La forêt, un super organisme

Cette semaine, la forêt et les arbres sont mis à l'honneur dans des articles sur Futura Sciences, Le Monde et Sciences et Avenir autour de l'étude d'une souche de conifère en Nouvelle-Zélande. Voici l'occasion pour nous de parler des observatoires citoyens autour de l’arbre avec le projet "Auprès de mon Arbre" de Tela Botanica.

Trois articles sur l'étude d'une souche de kaori en Nouvelle-Zélance

  • « L’arbre zombie qui pourrait changer notre regard sur la forêt », un article du Monde

« La découverte en Nouvelle-Zélande d’une souche maintenue en vie par les arbres environnants de la même espèce invite à considérer les forêts comme des « superorganismes » vivants. Les arbres nous ont-ils longtemps caché la vraie vie de la forêt ? Dans une forêt d’arbres kauri, une espèce emblématique de Nouvelle-Zélande, au bord d’un sentier prisé des promeneurs de la région d’Auckland, le botaniste Sebastian Leuzinger et son collègue Martin Bader ont découvert ce qui s’apparente à une souche d’arbre zombie, le reste bien vivant d’un arbre mort. « N’importe qui penserait simplement que la souche est morte. Elle a l’air morte en effet, mais si on regarde d’un peu plus près, on peut voir des tissus vivants. Nous nous sommes donc demandé : “Si cette souche n’est visiblement pas morte, mais alors comment vit-elle ?” », a raconté au New York Times M. Leuzinger. »

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  • « Un arbre maintenu en vie par les autres : la découverte qui change notre regard sur la forêt », un article de Sciences et Avenir

« Au cours de ses ballades dans les forêts de conifères de l’île nord de Nouvelle-Zélande, Sébastian Leuzinger, un professeur de l’Université de Technologie d’Auckland s’est brutalement posé une question épineuse : pourquoi diable la souche qu’il avait devant les yeux n’était-elle pas morte ? Normalement, sans feuilles ni branches, un bout de tronc doit se dessécher et être décomposé par les insectes. Ce n’était pas le cas de ce tronçon de Kauri (Agathis australis) encore vert malgré une coupe ancienne. La réponse à la question fait l’objet d’un article paru le 25 juillet dans iScience. Elle invite à changer le regard sur ce que sont les forêts : non pas une succession d’individus, mais un seul et immense organisme.

Les arbres sont naturellement connectés entre eux par le tentaculaire réseau des champignons dont les filaments (appelés hyphes qui pèsent en moyenne 1,7 tonne par hectare de forêt) captent les nutriments du sol pour les échanger avec les sucres fabriqués par les végétaux à partir de la photosynthèse. Cette symbiose se double de greffages entre racines des arbres. Ces greffes s’opèrent au sein des racines d’un même individu pour assurer sa stabilité, au sein d’arbres de la même espèce et entre espèces différentes. Ils s’échangent ainsi de l’eau, des sucres et de la matière organique. 150 espèces d’arbres angiospermes (à fleurs) et gymnospermes (les résineux) ont démontré cette capacité. »

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  • « Cet arbre en apparence mort vampirise les ressources de ses voisins », un article sur Futura Sciences

« Une souche de kaori apparemment morte parvient pourtant à produire du tissu calleux en suçant la sève, durant la nuit, des arbres vivant alentour. Cette étrange symbiose racinaire pourrait amener à reconsidérer notre définition même de l’arbre.

C’est un arbre mort au milieu d’une forêt en Nouvelle-Zélande. Il n’a plus de branches, plus de feuilles, et ne produit plus aucune photosynthèse. Cette souche de kaori (Agathis australis), un conifère géant pouvant mesurer jusqu’à 60 mètres de haut, continue cependant à avoir une activité en « vampirisant » les ressources de ses voisins grâce à ses racines.

