Quand des fourmis nourrissent une plante carnivore

Les népenthès sont des lianes tropicales qui ont inventé le sac. En se vrillant sur elle-même, l’extrémité de leurs feuilles forme une urne surmontée d’un opercule-parapluie. Dans ce récipient végétal dont les bords sont glissants comme un plancher bien ciré, la plante sécrète et stocke un liquide sucré. Du nanan pour les insectes de passage. Mais en réalité un piège mortel car les bestioles y tombent et s’y noient. Devenir carnivores, c’est en effet la solution qu’ont trouvée les népenthès pour disposer d’un apport azoté étant donné que, dans les sols souvent inondés ou détrempés des forêts humides où ils poussent, l’azote est difficilement assimilable par les racines.

La famille compte quelque 120 espèces et, parmi elles, une sorte de mouton à cinq pattes : Nepenthes bicalcarata, littéralement le népenthès à double éperon, ainsi nommé en raison des deux crochets suspendus à son opercule. Cette espèce vit dans les forêts tourbeuses et bourbeuses de l’île de Bornéo et présente quelques particularités curieuses. D’un côté, la plante n’a pas l’air bien douée pour la chasse : les parois de ses urnes ne sont pas aussi glissantes que chez ses cousines, son suc n’a pas la viscosité suffisante pour que les insectes ne s’en dépêtrent pas et il n’est pas non plus assez acide pour digérer convenablement ceux qui y sont tout de même morts. D’un autre côté, certains spécimens de Nepenthes bicalcarata affichent une santé insolente, en grimpant à 20 mètres de haut (le record de la famille), comme s’ils étaient nourris à l’engrais. D’autres, en revanche, font dans le genre rachitique.

La différence tient dans une fourmi étonnante. L’espèce Camponotus schmitzi a pris ce népenthès comme maison. Elle est capable de nager dans son suc, elle se délecte de son nectar riche en sucres et elle prélève sa dîme sur les insectes (autres espèces de fourmis, termites) qui y meurent : gîte et couvert assurés à toute heure. Depuis longtemps, les chercheurs pensent qu’il s’agit d’une symbiose, une relation profitable pour les deux partenaires. Un « win-win deal », un accord gagnant-gagnant, dirait-on dans le commerce. Si l’on voit bien ce que gagne la fourmi, il est nettement moins évident de comprendre le bénéfice que la liane tire. Pas moins de quatre hypothèses différentes (mais pas exclusives les unes des autres) ont été avancées au cours des dernières années.[…] Une équipe internationale, emmenée par des chercheurs du laboratoire botAnique et inforMatique de l’Architecture des Plantes (AMAP), a publié le 9 mai une étude dans PLoS ONE.

En savoir plus :
– Lire la suite de l’article de Pierre Barthélémy du 16/05/2012 sur le blog Passeur de Sciences sur le site Le Monde
– Lire l’article A Carnivorous Plant Fed by Its Ant Symbiont: A Unique Multi-Faceted Nutritional Mutualism de Vincent Bazile1, Jonathan A. Moran, Gilles Le Moguédec, David J. Marshall, Laurence Gaume sur le site PloS one.

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Photo d’illustration : Nepenthes bicalcarata Serian road side By Jeremiah Harris, 2007, licence CC (by-sa).

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