Sauvons nos palmiers

Une lettre ouverte et pétition pour la sauvegarde des palmiers du Sud de la France menacés par le charançon rouge du palmier. Action proposée par un collectif de professionnels et d'amateurs de palmiers.

Une lettre ouverte et pétition pour la sauvegarde des palmiers du Sud de la France menacés par le charançon rouge du palmier. Action proposée par un collectif de professionnels et d’amateurs de palmiers.

A Stéphane LE FOLL Ministre de l’Agriculture,

Monsieur le Ministre,

Les dégâts occasionnés par le charançon rouge du palmier sur le patrimoine végétal historique et emblématique des régions PACA et Languedoc-Roussillon ont atteint des niveaux catastrophiques et sont en progression exponentielle. Les pertes économiques et en terme d’image sont considérables. Les politiques de prévention et d’éradication ont totalement échoué. Les collectivités locales agissent en ordre dispersé sans aucune coordination. Votre administration se contente de rappel à la loi et se refuse à reconnaître un échec flagrant. Nous, professionnels du palmier investis dans ce combat depuis des années, refusons ce chaos et cet abandon que les générations futures ne nous pardonneront pas.

Le charançon est présent sur le territoire depuis 2006. Les méthodes de lutte proposées dès 2008 n’ont fait l’objet d’un arrêté ministériel qu’en juillet 2010 seulement. Cet arrêté est intervenu trop tard et surtout les mesures qui y étaient contenues n’étaient déjà plus adaptées à la situation sur le terrain et bien qu’obligatoires n’ont pu être appliquées que de manière marginale. En conséquence, le phénomène de dispersion du ravageur s’est accéléré.

Très vite, la communauté scientifique en France et à l’étranger a proposé une autre stratégie plus performante. En octobre 2011, le département « Santé des plantes et environnement SPE » de l’INRA a présenté à la DGAL une méthode d’endothérapie qui permet, en une seule intervention, de protéger le palmier durant un an. L’avantage de ce protocole, outre son moindre coût, réside dans le fait que l’insecticide employé reste confiné dans le palmier, ce qui comparé à tous les autres traitements existants réduit considérablement les risques de nuisances sur la santé et l’environnement.

La mise en œuvre de cette méthode d’application généralisée à tous les palmiers des zones infectées permettrait de contrôler rapidement l’infestation et son utilisation serait limitée de fait à trois ans. Rappelons que cette molécule, dans une autre formulation et autres modalités d’application est couramment utilisée en France dans lutte contre d’autres ravageurs et depuis trois ans aux Etats-Unis en endothérapie contre un foreur du frêne dans sa formulation expérimentée par l’INRA. Suite à ces résultats il a été autorisé depuis 2011 par le Portugal. L’Espagne et l’Italie utilisent toujours cette même méthode avec un autre insecticide efficace mais dont la persistance est beaucoup moins élevée.

Devant l’urgence de la situation, l’Association Française des Professionnels du Palmier a présenté sur recommandation de la DGAL une demande de dérogation le 31/11/11. L’Anses, saisie par la DGAL en février et mars 2012 (saisine 2012/SA/0045) a donné un avis très favorable sur l’utilisation de l’endothérapie dans la lutte contre le CRP. Malheureusement, l’arrêté du 20 mars 2012 modifiant celui du 21 juillet 2010, n’a pas été à la hauteur des espoirs suscités en n’autorisant l’utilisation de l’endothérapie que sur une zone expérimentale, une partie du Var et avec un autre insecticide dont la rémanence est six fois moins élevée que celui proposé par l’INRA. La méthode est coûteuse, exigeant de multiples interventions d’applicateurs agrées et donc pratiquement difficilement applicable.

Alors que nous nourrissions l’espoir , au vu de l’extrême gravité de la situation sur le terrain, confirmée par le Président du Conseil général du Var qui a saisi le Ministère , d’une demande d’instruction urgente de l’ AMM de l’insecticide recommandé par l’INRA , nous venons de prendre connaissance d’un appel d’offres lancé par votre ministère : Avis N°AO-13042882 Etude de la technique d’injection, lutte contre le charançon.

Nous en sommes particulièrement choqués : en effet, comment admettre en cette période de restrictions budgétaires, que des fonds publics soient affectés non pas à aider les collectivités et les particuliers à sauver leurs palmiers, mais à une étude sur une question qui a déjà donné lieu à un avis de l’ANSES, a fait l’objet de recherches déjà conduites par d’autres organismes étrangers et par l’INRA qui a d’ailleurs fourni dès mai 2010 un rapport complet sur « l’utilisation de l’endothérapie pour lutter contre les ravageurs du palmier » ? De plus une directive européenne de 2009 ne précise t-elle pas que lorsque un pays a mis en place une expérimentation celle ci doit être utilisée par l’ensemble des pays de la CE, afin de réaliser des économies et de gagner du temps concernant la mise en place de luttes appropriées.

Nous considérons cette dernière démarche incompréhensible et suicidaire : c’est pourquoi nous vous demandons, Monsieur le Ministre, de réunir dès que possible, sous votre haute autorité, le groupe de travail CRP*constitué en 2009 par la DGAL et qui regroupe les acteurs du dossier, afin de faire le point et prendre les mesures et décisions qu’impose l’urgence de la situation (*ou le COPIL CRP national).

Nous exprimons le vœu que les organisations professionnelles ainsi que celle des propriétaires privés de palmier soient invités à y participer car leur implication et leur connaissance de dossier le justifient largement. Recevez, Monsieur le Ministre, nos très respectueuses salutations.

Vendredi 1er mars 2013
Collectif de professionnels et d’amateurs de palmiers.

>> Accédez à la pétition en ligne.

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Photo d’illustration : Premiers symptômes d’une infestation avec le charançon rouge des palmiers (Rhynchophorus ferrugineus) chez un dattier des Canaries (Phoenix canariensis). Près d’Alistro, Corse, 30 Déc 2012. Par Küchenkraut, licence CC-by-SA

2 commentaires

  1. Bonjour,
    en publiant cette annonce, est-ce que la Tela Botanica prône ouvertement l’emploi de la chimie pour sauver des espèces végétales qui, sauf erreur, n’ont strictement rien à faire dans nos régions ?

    Cordialement
    DG

    1. Bonjour, Tela Botanica ne fait que relayer une information.
      Celle-ci a été transmise par un membre du réseau qui n’arrivait pas à accéder à l’espace rédacteur c’est pourquoi elle est écrite sous le nom d' »Association Tela Botanica » mais en aucun cas cela signifie que nous cautionnons (ou pas) le contenu des tribunes ouvertes (rubrique point de vue). Le rôle de Tela est de permettre la diffusion d’informations et non de prendre parti.
      Véronique / Tela

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