Cette souche zombie a attiré l’attention de deux chercheurs de l’université d’Auckland, qui ont constaté qu’elle continuait à suinter de la résine et présentait une excroissance de tissu calleux, laissant entendre que l’arbre n’était pas si mort que ça. Ils ont alors équipé la souche de capteurs pour mesurer le flux d’eau circulant dans le tronc, et ont découvert une drôle d’activité souterraine : durant la journée, lorsque les arbres alentour transpirent, la souche est totalement inerte. Mais la nuit venue, ou lors de jours très pluvieux, elle se réveille et la sève circule dans ses vaisseaux. »

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APA : des observatoires citoyens autour de l'arbre

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L'écosystème Auprès de mon Arbre !

Ces actualités sont l’occasion de se pencher sur le projet « Auprès de mon Arbre » (APA) lancé par Tela Botanica. ! « Auprès de mon Arbre » a pour objectifs de rassembler les observatoires citoyens autour de l’arbre, mais aussi de vous permettre de vous informer et d’échanger sur toutes les actualités liées aux arbres. Si vous vous intéressés aux arbres et aux forêts, rejoignez les observatoires citoyens et faites avancer la connaissance botanique !

Les observatoires citoyens autour de l’arbre :

Vous portez ou connaissez d’autres observatoires en lien avec les arbres ? Remplissez ce formulaire pour le proposer à la liste.

15 commentaires

  1. Très intéressant. Sur les 3 articles (liens proposés), c’est celui de Sciences et Avenir qui me semble le plus objectif. Celui de Futura Sciences fait dans le sensationnel et tombe dans l’erreur en suggérant que la souche aurait connecté ses racines aux autres pour survivre, alors qu’il est clair que le réseau racinaire interconnecté était déjà en place avant de la chute du kaori (cf article de S&A). Ce n’est pas non plus une nouvelle découverte, les botanistes connaissent les anastomoses aériennes et souterraines depuis plus longtemps que cela n’apparait dans les articles.

    La souche n’a pas de gros besoins pour survivre, la communauté de kaoris a donc tout intérêt à conserver l’intégralité du réseau racinaire, et donc à entretenir la survie de la souche. Il s’agit d’une orchestration bien rodée entre arbres de la même espèce, sans « vampire » ni « zombie » (n’importe quoi). C’est souvent notre approche (indivi)dualiste qui nous fait faire des erreurs d’interprétation.
    J’ai la chance d’avoir sur mon lieu de travail (entre autres), une plantation d’Araucariaceae composée de kaoris (Agathis spp) et de pins colonnaires (Araucaria spp) de Nouvelle-Calédonie. Il y a plus de 15 ans, un des kaoris avait été coupé et quelques pins étaient tombés. Leurs souches présentent aujourd’hui l’aspect d’une branche coupée et cicatrisée, tout comme comme la souche de kaori néo-zélandais.

    L’article m’a permis d’apprendre l’alternance des rôles entre le jour et la nuit.

    1. J’ai depuis longtemps constaté ce phénomène , Dans un premier temps j’ai vu toute une rangée de cyprès en bord de mer dont les racines avaient été dégagées par l’érosion et dont les racines étaient anastomosées.
      Ensuite un cyprès que j’avais abattu a continué à vivre ,à secréter de la résine et aussi fabriquer du tissu cicatriciel sur la plaie et aussi le même phénomène sur des pins que j’ai en partie abattus.
      Ma conclusion c’est que les arbres possédant encore des parties feuillées possèdent beaucoup de racines et poussent plus vite.
      C’est utilisé en regroupant plusieurs petits arbres que l’on greffe entre eux en gardant à terme une seule tête , on obtient un arbre avec un super système racinaire qui pousse très vite.

  2. Propositions alléchantes et très à la mode, mais la forêt n’est pas un « super-organisme »
    C’est une complexe communauté d’espèces et d’essences en compétition contraintes,
    pour leur survie, à de « petits arrangements entre concurrents ». A+B (+voire C) peuvent proliférer en prenant le « pouvoir  » sur le terrain au dépens de D et E.
    Il n’y a pas beaucoup de poésie dans tout ça. Il n’y a surtout aucune empathie ni
    projet de coopération.Il y a les contraintes du milieu.
    Il n’y a pas plus de « projet » fut-il « intelligent » que de logique. Les conditions changent
    sans arrêt et sans prévenir. Les ammonites l’ont payé de leur vie
    Heureusement pour la biodiversité, les ratés de la reproduction conforme ouvrent la voie
    à l’ inattendu, la nouveauté, l’impensable trois jours avant.
    Nous sommes ici grâce à un nombre incalculable d’erreurs.
    Il me serait agréable que Tela Botanica évite ces dérives « déistes » ou  » intelligent design »
    de voir la forêt, la savane, l’océan, la banquise comme des entités « intelligentes » où prévaut
    la coopération.
    Cordialement

    1. Grenouillette, bonjour.
      Il n’y a aucun jugement péremptoire. Il y a l’évidence.
      Je vous conseille la lecture de « l’origine des espèces » de Charles Darwin,
      « Le gène égoïste » de Richard Dawkins et « Le pouce du panda » de Stephen Jay Gould.
      On ne sort pas de Dieu en le remplaçant par un succédané naturaliste.
      La vie, c’est merveilleux, OK. Cependant, c’est tout sauf généreux. C’est de la chimie rendue possible par les conditions physico-chimiques de notre petite planète.
      Si le châtaignier et le cèpe cohabitent, ce n’est par amour ou respect de l’un à l’égard de l’autre. C’est parce que leur cohabitation n’est nuisible ni pour l’un, ni pour l’autre.
      Les forêts, comme les océans sont des lieux où la vie en totale précarité innove pour se maintenir. Ce au prix d’adaptations parfois cruelles.
      Le « monde naturel » promu par les adeptes de la « forêt, méta-organisme » relève de Walt Dysney, pas de la science.
      Il reste beaucoup de chemin à faire entre passion et raison.
      Je m’y essaie.
      Cordialement.

  3. Hêtre ou ne pas être.
    Le livre dont vous parlez est le prototype des documents dont il faut se méfier.
    De bonnes et sérieuses observations. Plein de vérités. Un schéma plutôt alléchant.
    Cependant les champignons n’ont pas de relations « sympas » avec les arbres. Le hêtre
    organise le vide végétal autour de lui. Les fabacées enrichissent les sols mais veillent
    à limiter la venue d’autres essences. Les cyprés et autres juniperus empoisonnent
    les sols pour limiter la concurrence…
    Les associations, nombreuses,originales et performantes ne sont jamais guidées par
    l’altruisme, la générosité, l’empathie… Tout cela relève d’une vision anthropocentrique
    de la e nature. Chaque espèce ne vise qu’à sa propre survie
    La Nature n’est ni « bonne », ni « généreuse »,ni « productrice de bien être « …Elle est , point.
    C’est sans doute parce que nous la saccageons sans scrupule que nous la .
    déifions.
    Gare, les dieux quels qu’ils soient, n’ont jamais vraiment aidé à une lecture intelligente du
    monde.
    Au plaisir.

    1. Bonjour Monsieur,

      Essayons tout d’abord d’éviter le piège linguistique. En effet, nous humains, utilisons un langage conceptuel pour communiquer entre nous. Or cette couche de conscience verbale, structurellement dualiste, est devenue un filtre psycho-social, une distorsion, une interprétation de notre perception sensorielle, elle-même conditionnée par l’évolution. Autrement dit, quoi que nous disions sur la nature, c’est forcément anthropomorphique, y compris votre description ou interprétation nettement dualiste de la nature. Lorsque je qualifie une relation naturelle de généreuse, cela reste une approximation verbale décrivant un ensemble de faits que je perçois comme reliés les uns aux autres et auxquels j’assimile le mot générosité avec toutefois un sens élargi à une certaine notion de sacrifice (je développerai quelques exemples un peu plus loin).

