Forêts du Nord de Madagascar, arrêtons le massacre !

Par Robin Débois

La ruée vers le bolabola

26 janvier 2009, 14 heures, Sambava : cinq cents émeutiers des villages environnant Sambava se rassemblent devant le magasin MAGRO [[Une des chaînes de magasins alimentaires du Président Ravalomanana]]. Ils le prennent d’assaut, le pillent, l’incendient et le détruisent, ainsi que la station de radio MBS [[Appartenant aussi au Président.]] et deux autres commerce et usine de vanille, liés au Président. Quatre pillards périssent dans les flammes des incendies qu’ils ont eux-mêmes allumés.

26 janvier 2009, 16 heures, Sambava : trois 4×4 vides arrivent d’Antalaha, envoyés par de riches notables de cette localité. Ils viennent chercher une vingtaine de voyous ayant saccagé MAGRO pour les amener à Antalaha, avec l’objectif d’attaquer le magasin TIKO [[L’autre chaîne de magasins alimentaires du Président Ravalomanana.]] situé dans cette ville.

26 janvier 2009, 18 heures, Antalaha : la population, dûment encadrée par les voyous, attaque et pille le magasin TIKO. Pendant que les forces de l’ordre restent dans leur caserne et commissariat, les commanditaires de l’attaque envoient leurs employés s’emparer de l’important dépôt de bois saisi par les Eaux et Forêts d’Antalaha [[Le Président Ravalomanana avait beaucoup lutté contre le trafic de bois de rose. Mais c’était, semble-t-il, pour capter à son profit cette filière très lucrative. Le bois saisi était revendu aux enchères, comme le veut la loi, mais à Tananarive, avec un unique acheteur dans la salle (source : un fonctionnaire sous anonymat des Eaux et Forêts). En outre, les autorités malgaches viennent de retrouver un important stock de bois de rose dans le village natal du Président (source : bulletin d’information de la RTA en date du 18 avril 2009).]], dont les locaux ont été désertés. En quelques minutes, des centaines de « bolabola » [[Terme malgache désignant une bille de bois précieux, avant équarrissage (littéralement : ce qui est rond).]] disparaissent, emportées par des camions vers les dépôts privés des trafiquants. L’attaque de TIKO n’était qu’une simple opération de diversion, parfaitement réussie.

7 février 2009, Tananarive : le Président Ravalomanana fait tirer sur la foule des manifestants, occasionnant des dizaines de morts et des centaines de blessés. La confusion s’empare du pays.

8 février 2009, dans le Parc du Marojejy : les trafiquants de bolabola s’apprêtent à sortir du Parc des centaines pas de alt pour cette image, soz de billes de bois pour les charger dans des camions. La population des villages environnants s’y oppose, car elle touche 50% des revenus du Parc, redistribués par l’ANGAP, l’association privée responsable de sa gestion. Les trafiquants dispersent la foule par des tirs de semonce d’armes automatiques. Leurs chefs se rendent à Andapa et menacent le directeur du Parc d’incendier sa maison s’il s’oppose à leur action. Le directeur décide de fermer le Parc au public et avertit Tananarive, où le pouvoir vacille.

C’est l’absence de signal que tout le monde attendait. Plus de WWF, plus d’ANGAP, plus de gendarmes, plus de représentants des Eaux et Forêts : c’est la ruée vers le bolabola, la fièvre de l’or rouge s’empare de toute la région.

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5 commentaires

  1. Je ne suis pas surpris par ces informations qui mettent en exergue les maux de Madagascar : corruption (les salaires très bas en sont une des causes), absence de l’autorité de l’Etat, réparition « tribale » et/ou familiale des pouvoirs, extrême pauvreté de la population, concentration des richesses. Ce type de réaction a déjà eu lieu dans le passé (hôtels incendiés par exemple), la population est exaspérée car il ne se passe rien pour elle.

    Le problème de l’exploitation et de la commercialisation illégales des bois précieux – bois de rose, palissandre, etc. – (y compris dans les réserves gérées par l’ANGAP ou les P.N.) est bien connu. L’indigence des budgets de l’Administration des Eaux et Forêts ne permet pas aux forestiers malgaches de faire face à toutes ces énormes difficultés (pépinières délabrées, voiries forestières en mauvais état, manques de moyens : véhicules, locaux, etc). Certains forestiers ne sont pas exempts de tous reproches.

    De plus la main-mise de quelques organisations nationales ou internationales (WWF par exemple – certaines zones sont interdites d’accès) sur les espaces forestiers et sur leur gestion ne permet sans doute pas une bonne prise en compte du problème de la sauvegarde de la forêt malgache (du moins ce qu’il en reste).
    A souligner le travail de petites associations qui oeuvrent dans le domaine du reboisement par les villageois.

    Le problème persiste quelques soit le régime en place (RATSIRAKA, ZAFY, RAVALOMANANA).
    L’article parle du bois, mais on pourrait aussi parler des autres productions agricoles (vanille, noix de cajou) ou minières. Sans oublier le problème de la vente de milliers d’hectares de terres agricoles à d’autres pays.

    Insurmontable?

    1. je partage la réflexion de l’auteur; j’ajoute tout simplement : amis de la terre, amoureux de Madagascar et bailleurs de fonds évitez la bureaucratie et soutenez les petites associations et vous sentirez les résultas dans les brefs délais ; essayez ça ne coûte rien . Ca va être une action noble . Merci

    1. Oui.
      Je suis un ancien forestier (ONF). J’ai travaillé longtemps à la Réunion. J’ai eu l’occasion de séjourner plusieurs fois à Madagascar (presque toutes les provinces) et d’y rencontrer quelques forestiers.

    2. Bonjour, le trafic du bois précieux est un sujet passionnant dont je souhaiterais faire un reportage. Je suis journaliste pour la télé française, nous souhaitons venir à madagascar pour suivre la fillière du trafic et ses abus. Pouvez vous nous aider?
      Cordialement

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