Décès d’Alfred Pujos

Message diffusé sur le forum tb-afrique-du-nord, Joël Mathez rend hommage à Alfred Pujos, décédé samedi dernier 17 juillet, à l'âge de 87 ans.

Message diffusé sur le forum tb-afrique-du-nord, Joël Mathez rend hommage à Alfred Pujos, décédé samedi dernier 17 juillet, à l’âge de 87 ans.

« Agronome et pédologue de formation, infatigable écologue de terrain, Alfred Pujos a réalisé au cours des années 1950-70, pour la mise en valeur du territoire marocain, de remarquables travaux notamment sur les érosions dans le bassin de la Moulouya (malheureusement en majeure partie sous forme de rapports peu diffusés), ainsi que sur les cédraies marocaines et leur régénération (parfois en collaboration avec B. Lepoutre). Excellent observateur, il a signalé nombre de localités nouvelles de plantes intéressantes, et il confiait aux botanistes l’identification des trouvailles qui lui avaient posé problème ; c’est ainsi que plusieurs taxons nouveaux lui ont été dédiés par P. Quézel Aster Pujosii et Ch. Sauvage Limonium Pujosii, Herniaria Pujosii, Lycium intricatum subsp. Pujosii).
Ses connaissances en géomorphologie l’ont amené à critiquer l’approche traditionnelle « verticaliste » de la pédologie et à démontrer que, lorsque le relief s’y prêtait, la superposition des différents horizons visibles sur un profil de sol pouvait résulter de mouvements latéraux et non d’une simple évolution sur place comme on l’interprétait trop souvent. Ces conceptions originales, comme celles qu’il développait sur la dynamique de la végétation méditerranéenne ou l’importance écologique de l’engorgement hivernal des sols, allaient souvent à l’encontre des théories établies. Sa façon vigoureuse et passionnée d’en débattre et d’imposer ses propres convictions lui a souvent été reprochée…
De retour dans son Gers d’origine, il avait assouvi sa passion du
terrain en s’intéressant aux relations entre la géologie et la
végétation et à l’écologie des toutes proches Pyrénées, où il organisait de mémorables tournées de terrain.
Personnellement, je lui dois ma toute première initiation à l’écologie marocaine et au travail de terrain. Avec beaucoup de générosité, il m’a fait profiter de sa grande expérience du Maroc au cours de nombreuses missions sur le terrain. Comme d’autres botanistes du Maroc qu’il a marqués de sa forte personnalité, je lui en ai toujours gardé une amicale et profonde reconnaissance. »

Joël Mathez

3 commentaires

  1. J’ai bien connu Alfred Pujos à Fès au Maroc dans les années 50/56. Nous avons herborisé ensemble dans cette région.
    C’était un passionné, infatigable sur le terrain.Il était ,certainement, celui qui connaissait, le mieux, la Botanique et la Pédologie de l’ouest marocain.
    Un grand bonhomme!

    1. Je veux bien rendre hommage à ce grand pédologue qu’était Alfred Pujos. Je l’avais connu courant été 1964 à Tahar souk alors qu’il faisait la reconnaissance du terrain à partir de carte topographique.A L’époque j’avais 16 ans et j’étais élève en 1 ère année du Collège. Je travaillais dans les chantiers DERRO et j’étais affecté pour faire partie de son équipe en tant qu’interprète auprès des citoyens que nous avions à rencontrer. Je deviendrai plus tard professeur des Sciences Naturelles parce que je l’avais rencontré. Il était devenu mon parrain quand j’étais au Lycée Moulay Driss à Fès. Combien de fois j’étais allé chez lui en grande sortie les week end. Il avait une bibliothèque très riche qui occupait pratiquement la cave de la villa où il logeait à côté du champs de course Moulay alkamel. Qu’il repose en paix. N.B: J’ai pensé à lui ce soir car je voulais lire quelque chose sur le DERRO.Et je ne pouvais ne pas penser à lui.

  2. {{Mohammed Ellatifi rend hommage à Alfred Pujos, décédé le samedi 17 juillet 2010, à l’âge de 87 ans.}}

    « Ingénieur agronome de l’INA-PG, écologue et géomorphologue, Alfred Pujos a vécu au Maroc des années 1950 jusqu’au début des années 1980. Durant cette période, il a travaillé dans différentes régions du pays dont la plaine de la Moulouya, le bassin du Sebou, le Moyen Atlas, le Rif et le Pré-Rif, le Plateau Central, et la plaine atlantique, collaborant ainsi au développement du Maroc, en collaboration, tour à tour, avec le Ministère de l’Agriculture, la Faculté des Sciences de Rabat, le Projet DERRO, et la Direction des Eaux et Forêts et de la Conservation des Sols, auprès de laquelle il a été, fin des années 1970, expert écologue de la FAO.

    Je l’ai, personnellement, connu à partir de 1972, alors que, jeune ingénieur des Eaux et Forêts, je venais de prendre mes nouvelles fonctions, à la tête de la subdivision des Eaux et Forêts de Khénifra, dans le Moyen Atlas Central.
    Homme de terrain par excellence, marcheur infatigable, observateur perspicace, Alfred Pujos a participé, très significativement, à la compréhension de la dynamique des espèces et des peuplements forestiers — et tout particulièrement des cédraies – ainsi qu’à la compréhension de la dynamique des espèces et peuplements forestiers, et celle de la morphologie des reliefs et des sols.

    Ses observations sur les espèces et les écosystèmes forestiers l’ont conduit à faire différentes découvertes botaniques et phytoécologiques. C’est ainsi qu’il a expliqué le phénomène de l’asylvatisme qu’on peut observer dans différents endroits, en montagne (cuvette du Michlifen, dans les environs d’Ifrane ; et cuvette d’Ajdir, en pleine cédraie d’Ajdir, à l’est de Khénifra).

    Il a été l’un des premiers à remarquer l’existence d’une variété bleuâtre (glauca) du cèdre de l’Atlas ({Cedrus atlantica} Manetti), dans le Moyen Atlas. A signaler aussi que plusieurs espèces végétales portent son nom, comme {Limonium Pujosii, Herniaria Pujosii, Aster Pujosii}, etc.

    Alfred Pujos avait accumulé dans sa mémoire une quantité monumentale de connaissances sur la forêt, la phytoécologie, et les écosystèmes de montagne, au Maroc. Combien de fois je l’avais entendu dire qu’il ne trouvait pas le temps nécessaire pour écrire toutes ses observations.

    Personnellement, j’ai appris énormément à ses côtés, au cours de nos nombreuses tournées sur le terrain, dans le Moyen Atlas, depuis Khénifra, Ajdir, Itzer, Sidi Ahsine, jusqu’à El Ksiba, Zaouyet Cheikh et Béni Mellal. Il a su me faire profiter, avec générosité, de se son énorme savoir et son immense expérience de terrain.

    Durant nos missions en montagne, Alfred Pujos retrouvait un grand bonheur, assis, à l’extérieur, sur le côté droit du capot de la Land Rover qui nous transportait sur les pistes forestières, pendant qu’il me commentait le vaste paysage qui se déroulait autour de nous, et dans lequel nous n’étions plus, finalement, que deux petits éléments, à côté dune infinité d’autres.

    Je lui dois, personnellement, ma toute première initiation à l’écologie et à la méthodologie d’observation et d’analyse du paysage, sur le terrain.

    A l’instar d’autres forestiers du Maroc, qu’il a marqué de sa modestie et de sa forte personnalité, je lui en exprime ma profonde reconnaissance. »

    {{Mohammed Ellatifi}}

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