      Cela étant posé, vous et moi sommes des produits de la même nature, du même univers, et à ce titre, tous les êtres sont fondamentalement reliés (visiblement ou invisiblement, consciemment ou inconsciemment), j’allais dire tous faits du même bois, uniques et unis. C’est peut-être l’évidence de cette unité qui s’est pratiquement effacée de notre conscience humaine, chassée par nos sempiternelles divisions et notre envie hégémonique et bizarre de faire « bande à part ».

      A mes yeux, la compétition agit plus comme un processus d’exaltation mutuelle, bénéfique à chaque espèce considérée, que comme une mise à mort instantanée de l’une d’entre elles…
      Le foisonnement même de la vie et du cosmos peut aisément être qualifié de généreux, ainsi que la diversité des relations et des stratégies comportementales.
      Les arbres produisent souvent bien plus de feuilles qu’ils n’en ont vraiment besoin. Nombre d’entre elles seront « sacrifiées », partiellement consommées par des chenilles, elles tomberont prématurément avec les déjections des larves, et enrichirons la litière… C’est ce que j’appelle la générosité du parasite, et évidemment ce ne sont que des mots utilisés pour décrire imparfaitement des faits…
      Il y a aussi les millions de poissons, de crevettes, de bébés tortues, d’insectes… sacrifiés en quelques minutes par l’appétit vorace de quelques prédateurs. Sans ces derniers, les proies seraient confrontés à la surpopulation, mettant en péril la survie de leur espèce ou d’espèces associées… Dans la nature, la générosité et le sacrifice fonctionnent souvent ensemble et rarement à un niveau individuel ce qui modifie le sens habituel donné à ces mots.
      Nous voyons donc qu’en voulant catégoriser trop rapidement des relations observées partiellement, on obtient une interprétation cloisonnée et erronée, la faute à la structure dualiste de notre pensée conceptuelle, qui fait l’originalité mais aussi la dérive de notre espèce.

      Au delà de nos perceptions et interprétations limitées, il semble assez évident que l’univers et sa nature ne peuvent être totalement appréhendés par la raison. La beauté gratuite et généreuse d’un récif, d’un paysage, d’un chant d’oiseau ou d’un coucher de soleil existe bel et bien, il s’agit d’une « expérience » non dualiste, une expérience où l’observateur se confond avec son observation, vivant l’unité. Merci au mystère et à l’inconnaissable, puissent-ils remettre notre prétention intellectuelle à sa petite place en libérant notre compréhension de son carcan verbal.

  4. Stéphane, bonjour.
    Votre texte est à la fois intelligent, très bien écrit, sensible…mais au delà de cette appréciation très sincère, je ne peux m’empêcher de contester votre anthropocentrisme récurent.
    Si vous me le permettez, je reprends votre écrit.
    Il est très rassurant de penser à la « merveille » de la vie.
    Vous me taxer aimablement « d’interprétation nettement dualiste de la nature ». J’avoue ne pas bien saisir le dualisme. La nature est, j’en fais partie, mais elle n’est ni bonne ni généreuse à mon égard. J’ai du bol d’être encore là. Et ça, c’est une question qu’un lion ou une asphodèle ne se poseront jamais.
    Votre qualification de « relation généreuse » fut-elle une approximation verbale tente de justifier
    d’obligatoires et incontournables relations d’écosystèmes…Ont-elles besoin de nous et de notre compassion coupable?
    Ces relations existent, elles son prégnantes, mais est-il nécessaire de leur attribuer un sens?
    Un peu plus loin, vous évoquez la « générosité » en la reliant au sens du « sacrifice ». La générosité n’est jamais un sacrifice, c’est un arrangement.
    Vous me dites que nous sommes « produits de la même nature », ok, mais vous vous avancez quand vous ajoutez du « même univers ». Que savons nous des conditions physico-chimiques chez notre voisine Proxima du Centaure? Et les autres, alors?
    Nous cohabitons, mais ne sommes en rien « consciemment reliés ».C’est un fait. Nous, humains pouvons le penser, le décrypter, l’analyser, le comprendre. Nous devrions, en connaissance de cause prendre garde de ne pas tout gâcher.
    Nous sommes tous « du même bois, uniques et unis », du point de vue du biologiste, bien sûr, mais tellement différents. Je ne vous souhaite pas une vie d’epeire diadéme ou de vespertillon!
    Enfin ,vous évoquez la perte des feuilles, la mort des chenilles…il n’y a pas de « sacrifice », chaque feuille, chaque chenille était « programmée » pour réussir. Chacun de nous perd des milliers de cellules par jour. On ne va pas pour autant au cimetière!
    Le problème de la « vie », c’est la mort. Le merveilleux récif que vous évoquez, n’en a rien à faire: il est de pierre.
    Par contre, les « colocataires » sont tous en danger. Ainsi va la vie. Au gré des vagues, il n’y a pas de sens!
    Le chant des oiseaux n’ a qu’une vocation territoriale ou de « séduction ». Avez-vous remarqué que début août on ne les entend plus. Pourtant qu’il est beau en juin, le chant du rossignol ou celui de la fauvette.
    Un poète peut chanter des louanges toute l’année, pas un rossignol pour qui c’est uniquement à vocation reproductrice.
    Le plaisir d’un coucher de soleil n’est pas dualiste. Il n’émeut que celui qui pense que la « nature » est « belle ». Un castor ou une marguerite n’en auront ( et tant mieux?) jamais conscience.
    C’est parce que nous avons le privilège de cette fragile science, que nous sommes « responsables » de l’avenir de notre planète.
    Je le répète votre texte est très bien écrit, sensible… Mon propos peut vous paraître insensible, il ne l’est pas. Nous avons besoin de gens comme vous même s’il ne faut pas confondre passion et raison.
    Au plaisir de vous lire.

    itre insensible, ru

    e

    1. Bonjour Jean,
      je voulais simplement vous dire que j’ai bien lu votre réponse et je vous en remercie.
      Je ne souhaite pas entrer dans un débat argumentaire conflictuel et/ou stérile, je n’ai personne à convaincre, et tout comme je vous comprends, je m’attends juste à une compréhension de votre part.

      Il est bien sûr plus que probable que la beauté naturelle perçue par les humains ne le soit effectivement pas par l’ensemble des êtres vivants. Pourtant cette beauté peut être perçue par tout être humain, et sauf s’il n’est pas réceptif au bon moment, chacun d’entre nous peut s’extasier en présence d’un coucher de soleil, de sommets enneigés, d’une cascade spectaculaire, d’un banc de poissons multicolores… Nul besoin de « penser » que la nature est belle, nul besoin de penser tout court. Nous sommes faits ainsi : notre sensibilité humaine inclut la perception innée de la beauté. C’est l’instant suivant, quand la pensée reprend le dessus et que l’observateur se sépare de son observation, que les problèmes commencent. Car alors nous commençons à vouloir mettre des mots sur ces perceptions. La sensation instantanée est devenue un souvenir. La pensée en tant que phénomène de projection, ne peut appréhender la perception instantanée qui lui est étrangère. J’entends par pensée l’ensemble fonctionnel de l’esprit qui consiste à fabriquer des images et à les faire interagir entre elles. La pensée ne traite que le passé, ne fut-ce que le dernier instant.

      Il nous reste maintenant à découvrir si la beauté fait quand même partie de la nature alors qu’on peut affirmer que tous les êtres vivants n’y sont pas sensibles ou ne la perçoivent pas comme nous (chaque espèce développe son propre champ perceptif et qui chevauche plus ou moins celui des autres espèces). Il me semble assez cohérent de dire que les espèces qui ne semblent pas en capacité de percevoir la beauté naturelle, en font souvent partie. La beauté émane de ces êtres. Nul besoin d’y croire, au contraire : les croyances émoussent et conditionnent la sensibilité. Il s’agit de voir en toute simplicité, laisser faire la nature de l’esprit. Celui-ci sait se débrouiller sans la pollution de la pensée. Encore une fois, la nature n’utilise ni mot ni concept, elle ne sépare les choses qu’en apparence, et cet univers n’est pas fait d’objets mais de relations énergétiques infinies.

