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Savoie : la laîche des glaciers (Carex glacialis) menacée

Mis en ligne jeudi 13 janvier 2005 par Tela Botanica Association - Brèves de l’Actualité - Botanique et floristique

(JPEG)
Carex glacialis Mackenzie
Photo : Anna-Lena Anderberg extraite du site Den virtuella flora (http://linnaeus.nrm.se/flora/mono/cypera/carex/careglc.html)

Cinq associations s’adressent au Président de la République Française dans une lettre ouverte concernant un projet d’aménagement de station de ski en Savoie, qui met en péril le patrimoine naturel rarissime de la combe de Cléry.

Lettre ouverte
le 8 janvier 2005
à Monsieur le Président de la République Française

Monsieur le Président,

Début juillet 2004, la Société botanique de France organise pour son 150e anniversaire une session extraordinaire sur le site riche en histoire du Mont Cenis dans la vallée de la Maurienne en Savoie.

Lors de l’exploration de la combe de Cléry, toute proche du col du mont Cenis à plus de 2000 m d’altitude, les botanistes découvrent une plante non encore signalée d’un bout à l’autre de l’arc alpin : la laîche des glaciers (Carex glacialis Mackenzie). Jusqu’alors, cette discrète plante herbacée n’était connue que dans les régions proches du cercle arctique. Plus d’un millier de pieds fleurissent sur un grand pan de la combe de Cléry.

Les scientifiques sont unanimes pour souligner le caractère exceptionnel de cette découverte en ce début de XXIe siècle. Le recensement d’une nouvelle espèce dans les Alpes est un fait rarissime après plus de trois siècles d’études botaniques dans ce massif.

La présence de la laîche des glaciers dans la combe de Cléry complète le cortège d’espèces végétales et animales réfugiées dans les Alpes après la dernière grande glaciation il y a 12 000 ans. Elles sont les témoins d’un véritable milieu polaire en miniature, blotti dans les Alpes du Nord entre France et Italie. Ces vestiges vivants sont précieux et protégés. Pas moins d’une douzaine d’espèces végétales protégées par la loi française est déjà inventoriée dans la combe de Cléry et les autres pentes dans le secteur de la Turra à l’ouest du col du Mont Cenis. Le Mont Cenis est connu de longue date pour sa richesse floristique exceptionnelle qui constitue un patrimoine naturel irremplaçable. Ces sites sont aussi le milieu de vie d’espèces animales alpines, elles aussi protégées pour leur rareté et leur vulnérabilité, telles quatre espèces de papillons. Tout aussi sensibles à toute perturbation sont les oiseaux adaptés à la vie en haute montagne présents dans ces paysages grandioses.

Que croyez-vous que puisse être l’avenir de ce territoire d’exception, unique dans les Alpes, situé dans la zone périphérique du Parc national de la Vanoise ? Une réserve naturelle ? Une Zone Spéciale de Conservation (site Natura 2000) au titre de la directive européenne sur la "Conservation de la faune et de la flore sauvages" ?

Voilà des propositions logiques et responsables, sitôt imaginées déjà balayées par un projet de construction de huit remontées mécaniques dans cet espace vierge de toute infrastructure touristique lourde.

L’implantation de dizaines de pylônes, la construction des gares de départ et d’arrivée des remontées mécaniques, les terrassements et nivellements des pistes de ski, la création de voies de circulation, le drainage, l’installation des dispositifs de sécurité vis-à-vis des avalanches entraîneraient d’innombrables nuisances, dans un premier temps pendant les chantiers puis au fil des saisons pendant l’exploitation hivernale et la maintenance estivale. Ces infrastructures dégraderaient de façon irréversible le paysage, le pastoralisme, les patrimoines naturel et culturel.

Ce projet vise à lier les domaines skiables des communes de Termignon-la-Vanoise et Lanslebourg-Mont-Cenis et à étendre le domaine skiable de la station de Val Cenis. La nécessité de cette liaison n’est pas démontrée par une réflexion globale sur l’offre touristique de la vallée. Quand bien même cette liaison s’imposerait, pourquoi ne pas retenir une alternative qui préserve le site, par exemple une navette en fond de vallée comme il en existe ailleurs ? Et si seule cette liaison est recherchée pourquoi étendre les domaines skiables sur des espaces naturels remarquables de plus en plus réduits ?

Nous ne pouvons que nous opposer à un projet de développement économique qui n’a rien de durable, ni même de raisonné, destructeur de la montagne qu’il prétend aménager, qui ignore la loi sur la protection de la nature et fait fi d’une découverte scientifique importante.

