Jatropha curcas : un agrocarburant d’avenir pour le Sud ?

« Plante-miracle », « or vert du désert », le Jatropha fait la Une ! Cet arbuste originaire d’Amérique du Sud produit en effet une huile aux propriétés proches de celles du gazole. Et ses graines ne sont pas comestibles : son utilisation n’entre donc pas en compétition avec les plantes alimentaires.

Son exploitation industrielle a toutefois quelques limites et présente le risque de conflits d’usage sur des terres aujourd’hui à vocation vivrière.

« C’est le dernier choc pétrolier qui a créé cet engouement
international pour le Jatropha. Depuis l’intérêt est un peu retombé » déclare d’emblée Roland Pirot [[ Agronome à l’Unité propre de recherche Systèmes de culture annuels du Cirad]], chercheur au Cirad.
Dans les années 40 déjà, la plante était utilisée comme carburant en Afrique. Là-bas, on l’appelle pourghère et on lui prête
traditionnellement bien des vertus… Son latex contient des agents
coagulants et cicatrisants pour soigner les blessures. Son huile est
purgative. On l’utilise aussi pour fabriquer du savon. Son tourteau peut être utilisé en engrais. Son système racinaire profond permet de lutter contre l’érosion des sols. Et les haies vives de Jatropha entourent traditionnellement les jardins maraîchers pour les protéger des animaux.

L’Inde est en fait l’un des premiers pays à s’être intéressé de près au Jatropha à la fin des années 1990, pour produire du carburant. Ceci dit, le rappelle Gilles Vaitilingom [[ Énergéticien à l’Unité propre de recherche Biomasse-Energie du Cirad
]] « des projets de développement furent montés en Afrique dans les années 80 mais ils s’avérèrent sans suite ».
Si le Jatropha est une plante résistante qui pousse sur tous les
terrains arides, elle n’en demande pas moins un minimum d’eau et de
fertilisants pour « une production exploitable seulement au bout de
quatre à cinq ans
» précisent les chercheurs, d’autant que la récolte (tout comme le coton ou le café) doit se faire manuellement à cause de sa floraison échelonnée.

Une production en circuit court au Mali

En 2007, le Cirad en partenariat avec une entreprise française Agrofuel lançait un projet de recherche et développement sur l’huile de Jatropha utilisable soit pure pour les moteurs, soit en ester ou biodiesel. Une étude bibliographique sur la production de Jatropha était réalisée ainsi que la mise en place d’*une station expérimentale au Mali. En 2009, avec un financement de la Fondation Tuck <http://www.fondation-tuck.fr/>
obtenu jusqu’à fin 2010, le projet continue avec le partenaire malien, l’Association d’Entraide pour le Développement Rural. L’objectif est de rendre autonome la station d’Ecotourisme de Teriya Bugu d’un point de vue énergétique, en utilisant dans les groupes électrogènes, l’huile de Jatropha produite par les agriculteurs de la région.

Associés au fonctionnement de la station, les agriculteurs maliens ont déjà mis en place l’équivalent de 50 hectares de Jatropha sur de petites parcelles ou des haies réparties sur leurs exploitations.

Ce nouveau projet vise à permettre le développement d’un véritable
« tissu économique local », la création de filières de productions
locales et d’activités rurales rémunératrices. Soit une expérience
d’agriculture familiale malienne en circuit court qu’évaluent les
chercheurs du Cirad.

C’est aussi le savoir faire du Cirad en expérimentation de terrain qui a été requis par l’Université de Wageningen Biomasse énergies et sociétés du Sud

4 commentaires

  1. Cette plante n’entre pas en compétition avec les plantes alimentaires, certes mais elle n’en accapare pas moins le sol sur lequel de véritables cultures vivrières pourraient être. Avec la démographie galopantes, c’est culture de « pétrole vert » est un non sens. Nourrir les moteurs des sacros saints véhicules au lieu de nourrir des populations, il y a deux poids, deux mesures.

    Sans compter les hectares de forêts détruites tous les ans pour augmenter la productivité. Les poumons verts de la terre sont en train de disparaitre à vitesse grand V et l’on veut nous faire croire que ces productions ont un avenir. Oui, elles en ont mais pour combien de temps??????

  2. comme expliquer dans l’article les 50 hectares ne sont pas que des haies…
    Donc il y a concurance carburant / alimentation. Après le palmier à huile contre les forêts primaires, encore une attaque des pays du nord.

    Revenir à du bon sens, tous simplement…

  3. En plus des problèmes liés aux plantations voulant se substituées aux productions de pétrole, c’est le problème de la bagnole (dans sa conception actuelle) ici et ailleurs qui doit être abordé.

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