      Habitant en Nouvelle-Calédonie, mes oreilles peuvent se délecter du chant des oiseaux toute l’année. Quelle compréhension avez-vous de la recrudescence de chants d’oiseaux en fin de journée ? Ce n’est pas parce qu’il y a un motif rationnel derrière un comportement qu’il n’en n’est pas moins beau.

      Merci pour votre conseil de lecture, pour ma part je vous encourage à toutes sortes d’expériences sensorielles en pleine nature, en laissant votre raison sur pause si vous y parvenez.

      Amicalement

  5. Stéphane, je m’efforce de vous comprendre. Vos propos sont séduisants, je les sens sincères et en prise avec un vécu authentique. Je ne cherche pas, moi non plus, une vaine polémique. Je tente simplement de dire qu’alors que nous sommes, je le crains, les seuls êtres vivants portant un regard d’ensemble sur la biosphère, avec une connaissance naissante (il aura fallu du temps et des ravages) des incontournables liens, inter-dépendances, liaisons dangereuses parfois mais obligatoires…qui permettent notre vie…nous sommes encore dans cette vision de la nature comme un don de Dieu, placée là pour notre confort . Nature dont nous pouvons mesurer tous les jours la prodigalité, au point de la déifier et d’oublier que si une cascade ou un coucher de soleil sont objectivement beaux, la vie, elle même, est terriblement difficile pour tous les êtres vivants. Cette belle fleur qui nous enchante risque, sitôt ouverte et offerte, les outrages du vent et de l’orage, les saccages de la boulimie du cétoine ou du xylocope, la dent du chevreuil, le piétinement inutile du naturaliste promeneur…Sa fécondation, si elle a lieu, lui coûte très cher et pour y parvenir, elle doit subir bien des avanies et des camouflets. Qu’importe, elle est là pour ça… Vous parlez d’un projet !
    Pareil pour le carnivore qui prend le risque de morsure, ruade, coup de corne, venin, vaine poursuite …pour espérer apaiser sa faim en profitant enfin d’une viande coriace, salie de terre dont le gain énergétique est souvent bien faible au regard de celui de sa conquête…Vous parlez d’un projet !
    Nous sommes, semble-t-il, les seuls à pouvoir nous émouvoir du spectacle du Monde et de sa biosphère.Nous avons tous un petit quelque chose qui nous raconte le miracle merveilleux de la vaillante et gratuite coopération entre êtres vivants. J’ai moi aussi, un bel exemple d’anastomose entre deux glycines distantes de plusieurs mètres. C’a fait plus de dix ans que celle sacrifiée, car malvenue, renvoie en surface une tentative de renaissance…grâce à l’autre?
    Il n’est pas simple pour l’humain conditionné par l’image de sommet de la Création instillée par les religions, d’accepter que sa vie dépend, au delà des conditions physico-chimiques de son environnement , aussi des lombrics, des bactéries du sol,de celles de son intestin, des insectes pollinisateurs, des grands prédateurs…
    Je peux vivre sans cicindèle, sans papillon apollon, sans sauge des prés ou sans blaireau et loup…mais je devrais mesurer ce que je perds à chaque extinction. Dois-je ajouter au cruel tri de l’aventure de la Terre les conséquences de mon inconséquence ?
    Je pense donc j’observe et je sais. Cette conscience m’oblige. Les couchers de soleil seront toujours beaux, mais comment les regarder si les « magnifiques » guêpiers, calosomes, asphodèles,
    euphraises…ne sont plus là ?
    S’émerveiller des nombreuses,denses, compliquées,étonnantes…relations entre les êtres vivants ne doit que nous ramener à un brin d’humilité: nous ne sommes rien, mais vraiment rien, sans notre environnement minéral et biologique.
    C’est carré, indubitable, sèchement cartésien…et pourtant, comme vous, Stéphane, je m’émeus de ce tapis ouaté de neige fraîche sur la table du jardin un matin de février…
    Cordialement.

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