La nouvelle réforme de la PAC vouée à l’échec sur la biodiversité – la France redressera-t-elle la barre ?

Communiqué de presse "Society for Conservation Biology".

Communiqué de presse « Society for Conservation Biology ».
Un article paru aujourd’hui dans la prestigieuse revue Science démontre que la récente réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) ne permettra pas d’inverser le déclin de la biodiversité en Europe. L’agriculture qui représente 40% du budget de l’Union Européenne et influence la gestion de près de 50% du territoire européen, joue un rôle considérable sur la biodiversité. Dr Guy Pe’er du Centre de Recherche Environnementale Helmoltz en Allemagne et auteur principal de cette étude précise que « la biodiversité continue de décliner en Europe, particulièrement en raison du soutien à l’expansion et à l’intensification des pratiques agricoles ». Ainsi près de 11% des prairies permanentes ont disparu au cours de ces dix dernières années dans les nouveaux états membres.

La PAC 2013-2020 promettait d’être plus ‘verte’, en plaçant l’environnement et le changement climatique au cœur de la réforme. Cependant, un groupe d’experts en biologie de la conservation conclue que la réforme ne bénéficiera pas à la biodiversité en Europe. Dr Anne Turbé, une des co-auteurs, précise même que « la nouvelle PAC risque de nuire à l’atteinte des objectifs fixés par l’Europe pour arrêter le déclin de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes ». Ainsi plus de 80% des agriculteurs et près de la moitié des terres agricoles sont exemptés de l’obligation de se soumettre à deux des trois nouvelles mesures obligatoires de verdissement. Mais tout n’est pas encore perdu, précise Anne Turbé : « les états membres peuvent encore utiliser la latitude offerte par la réforme pour mettre en place des actions protégeant les écosystèmes, et de ce fait la santé et le bien-être humain ».

Les auteurs proposent six recommandations d’action immédiate pour éviter la mise en place de réformes encourageant l’intensification des pratiques agricoles sous couvert de verdissement. Ils conseillent d’augmenter au mieux les subventions vers les Mesures Agro-Environnementales et Climatiques (MAEC) dont il a été démontré qu’elles peuvent profiter à la biodiversité. Plusieurs études récentes, notamment en Poitou-Charentes, ont en effet démontré l’efficacité des MAE pour la biodiversité, autant remarquable qu’ordinaire, affirme Vincent Bretagnolle, Directeur de recherches au Centre d’Etudes Biologiques de Chizé. Ils suggèrent également aux états membres de s’assurer que les Surfaces d’Intérêt Ecologique (SIE) comprennent exclusivement des éléments favorisant la biodiversité, en spécifiant les conditions de gestion si nécessaire. En effet, « aucun critère sur la gestion de ces surfaces n’est spécifié », précise Dr Guy Pe’er. « Cela signifie que des cultures utilisant des pesticides peuvent être considérées comme des surfaces d’intérêt écologique ». « La France peut encore rectifier le tir, puisque la liste des cultures qui pourront être reconnues au titre de SIE n’a pas encore été définie par le gouvernement », ajoute le Dr Anne Turbé.

Les experts insistent également sur l’importance de mettre en place un suivi rigoureux pour évaluer l’efficacité des politiques agricoles sur la biodiversité au regard notamment des objectifs fixés par l’Europe pour 2020 en termes de biodiversité, et déclinés en France dans la Stratégie Nationale de la Biodiversité. Des initiatives en ce sens existent sur le territoire, comme l’Observatoire Agricole de la Biodiversité mais doivent continuer à être développées, précise Professeur Romain Julliard du MNHN.

« La PAC offre une opportunité unique de promouvoir des politiques gagnant-gagnant assurant la santé des écosystèmes, la sécurité alimentaire et un développement rural équilibré », conclue le Dr. Anne Turbé.

« Nous espérons que ces recommandations encourageront les états membres et l’Union Européenne à s’engager vers une agriculture plus durable, au service des générations présentes et futures » dit Dr Guy Pe’er.

Contacts :
Dr Anne Turbé,
Bio Intelligence Service, Paris, France.
Email : aturbe@gmail.com
Tel (actuellement en Angleterre) : +44 79 79991540.

Dr Vincent Bretagnolle,
Centre d’Etudes Biologiques de Chizé,
Beauvoir sur Niort, 79360, France.
Email : breta@cebc.cnrs.fr
Tel : 0549097817

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Photo d’illustration : agriculture series, par Chesnutt, 2009, via sxc.hu

1 commentaire

  1. Merci beaucoup d’avoir publié cette article. Les mesures concernant la PAC, sont peu connues alors qu’elles représentent un budget considérable au niveau européen. La biodiversité ne concerne pas que les agriculteurs, mais la société dans son ensemble et se sont nos impôts qui la finance.

    Daniel

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