Colloque international sur les plantes médicinales des régions d’outre-mer (Tahiti)

RFO, le 10 07 06

Du 11 au 13 juillet 2006, Tahiti accueille le IVème Colloque international des plantes aromatiques et médicinales des régions d’Outre-mer. Eclairage sur les vertus et les remèdes qu’offre la nature de nos régions.

Un savoir-faire ancien
Une plante médicinale est une plante dont la feuille, l’écorce ou la racine possède des vertus curatives. Depuis des générations, les populations des régions d’Outre-mer utilisent les plantes de leur environnement naturel pour prévenir et guérir certaines maladies. En Occident, ces traitements par les plantes sont connus sous le nom de « phytothérapie ». La phytothérapie se distingue de la médecine contemporaine en ce qu’elle utilise l’ensemble des composants de la plante et ne sélectionne pas uniquement les molécules de la plante qui possèdent un effet thérapeutique.
De la Guadeloupe à la Nouvelle-Calédonie, ce sont les anciens qui maîtrisent ce savoir-faire. Mais la transmission de ces connaissances aux jeunes générations se fait de plus en plus rare. La cueillette de ces plantes devient aussi délicate avec l’accroissement des zones agricoles, l’utilisation de pesticides, l’exploitation des plantes sauvages par l’industrie pharmaceutique ou, encore, l’activité humaine.

Ra’au Tahiti
Les Ra’au Tahiti sont les médicaments polynésiens. La diversité des espèces végétales de l’archipel polynésien fournit une pharmacopée très développée. Les racines du Tiapito, une variété de fougère, servent à purger. La Vainu, plante herbacée, a des propriétés cicatrisantes alors que la Niu, semblable à la menthe, permet de calmer les douleurs articulaires et les infections.
Mieux encore, certaines plantes soignent des maladies locales. Depuis des décennies, les Polynésiens sont chroniquement atteints de la « gratte » ou « ciguatera », un empoisonnement dû à la consommation de poissons tropicaux toxiques. Or, la médecine contemporaine parvient mal à endiguer cette intoxication. Pour éviter la « ciguatera », la tradition prescrit des herbes dans la cuisson du poisson afin de le « détoxifier ». On peut aussi préparer une solution à base de « fruit à pain » -Artocarpus altilis- qui immunise les bambins.

Les vertus du kava
Au Vanuatu et à Wallis-et-Futuna, le kava, boisson traditionnelle des grandes cérémonies, issue de l’arbuste Piper methysticum, est efficace pour traiter des maladies de peau, la goutte, les blennorragies et autres cystites. La médecine contemporaine a aussi découvert que les extraits de kava, les kavalactones, calment les anxieux, confirmant ainsi les prescriptions des anciens (…).

Soigner par les plantes en Guyane
La Guyane est le territoire où la diversité de la pharmacopée traditionnelle est la plus développée de l’Outre-mer. Hormis le fameux poivre de Cayenne, utilisé par tous les Guyanais pour les affections rhumatismales, les remèdes de Guyane varient en fonction des populations. Créoles, Bushinengé, Wayana, Wayasi, Palikur ou Hmong utilisent leurs propres remèdes en fonction de leur rapport au corps et à la nature.
Les Indiens de la forêt amazonienne bénéficient d’un savoir exceptionnel qui compte plusieurs centaines de plantes médicinales et autant de manière de les arranger. Dans leur pharmacopée, la feuille, le bourgeon, le fruit, la fleur, la graine, l’écorce, le bois, la racine, la sève, le latex ont une fonction précise. La plupart des préparations de ces éléments végétaux se fait par macération dans l’eau froide ou par décoction. Les feuilles peuvent également être cuites à feu doux afin d’être réduites en poudre, ou pour créer des fumées médicinales.

Traitements traditionnels contre le chikungunya
Depuis l’année 2005, les populations des îles de La Réunion et de Mayotte sont affectées par le chikungunya, « la maladie de l’homme courbé », virus qui se transmet par les piqûres de moustique. Pour prévenir l’épidémie, qui donne de fortes fièvres, auxquelles s’ajoutent d’importantes douleurs musculaires et articulaires, les populations choisissent les remèdes traditionnels.
Si de nombreux Réunionnais ont d’abord repoussé le moustique avec les fumées de citronnelle et les vapeurs d’huile, ils se sont ensuite rabattus sur un fruit rare, le noni. Originaire de Polynésie, le noni, appelé aussi malaye ou bois tortue, fruit juteux d’un arbre tropical, offre en effet quelques vertus. Cueilli suffisamment mûr et versé directement sur la peau, il apaise les douleurs articulaires (…).

Sauvegarder le patrimoine
Avec la modernisation occidentale qui s’impose à l’ensemble du globe, ces savoir-faire tendent à disparaître. Afin de sauvegarder ce patrimoine, différents organismes, comme le Centre de recherches pour le développement international, aident les populations des pays du Sud à mieux connaître les usages des plantes médicinales.
En 1982, déjà, Lionel Germosen-Robineau décide d’entamer des recherches sur la médecine traditionnelle de la Caraïbe. Il crée, depuis la République dominicaine, le Traditional Medicine for the Islands (Tramil), étendu, depuis, à l’Amérique centrale. Cet organisme met les chercheurs de dix-huit pays continentaux ou insulaires en réseaux. Leur but : connaître, étudier et promouvoir les plantes médicinales. Grâce à de minutieuses enquêtes, les chercheurs redécouvrent les plantes utilisées par les familles, et en étudient les propriétés.
Une fois rassemblées ces informations, ils les communiquent aux collectivités locales afin qu’elles assurent une meilleure connaissance des bienfaits et des dangers des plantes médicinales auprès des populations de la Caraïbe. Aujourd’hui, grâce au Tramil, une pharmacopée caraïbe de plus de 150 plantes est mise à jour et popularisée auprès du plus grand nombre.

Des plantes à la Science
L’usage traditionnel des plantes médicinales intéresse de plus en plus les chercheurs des pays occidentaux. A l’initiative d’une douzaine d’entre eux, la Société française d’ethnopharmacologie voit le jour en 1986. L’ethnopharmacologie utilise les outils de la médecine contemporaine pour mettre en lumière les atouts des plantes médicinales et leurs usages.
Aujourd’hui, plus de trois cents membres répartis dans une trentaine de pays tentent de promouvoir cette discipline en réalisant des études et des recherches sur les plantes médicinales et les produits d’origine naturelle. Il s’agit, comme pour le Tramil, de sauvegarder ces savoirs, de les améliorer et de les intégrer dans les systèmes de santé.
Ces objectifs peuvent, à terme, conduire à la découverte de nouveaux médicaments et améliorer les soins parmi les populations concernées. Cette démarche permettra sans doute aux 80 % de personnes dans le monde qui utilisent encore les plantes médicinales d’améliorer leurs soins quotidiens sans recourir uniquement aux médicaments contemporains souvent très couteux.
Actuellement, environ 25 % des médicaments prescrits par les médecins des pays d’Europe et d’Amérique du Nord sont extraits de plantes provenant des forêts du Sud du globe. La quasi-totalité de ces plantes ont été découvertes grâce aux informations sur leur usage ancestral, fournies par la médecine traditionnelle.

Pour en savoir plus
Le site du IVème colloque international des plantes aromatiques et médicinales des régions d’Outre-mer -CIPAM 2006- http://gepsun.upf.pf/spip/

Du 11 au 13 juillet 2006 à Tahiti

Timothy Mirthil

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *