, hélas ce sont quelques jours de trop. Ils chutent aussi bien sur un chariot que sur le capot ou la carrosserie d’une jolie voiture neuve.

Aie ! Aie ! Aie ! Les dégâts ! Il faut faire quelque chose ! On prend une décision radicale. Tous les marronniers sont arrachés ! Sainte Voiture Priez pour nous !

Il ne faut cependant pas croire que les marronniers soient seuls à être mal aimés et à payer pour les autres. Je me rappelle encore ces mûriers au tronc creux, au feuillage épais qui recouvraient le sol de mûres rouge-noir, blanches parfois. Ces mûres aqueuses, juteuses rafraîchissantes dans la grande chaleur estivale, nous les laissions s’écraser sous la langue autant pour la soif que pour le plaisir. Hé bien ! Les mûres parterre, ça s’écrase; ça tache, ça attire les mouches et les guêpes en quête de sucre, ça n’est pas joli. Quelle solution me direz-vous ? Les ingénieurs ont inventé des mûriers qui ne produisent pas de mûres. Pauvres arbres ! Que mangeront les oiseaux ?

Pour la même raison les ginkgos femelles sont maintenant exclus des parcs. Et certains platanes, plantés au bord des routes par nos aïeux ; pour donner de l’ombre, autant les abattre, ils pourraient traverser la route.

N’oublions pas qu’encore aujourd’hui, pour faire un joli arbre feuillu et majestueux, il faut toujours trois cents ans de culture passionnée. Si avec sa petite hache de pierre, un homme du néolithique avait besoin d’une demi-journée, il suffit maintenant de trois minutes à un homme pour l’abattre avec une tronçonneuse. On parle de progrès ?

(Texte extrait de : Arbres de chez nous entre sciences et contes, Yvette Balard, 2017 Edition Grelh Roeràs).

Quelques mots sur l'article et les auteures

Ces textes ont été rédigés par Josette Vincent et Yvette Balard.

L’article fait suite à l’appel à contribution pour écrire des articles sur les arbres, qui est maintenant terminé. Toutefois, si le thème vous intéresse, n’hésitez pas à publier vos articles à ce lien ou sur le forum du projet Auprès de mon arbre, qui regroupe plusieurs observatoires citoyens sur le thème de l’arbre ! A très vite !

5 commentaires

  1. Merci de me faire plaisir en publiant mon poème sur l’olivier… Je viens de vous numériser 2 dessins
    pour »auprès de mon arbre: une de mes aquarelles ( châtaignier de la forêt du Mas de Layre )et un dessin à la plume de mon mari : un amandier mort vu aux abords de Sénanque où se trouvent des bories anciennes.
    Je vous signale que l’image choisie pour l’article Précédant est un lilas de Perse dont les fruits sont très nocifs pour les abeilles et pour l’homme.
    A quand un défi normal sur les fleurs sauvages ? Bon Printemps à tous…

    1. Très beau poème pour cet arbre , emblème de la Provence. Que serait la Provence sans le feuillage argenté des oliviers qui accueillent en été le chant entêtant des cigales. Arbre magnifique qui accompagne l’homme depuis des millénaires, symbole de paix avec ses rameaux, aux fleurs discrètes et parfumées. C’est un très bel hommage qui lui a été rendu avec ce poème. Serais-tu en Provence ? En tout cas un grand merci

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