Connaissant votre attachement, Monsieur le Président, à la préservation de la biodiversité en France et dans le Monde, nous vous demandons instamment d’intervenir pour assurer l’avenir et la pérennité de ce joyau du patrimoine naturel.

Les associations :

-  FRAPNA - Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature
19, rue Jean Bourgey
69 625 VILLEURBANNE Cedex
et FRAPNA - section Savoie 26 passage Sébastien Charléty 73 000 CHAMBERY

-  Mountain Wilderness
MNEI
5, place Bir Hakeim 38 000 GRENOBLE

-  Vivre en Maurienne
Villarbernon
73 140 SAINT MICHEL DE MAURIENNE

-  CIPRA - France Commission Internationale pour la protection des Alpes
MNEI
5, place Bir Hakeim 38000 GRENOBLE

-  Société Botanique de France
Présidence
195, rue de la Marjolaine 74560 MONNETIER-MORNEX

© copyright de la source de l’article (auteur ou éditeur) Licence de l’article : Contacter l’auteur


Vos commentaires sur cet article

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  • Le 1er décembre 2006
    par fredo
    Je suis ecolo, mais aussi Mauriennaais, et je pense que la liaison peut se faire de maniere raisonnée. Les pourfendeurs de ce projet n’habitent pas sur place et n’ont certainement pas vécu le déclin de la vallée depuis 30 ans. Alors, les assoc, faites circuler les poids lourds par le Mont Blanc, empechez le 2eme tube du Frejus, mais laissez cette station de Haute Muarienne se développer. Nous avons besoin des touristes pour vivre, et notre Haute maurienne gagne a être connue. Tcho
  • Le 6 juillet 2005
    par
    bonjour si vous voulez vraiment faire quelque chose pour sauvegarder la biodiversitée dans les alpes,condamné fermement le passage des poids lourd dans les alpes et surtout au mont-cenis c’est plus dangereux que des pylones et battez vous avec plus d’acharnement pour le ferroutage. jerome
  • Le 14 mai 2005
    par Joe

    Je trouve votre lettre absolument scandaleuse. Faire intervenir Mr Chirac ne servira à rien, comment pouvez-vous vous opposez à un projet tel que celui-ci, qui va crée des emplois at également assurer l’avenir de la haute maurienne.

    Quel hasard de découvrir une nouvelle plante pile auà l’endroit ou doivent passer les RM, c’est petit, vraiment petit ...

    Votre métier c’est peut-être de "défendre la nature", mais il y en a beaucoup d’autres qui vivent des métiers de la montagne, essayer de penser à eux et aux retombées économique de ce projet.

    • Le 6 juillet 2005
      par
      joe a tout a fait raison,surtout que termignon a des hectares et des hectares de terrains dans le parc de la vanoise,on peut bien sacrifier quelques parcelles pour des pylones et pour l’economie de la vallée non. JEROME
    • Le 10 février 2006
      par
      Dommage qu’il n’y ait que les réactions de deux blaireaux sensible à la biodiversité !
      • Le 7 décembre 2006
        par
        nan je trouve pas lol
        • Le 8 mars 2007
          par Oliv

          Bonjour, Conaissant un peu le sujet car ayant longuement discuté avec les chargés d’étude d’impact de l’utn Termignon-Val-Cenis, et ayant visité le site, je trouve vos réactions quelque peu disproportionnées.

          Tout d’abord l’utn en l’état, est totalement incohérent : impossibilité de réaliser un quelconque terrassement dans la zone, mise en place d’une réserve de biodiversité pré-travaux (et donc impossibilité de réaliser les-dits travaux), etc. mais il a été accepté.

          D’autre part réaliser cette liaison me parraît absurde (surtout qu’il s’agit plus de l’extension des deux domaines) aux vues du site lui même (biodiversité, paysage...)

          Quant à l’économie de la zone et aux emplois ne vous leurez pas, avec la remontée constante de la limite pluie neige, les stations de ski ne me parraissent pas un investissement d’avenir (et la dynamique de cette année autour des canons à neige et autre manque d’enneigement ne fait semble-t’il que commencer).

          Alors enfin pourquoi ne pas sauvegarder ce qui peu l’être sur le long terme, plutôt que de se battre pour des solutions nombrilistes viables à court terme.

          Recouvrir les montagnes de béton n’est pas une solution, et garder les emplois dans cette vallée est un challenge (alors réfléchissons !)


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