Le costus de Woodson en Asie du Sud-Est

On peut observer depuis quelques années, dans les jardins d’Asie du Sud-Est, une plante d’agrément à l’inflorescence le plus souvent rouge vif, de forme conique, d’où jaillissent d’intrigantes petites fleurs jaunes gainées d’orange. Partons à la découverte de cette ornementale pas comme les autres.

L’identification de cette espèce m’a donné du fil à retordre ! Je l’ai vue dans de nombreux endroits à Phnom Penh, à commencer par le parc de l’Ambassade de France à Phnom Penh, puis dans les parterres floraux ornant l’entrée de différents hôtels et autres centres commerciaux de la capitale khmère.

Interrogés, la plupart de mes amis cambodgiens me disaient avoir souvent vu cette fleur, mais n’en connaissaient pas le nom. L’un d’entre eux, pourtant amateur de botanique, m’a même lancé sur une fausse piste, en me disant que le nom khmer de la fleur était « trâ-thok » (ត្រថុក), ou « ta-thok » (តាថុក). Une recherche rapide dans le Dictionnaire des plantes utilisées au Cambodge de Pauline Dy Phon (p. 175) m’a permis d’identifier le « trâ-thok » comme étant le nom khmer Costus speciosus, ancien nom de l’espèce Cheliocostus speciosus, qui est signalée aussi dans la Flore photographique du Cambodge de Mathieu Leti et al. (p. 538), connu en français sous le nom de gingembre crêpe, ou canne d’eau. Mais les photos de la fleur ne ressemblaient pas vraiment à celle que je cherchais. Voici Cheliocostus speciosus :

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Photo : Jayen466, Public domain, via Wikimedia Commons

En revanche, sur la page en regard de celle consacrée à Cheliocostus speciosus dans la Flore photographique, quelle ne fut pas ma surprise de reconnaître au premier coup d’œil la fleur objet de ma curiosité ! Il s’agit d’une autre zingibéracée, portant le nom binomial de Costus woodsonii, connue en français sous le nom de costus de Woodson.

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Buisson de costus de Woodson, Coconut Park, île de Koh Pich, Phnom Penh (Photo : Pascal Médeville)

Les Taïwanais ont pris bonne note de la ressemblance entre les deux espèces, puisque, s’ils appellent Cheliocostus speciosus « zingibéracée fourreau d’épée fermé » (闭鞘姜 [bìqiàojiāng]), ils ont baptisé Costus woodsonii d’un nom presque identique, en précisant simplement la couleur : « zingibéracée à fourreau d’épée fermé rouge » (红闭鞘姜 [hóng bìqiàojiāng]).

Le costus de Woodson est originaire d’Amérique centrale, et a été acclimaté, à une date semble-t-il assez récente, en Asie du Sud-Est. On le trouve aujourd’hui, entre autres endroits, en Thaïlande, au Laos, au Cambodge, au Vietnam, à Singapour et à Taiwan. Il n’a apparemment pas encore été introduit en Chine continentale. C’est cette introduction récente ainsi que la confusion qui est faite avec Cheliocostus speciosus qui explique sans doute qu’il ne porte pas encore de nom en khmer.

Cette confusion pose un véritable problème, car si le tubercule de Cheliocostus speciosus a des usages médicinaux (diurétique, lutte contre les inflammations…, d’après la Flore de la République Populaire de Chine, et, d’après Pauline Dy Phon, « Les infusions de rhizomes faciliteraient les accouchements. Ils entrent aussi dans la composition d’un remède contre la rougeole et la variole. »), ce n’est absolument pas le cas du costus de Woodson, dont leur seul usage signalé dans les sources consultées est purement ornemental.

En vérité, dire que le seul usage de l’espèce n’est qu’ornemental n’est pas tout à fait exact… Les Cambodgiens, curieux invétérés et friands d’aliments végétaux, ont remarqué que les fourmis, grandes amatrices de sucre, s’intéressaient beaucoup aux fleurs qui jaillissent de l’inflorescence, et en ont conclu que ces fleurs pouvaient avoir un intérêt gustatif. Dès lors, les connaisseurs se font un devoir d’extraire les fleurs écloses de l’inflorescence pour les croquer, à l’état brut, sans aucun accompagnement, de façon à jouir pleinement de leur saveur acidulée subtile et leur texture croquante.

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Fleurs jaillissant de l’inflorescence (Photo : Pascal Médeville)

Une intéressante description de l’espèce, agrémentée de jolies photos, se trouve sur le site Monaco Nature Encyclopedia, ici.

Ci-dessous, quelques fleurs prêtes à être dévorées :

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Photo : Pascal Médeville

Remerciements :
C’est à Raphaël Ferry, rédacteur en chef du Petit Journal du Cambodge, que je dois la découverte des qualités gastronomiques du costus de Woodson.

2 commentaires

  1. Bonjour,
    Merci pour cet intéressant article.
    Cette plante se retrouve également depuis peu d’années comme plante horticole dans les jardins du Bénin en Afrique de l’Ouest et de l’île de La Réunion dans l’Océan Indien.
    Salutations.
    Pascal Marnotte

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