Plectranthus, Coleus, ti-baume ou gros thym, un imbroglio botanique

Pl@ntUse vient de mettre à jour la classification de ce groupe de Lamiaceae, et vous pouvez contribuer à les décrire et en documenter les usages.

J’ai eu récemment une question sur le ti-baume de la Réunion, qui était encore récemment Plectranthus amboinicus, mais est redevenu Coleus amboinicus depuis une révision de 2019 par Paton et al. Ce groupe a une nomenclature notoirement embrouillée, ce dont se plaignait déjà Auguste Chevalier dans les années 1950. Une synthèse récente sur les usages des Plectranthus (des Coleus pour l’essentiel) par Lukhoba et al. (2006) traitait de 62 espèces de « Plectranthus« , et a constaté que 30% des données utilisaient des synonymes.

J’en ai donc profité pour mettre à jour la classification utilisée par Pl@ntUse, de façon à partir sur des bases saines. En voici les résultats provisoires.

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Coleus scutellarioides

L’espèce la plus connue est le coléus ornemental à feuilles vivement colorées, Coleus scutellarioides. Mais il existe aussi trois ou quatre espèces cultivées en Afrique et en Asie pour leurs tubercules comestibles, dont Coleus rotundifolius, la pomme de terre de Madagascar et Coleus maculosus, la pomme de terre galla. Ces cultures ont pratiquement disparu devant d’autres espèces exotiques comme le manioc.

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Coleus rotundifolius

Venons-en à Coleus amboinicus, appelé gros baume, ti baume à la Réunion, gros thym ou grosse menthe dans les Caraïbes, boldo en portugais, Indian borage en anglais. Cette espèce commune dans les jardins tropicaux est surtout appréciée comme condimentaire, et son goût s’apparente au thym ou à l’origan. D’autres espèces comme Coleus barbatus se sont répandues aux Antilles comme remède contre les maux de tête, d’où leurs noms populaires imagés de doliprane ou d’efferalgan ! Mais il y en a de nombreuses autres qui ont un intérêt médicinal.

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Coleus amboinicus

Leur identification est difficile, et se base surtout sur les caractères du calice et de la corolle. Je fais donc appel aux collectionneurs et aux jardins botaniques pour étudier ces plantes sur le vif, les décrire et les photographier.

Pour en savoir plus, allez à la page Coleus de Pl@ntUse.

11 commentaires

  1. Merci beaucoup pour ces précisions. Je cherche depuis longtemps à me procurer ce que j’appelais Plectranthus amboinicus, et je ne trouvais pas dans les catalogues divers le vrai, le seul, l’unique « paraovi »: c’est ainsi qu’on l’appelle à Mayotte où il pousse dans toutes les cours et sur toutes les terrasses. On en fait un usage médicinal intensif pour les rhumes notamment, et son parfum est citronné en plus du thym ou de l’origan. Votre photo est évidente, c’est bien lui. Mais je ne peux pas vous aider en matière de photo ou description car je n’y vis plus.
    cordialement
    B. Mortier

    1. J’espère qu’un jardon botanique va nous dire qu’il en a une collection, pour qu’on puisse aller la voir ! Ma frustration est de ne pas pouvoir disséquer une fleur pour bien en comprendre la structure…

  2. Bonjour,
    Je ne suis pas une spécialiste mais j’apprécie beaucoup cette plante. Donc mes excuses si les questions sont simplistes : tous les coléus, y compris les ornementaux, sont-ils des plantes à tubercules? En existent-ils dans la nature en IDF par exemple? Rien à voir avec les topinanbours ou autres plantes à tubercules comestibles que l’on trouve dans les vieux jardins en France?
    Merci par avance
    Annie Bonnet

    1. Les Coleus / Plectranthus sont tous tropicaux. Je ne pense pas qu’ils aient tous des tubercules, mais il est possible que certains aient des rhizomes renflés. Dans les Labiées / Lamiaceae, je ne vois guère que Stachys affinis (le crosne) qui ait des rhizomes renflés. les autres Stachys n’en ont pas.
      Le problème est que les flores décrivent rarement l’appareil souterrain quand il n’est pas spectaculaire.
      Coleus et Stachys sont en tout cas les seules Lamiaceae cultivées pour leurs tubercules / rhizomes. Les autres tubercules féculents viennent de nombreuses familles (voir Féculents sur Pl@ntUse), le topinambour étant une Asteraceae voisine du tournesol.

  3. Bonjour,
    Je cultive une variété de Coleus « ornementaux ». La variété qu’on m’a offerte il y a quelques années est exactement celle de la 1ère photo de cet article. Je confirme son caractère tropical et l’absence de tubercules ou de rhizomes.
    Concernant la classification botanique de cette espèce, n’a t’elle pas été déplacée dans le genre Plectranthus ce qui donnerais Plectranthus scutellarioides? En tous cas au niveau d’APG3? Et j’ai entendu quelqu’un parler de propriétés d’hormone de bouturage dans les feuilles? Qu’en pensez vous? Merci!

    1. APG-III, et maintenant APG-IV, ne portent que sur les familles et les ordres. Les synthèses au niveau des genres ou des tribus se multiplient sur la base des marqueurs moléculaires. Et justement, j’ai dû remettre ces espèces dans le genre Coleus suite à l’étude de Paton. Je ne l’ai fait qu’après avoir pris l’avis de plusieurs curateurs de bases de données (TAXREF, BD des plantes d’Afrique).

      Pour les hormones de bouturage, je ne sais pas. Il faudrait se plonger dans les articles scientifiques…

  4. Tous ces « coleus » sont-ils exotiques (Amérique, Inde, Afrique…) ou certains sont-ils « indigènes » en Europe occidentale ? Et est-il possible sans être spécialiste de savoir lesquels viennent d’Amérique et lesquels des autres continents (j’ai du mal à lire les notices botaniques sans illustration, j’avoue). Je fais une recherche (en amateur et à titre personnel) sur les plantes qu’on pouvait trouver en Europe occidentale vers les 12e/14e siècles.
    Et les sauges et la mélisse font-elles partie de ce groupe des coleus ou non ?
    Merci d’avance,
    Cordialement

    1. Aucune espèce des genres Coleus et Plectranthus n’est indigène en Europe + Méditerranée. Euro+Med indique seulement Plectranthus fruticosus en Egypte.

      L’origine des espèces est parfois obscurcie par leur large diffusion dès la colonisation européenne. Mais on connait quand-même leur origine pour la plupart. Je l’indique si possoble dans Pl@ntUse, et GRIN est assez détaillé sur la question.

      Quant aux plantes connues en Europe vers les 12e/14e siècles, je ne comprends pas bien votre question. Les sauges (enfin, pas toutes les Salvia) et la mélisse sont des Labiées et étaient présentes, en tout cas.

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