L’aventure d’un herbier, l’histoire des hommes

Collection de plantes, ode à la nature, récit historique, outil scientifique,… un herbier peut remplir toutes ces fonctions à la fois. Celui de la famille Vilmorin raconte deux cents années consacrées à l’amélioration végétale. Considéré comme un outil industriel du XIXe siècle, il vient d’être inscrit au patrimoine national.

Qui n’a pas un jour cueilli une fleur, la déposant ensuite dans un dictionnaire pour la voir sécher, puis la conserver. Recueillez toutes ces plantes sèches, classez-les par espèces, variétés et annotez leur nom latin ainsi que leur lieu et date de récolte et vous avez en main un herbier. Il en existe de nombreux dans le monde, constitués par des botanistes amateurs, des sociétés de pharmacologie ou de cosmétique, des scientifiques,… L’image populaire en fait des recueils de belles plantes légendés par une main experte. Entreposé dans la bibliothèque de Verrières-le-Buisson, l’herbier Vilmorin est aux antipodes de cette vision. Constitué au cours des deux derniers siècles par la famille de grainetiers Vilmorin, cet herbier relève davantage du capharnaüm. Certaines explications, inscrites au pied levé, sont presque illisibles ; les plantes sont parfois placées dans du papier journal bien que l’encre les dégrade. Un important travail reste à faire pour les répertorier, classer, ranger… Il faudrait se pencher sur 56 000 planches dont beaucoup tombent en poussière avec le temps et la mauvaise conservation.

Pourquoi diable la famille Vilmorin n’avait-elle pas pris soin de ce patrimoine qui appartient désormais à la commune ? Passionné de botanique et responsable de l’herbier au service technique de la mairie de Verrières-le-Buisson, Christian Sifre estime que pour ces semenciers, l’aspect utilitaire de l’herbier primait sur l’esthétisme ou la pérennité. Il n’était pas question de faire dans la dentelle mais d’apprendre à produire plus et mieux. Pour cela il fallait disposer d’un outil de recherche efficace permettant de sélectionner des végétaux. Mission accomplie : la dynastie Vilmorin a largement contribué à l’amélioration d’espèces telles que la betterave, la pomme de terre ou le blé. Mais aujourd’hui, l’herbier est une banque de données difficilement exploitable sans un rangement préalable. C’est pourquoi sa récente inscription au patrimoine national comble Christian Sifre. Elle devrait permettre de débloquer les fonds nécessaires aux cinq années de travail quotidien pour remettre de l’ordre dans ce bric-à-brac. Et dire qu’il y a deux ans, avec la fermeture du laboratoire de biologie végétale de la faculté d’Orsay, Christian Sifre récupérait ces planches in extremis, avant le pilon…

Article de A. Joseph, 23 octobre 2006
Expert: C. Sifre
Banque des savoirs , du Conseil général de l’Essonne

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *