Udumbara au Cambodge

Dans la littérature indienne, on appelle « udumbara » une fleur qui n’a fleuri qu’une fois avant la naissance de Bouddha, et dont on dit qu’elle ne refleurira qu’une fois tous les 3000 ans. Dans la tradition du bouddhisme theravāda, on prétend même que c’est sous un arbre donnant la fleur udumbara que le Bouddha atteignit l’illumination.

L’un des noms chinois de l’udumbara, « youtanhua » (优昙华  [yōutánhuá]), est une transcription phonétique approximative du nom utilisé dans la littérature indienne, mais le nom commun chinois éclaire un peu plus sur la nature de l’espèce, puisqu’elle est appelée « ficus à fruits regroupés » (聚果榕 [jùguǒróng]). Peut-être les spécialistes auront-ils identifié grâce à cette traduction littérale du nom chinois une espèce bien connue de ficus : Ficus racemosa (syn. F. glomerata) ?

 

figues
Figues sur les branches de Ficus racemosa (source : Pascal Médeville)

 

C’est lors d’une pause réparatrice sur une petite aire de repos de la Route Nationale 2, dans la province de Kandal (limitrophe de la municipalité de Phnom Penh), au cours d’un bref voyage dont le but était d’aller visiter une citronneraie dans la province de Takeo (un peu moins de 50 km au sud de Phnom Penh), que nous avons eu l’occasion d’observer un exemplaire, certes un peu rabougri, de ce ficus cher aux Bouddhistes.

Notre attention fut attirée par une disposition peu commune des fruits verts, en racèmes directement fixés sur le tronc et sur les branches. L’identification fut facilitée par un écriteau donnant le nom khmer de l’espèce : « chrey-leap » (ជ្រៃលៀប). Le mot khmer « chrey » (ជ្រៃ) est appliqué à de nombreuses espèces de ficus présents au Cambodge (nous avions par exemple évoqué le « figuier étrangleur » (Ficus altissima, ជ្រៃត្រាង [chrey trang]), à l’occasion de notre visite du parc de l’Ambassade de France à Phnom Penh, voir ici). (Pauline Dy Phon, dans son Dictionnaire des plantes utilisées au Cambodge, dénombre une douzaine d’espèces du genre Ficus présentes en pays khmer.) Un autre nom couramment utilisé en khmer pour désigner les espèces du genre Ficus est « lvea » (ល្វា), que l’on traduit généralement en français par « figuier », et de fait, F. racemosa est aussi connu en khmer sous les noms de « grand figuier » (ល្វាធំ [lvea thom]) ou de « figuier de village » (ល្វាស្រុក [lvea srok]).

L’espèce est originaire d’Australasie et d’Asie du Sud-Est. On la trouve également dans le sud de la Chine (sud du Guangxi, sud du Yunnan et Guizhou), ainsi qu’en Inde, au Sri Lanka, au Pakistan, au Népal, au Vietnam, en Thaïlande et en Indonésie.

ficus racemosa
Macaque à queue de lion se régalant de figues de F. racemosa (source : T. R. Shankar Raman, CC BY 3.0 , via Wikimedia Commons)

F. racemosa est utilisé localement pour l’alimentation : ses fruits, sucrés mais peu goûteux, sont comestibles. Mûrs, ils peuvent être consommés tels quels. On peut également consommer les jeunes feuilles comme légume. Le site Useful Tropical Plants (voir ici) signale encore que les fruits verts sont parfois conservés dans le vinaigre et utilisés dans des soupes, et que le fruit séché peut être réduit en poudre pour être consommé avec du sucre et du lait. Toujours d’après ce site, les racines coupées donnent un liquide qui peut être bu comme de l’eau.

L’espèce est également utilisée dans la pharmacopée cambodgienne : le latex du tronc est utilisé pour confectionner des emplâtres qui, appliqués sur le front, seraient capables de soulager les migraines. (cf. Pauline Dy Phon, Dictionnaire des plantes utilisées au Cambodge, p. 300.) Selon Mathieu Leti et al., les jeunes fruits, les feuilles et l’écorce sont galactagogues (ils favorisent la sécrétion lactée) et les jeunes fruits sont aussi emménagogues (ils aident à réguler les menstruations) ; quant au latex, il est utilisé contre les brûlures, le diabète et les hémorroïdes. (cf. Flore photographique du Cambodge, p. 387).

Useful tropical Plants précise encore que l’arbre est parfois planté pour servir d’ombrage aux plants de caféier et qu’il est également utilisé pour la stabilisation des sols, notamment sur les berges des cours d’eau, car il produit un système racinaire dense et étendu. Le bois de ce ficus, enfin, de qualité médiocre, est parfois utilisé pour produire des meubles bas de gamme, des cagettes, etc.

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *