Glanes étymologiques : Mirabilis jalapa et Ipomoea purga

Quand la belle de nuit nous fait voyager (virtuellement) au Mexique et côtoyer une ipomée purgative jadis réputée...

La belle de nuit suscite l’étonnement pour la diversité de couleur de ses fleurs. Sur une même plante, on peut voir des fleurs de couleur différente, ou diversement panachées ou striées. Dans Hortus cliffortianus (1738), Linné s’épanche en un éloge dithyrambique :

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Mirabilis jalapa 'bicolor' par C T Johansson (WC, CC-BY-SA)

La belle de nuit suscite l’étonnement pour la diversité de couleur de ses fleurs. Sur une même plante, on peut voir des fleurs de couleur différente, ou diversement panachées ou striées. Dans Hortus cliffortianus (1738), Linné s’épanche en un éloge dithyrambique :

Cette plante est merveilleuse (mirabilis), car elle peut produire toutes ses corolles diversement colorées sur une même plante, comme l’impatiente. Cette plante est merveilleuse par son fruit, dont le nectaire est placé sur la corolle et couvre la semence en persistant durci. La racine est merveilleuse, car elle est connue depuis un certain temps dans les pharmacies sous le nom de jalap et comme plante de jardin sous le nom de Mirabilis, bien qu’elle ait pu cacher sa parenté au temps de Munting et de Plumier. Cette plante est merveilleuse car elle offre des fleurs aussi brillantes à la nuit noire, et les ferme au jour serein, ce qui l’a fait appeler joliment belle de nuit, soit pulchra per noctem par les Salle (?). Cette plante est merveilleuse car elle a imposé aux premiers botanistes de façon étonnante le fait qu’ils puissent arriver difficilement à la multiplier sous un seule forme. (trad. MC)

Appelée Jalapa par Tournefort (1694), Admirabilis Peruana par de l’Ecluse (1601) ou Mirabilis Peruviana par Parkinson (1629) et Ray (1686), tous les botanistes s’extasient devant les fleurs.

Mais il est possible que ce caractère « merveilleux » soit en fait dû à la « purge merveilleuse » que procurait le vrai jalap, Ipomoea purga. Monardes (1565), le premier médecin à décrire des plantes américaines, parle ainsi des « obras maravillosas » que procure le jalap, qu’il appelle Ruybarbo de las Indias ou raíz de Mechoacan, qui est ensuite devenu la purga de Jalapa (ou Xalapa), ou brièvement jalapa. A cette époque, la purge était le nec plus ultra de la médecine, et le jalap s’est imposé pour son efficacité

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Ipomoea purga par Köhler's Medizinal-Pflanzen, 1897 (WC)

Comme le décrit longuement Monardes, le jalap a vite joui d’une grande faveur en Europe, et était exporté via le port de Jalapa au Mexique. Les Européens ne l’ont connu au départ que sous forme de racines, ce qui explique la confusion entre le jalap et la belle de nuit, qui n’a pas les mêmes vertus médicinales.

Comme on l’a vu, Linné pensait en 1753 que Mirabilis jalapa était le vrai jalap. En 1767, il corrige son erreur en publiant le nom Convolvulus jalapa. Hélas, par les hasards de la typification, ce taxon, aujourd’hui Ipomoea jalapa (L.) Pursh, est considéré comme une espèce différente. Le vrai jalap s’appelle donc Ipomoea purga (Wender.) Hayne. L’espagnol purga de Jalapa a ainsi donné deux épithètes botaniques.

3 commentaires

  1. je possède des Mirabilis jalapa bicolore dans mon jardin et je découvre que c’est une plante médicinale ; merci bien ; je vais juste ajouter pour ceux qui n’en n’ont pas qu’elle possède un parfum suave qui change avec la couleur des fleurs notamment les jaunes panachées sentent le miel et les blanches striées ont une odeur proche de la rose rose quant aux fleurs fuchsia bicolores c’est un exquis parfum doux et sucré un peu comme le jasmin hummmm…….

    1. En cours de génétique, on nous a appris que le fait qu’il y ait deux couleurs sur une même corolle, (panachure) venait de deux mutations (deux gènes) l’un rouge qui est celui de la plante botanique, ancestral, et l’autre jaune qui est une mutation. Cette mutation est co-dominante avec le rouge (rosé), donc aucune des deux couleurs ne prend le dessus, mais aucune ne se mélange, la cellule du pétale montre des zones de coloration délimitées, … quand on n’a que les gènes du rouge, (homozygote pour le rouge, on a un rouge ancestral) quand on a deux gènes mutés jaunes, on a une fleur jaune, et quand on a les deux ensemble, un gène rouge un gène jaune, on a une floraison panachée … ce qui indique aussi que le jaune est sur le même endroit que le gène rouge, les mutations sont allèles … (posées sur le même locus)

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