Cambodge : le « pandanus maritime »

Nous vous invitons à découvrir aujourd’hui une espèce de pandanus fort appréciée au Cambodge, pour ses usages multiples et pour son parfum.

A l’occasion d’une récente excursion sur la côte méridionale du Cambodge, après un savoureux déjeuner dans l’un des nombreux restaurants populaires établis aux abords du fameux marché aux crabes de Kep, donnant sur le Golfe de Siam, le groupe d’une dizaine de personnes dont je faisais partie a choisi d’aller se détendre et prendre un café dans un autre endroit renommé de la petit ville côtière : le « Sailing Club » de Kep.

Le temps était clément, la température agréable, et la vue sur le Golfe du Siam tout à fait dégagée. J’ai profité de l’occasion pour observer d’un peu plus près les jolis spécimens de l’arbre que les Cambodgiens appellent « pandanus maritime » (រំចកសមុទ្រ [rum-chek samot]), ou simplement « pandanus » (រំចេក [rum-chek]), plantés dans la cour sablonneuse du Sailing club. Cette espèce est connue en anglais sous le nom de « pandanus » ou de « screw pine », et porte le nom binomial de Pandanus odoratissimus (synonymes : P. tectorius, P. odorifer).

Un spécimen de Pandanus odoratissimus dans la cour du Sailing Club de Kep

Cet arbre, petit à moyen (il peut mesurer de 8 à 14 mètres), aime les « plages sableuses du bord des mangroves et le long des cours d’eau », explique Pauline Dy Phon dans son Dictionnaire des Plantes utilisées au Cambodge. Les longues et étroites feuilles, aux nervures principales parallèles, sont appréciées pour leurs fibres textiles. On les utilise notamment pour fabriquer des nattes. Les graines sont comestibles. D’après les informations fournies sur PROTA (Plant Resources of Tropical Africa, Ressources végétales de l’Afrique tropicale) (ici), on peut aussi consommer, après cuisson, la pulpe des énormes fruits très parfumés, de couleur orange à rouge à maturité. Au Cambodge, cependant, la pulpe n’est pas consommée, mais elle entre dans la composition de différentes préparations médicinales. Dy Phon précise encore qu’à partir du pollen et des bractées florales très odorants, on peut fabriquer un parfum qui, mélangé à l’huile de noix de coco, sert de cosmétique. Seules les fleurs mâles sont puissamment parfumées.

Fruit mûr

D’après la Flore photographique du Cambodge de Mathieu Leti et al., la racine (préparée en décoction selon Pauline Dy Phon) serait antidiabétique et fébrifuge. PROTA est plus loquace quant aux usages médicinaux de l’espèce : « En Asie, les racines sont utilisées pour traiter les maladies de peau, les ulcères, la dyspepsie, le diabète, la fièvre et la lèpre, et elles sont également considérées antipyrétiques, expectorantes et diurétiques. Les feuilles sont utilisées comme cardiotonique et purgatif, et seraient utiles contre la lèpre, la variole, la gale et les pathologies cardiaques et cérébrales. L’inflorescence mâle est considérée comme cardiotonique. L’attar [parfum fabriqué à partir des inflorescences mâles] et l’huile de kewda [nom indien de l’espèce] sont considérés comme stimulants et antispasmodiques, et sont utilisés pour traiter les maux de tête et les rhumatismes. »

Le végétal se distingue par un tronc courbé, annelé, de couleur grise, de la partie inférieure duquel partent des racines aériennes qui se fichent solidement dans le sable et viennent supporter l’arbre. Les feuilles sont disposées en spirales. L’espèce est dioïque.

Racines aériennes

PS : Profitons de notre passage dans la jolie ville de Kep pour dire un mot de l’une des spécialités régionales : les « rizières de sel » (ស្រែអំបិល [sraè âm-bil]). Le mot khmer « sraè » désigne exactement la rizière inondée, entourée de ses diguettes qui retiennent l’eau indispensable à la culture du riz inondé. En khmer, cultiver le riz se dit littéralement « faire la rizière » (ធ្វើស្រែ [thveu sarè]). Quant au mot « âm-bil », il désigne le sel. En fait de « rizières de sel », il s’agit des marais salants qui font la réputation de la région. Le sel produit ici est de bonne qualité, et la fleur de sel de Kep est excellente, elle supporte assez bien la comparaison avec la fleur de sel de Guérande. En khmer, les marais salants sont appelés « rizières » en raison de leur aspect, un champ inondé entouré de diguettes, très similaire à celui des champs où l’on cultive le riz inondé.

« Rizières de sel » de Kep

NB : Toutes les photographiques qui illustrent ce billet ont été prises par l’auteur à Kep le 8 janvier 2021.

3 commentaires

  1. Bonjour

    Je ne sais pas si, lors de mes 8 années passées en Polynésie Française, j’ai côtoyé cette variété de pandanus, mais celle que j’ai croisé lui ressemble beaucoup. On consommait les fruits, lesquels n’étaient pas d’un rouge si foncé en les grillant, on utilisait les feuilles séchées et débarrassées des épines, soit directement pour la couverture de certains bâtiments, soit pour la fabrication des « peue » (nattes), pour des chapeaux, des sacs, des cloisons…etc.. après tressage.

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