Visite de quelques Hauts-Lieux de la Botanique Ivoirienne « Sur les pas du Professeur Laurent Aké-Assi … »

Sur la période du 19 avril au 17 mai 2014, Céline Pirat, chargée de mission à Tela Botanica est allée rencontrer des botanistes et telabotanistes en Côte d'Ivoire. Ces rencontres faisaient échos au lancement de la dynamique de réseau entre les botanistes d'Afrique tropicale engagé dans le cadre du festival Afropixel à Dakar en mai dernier. Il était intéressant de pouvoir coordonner des événements consacrés à la botanique dans plusieurs pays d'Afrique tropicale, aux végétations très distinctes pourtant mais aux volontés similaires de préservation de la biodiversité végétale et de la création d'un réseau de botanistes proactifs en Afrique tropicale.

Sur la période du 19 avril au 17 mai 2014, Céline Pirat, chargée de mission à Tela Botanica est allée rencontrer des botanistes et telabotanistes en Côte d’Ivoire. Ces rencontres faisaient échos au lancement de la dynamique de réseau entre les botanistes d’Afrique tropicale engagé dans le cadre du festival Afropixel à Dakar en mai dernier. Il était intéressant de pouvoir coordonner des événements consacrés à la botanique dans plusieurs pays d’Afrique tropicale, aux végétations très distinctes pourtant mais aux volontés similaires de préservation de la biodiversité végétale et de la création d’un réseau de botanistes proactifs en Afrique tropicale.

Lorsqu’on parle de botanique en Côte d’ivoire, ce n’est pas sans citer l’imminent Professeur Laurent Aké-Assi, grand botaniste autodidacte de renom. Il nous quittait, malheureusement en janvier dernier, laissant les botanistes ivoiriens orphelins mais désireux de poursuivre le travail qu’il aura engagé toute sa vie durant [[ Hommage au Professeur Laurent AKE-ASSI (1931-2014) : « Le génie abandonne la forêt »[[ Laurent Aké Assi : les botanistes se souviennent…. Le rencontrer sur son terrain de prédilection aurait été un honneur pour moi ; c’est finalement à travers toutes ces rencontres telabotanistiques que j’ai suivi ses pas en Côte d’Ivoire.
Ces rencontres ont été l’occasion de présenter Tela Botanica et ses outils adaptés désormais à la flore d’Afrique tropicale, mais aussi de rencontrer des acteurs de la botanique ivoirienne. Ainsi au gré des rencontres sur les pas du Professeur Aké-Assi, je vous propose une visite de quelques hauts-lieux de la botanique en Côte d’ivoire.

1. Le Centre National de Floristique (CNF), Abidjan[[UNIVERSITE FELIX HOUPHOUET-BOIGNY 01 BP V 34 Abidjan 01 COTE D’IVOIRE]]

2. Institut Botanique Aké-Assi d’Andokoi (IBAAN), Abidjan

3. L’Ecole Supérieure d’Agronomie (ESA), Yamoussoukro[[L’Ecole Supérieure d’Agronomie (ESA) – L’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny Yamoussoukro Côte d’Ivoire(INP-HB)]]

4. Le Jardin Botanique de Bingerville, Abidjan

5. Parc National des îles Ehotilé (PNIE), Adiaké

Les visites de ces hauts-lieux de la botanique ivoirienne nous ont donné l’occasion de découvrir des collections uniques qu’il est urgent de préserver et de valoriser. Le professeur Aké-Assi a été à l’initiative de la création de nombreuses de ces collections et laisse un grand vide chez les botanistes ivoiriens. Mais son travail et son engagement n’auront pas été vain puisqu’il cède la place aujourd’hui à une relève forte et passionnée de poursuivre le travail qu’il a engagé.

1. Le Centre National de Floristique (CNF), Abidjan

Le plus important est l’herbier du Centre National de Floristique (CNF)[[ Lien Index Herbarium.

pas de alt pour cette image, sozLe CNF est un espace de recherche et de conservation sur les diversités floristiques de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique de l’Ouest. Bâti sur une surface de 13 hectares au sein de de l’université Felix Houphouet Boigny[[ Lien Université Felix Houphouet Boigny, Abidjan à Abidjan. Cette structure, actuellement en réhabilitation [[ État des lieux des universités ivoiriennes, abrite des collections d’herbiers et un arboretum .
Nous sommes accueillis dans les locaux du CNF par le Professeur Joseph Ipou Ipou, directeur du centre depuis 2010.

pas de alt pour cette image, sozLes collections d’herbiers conservées au CNF ont été en grande partie constituées grâce aux travaux de recensement et de collectes du Professeur Laurent Aké-Assi. L’herbier comprend environ 60 000 spécimens, dont les plus anciens datent de 1945. Malheureusement, en parti impacté durant la crise de 2011, de nombreuses parts d’herbiers ont été détruites ainsi qu’une grande partie du matériel de conservation (casiers, droguier, congélateurs), et la majorité des ouvrages de la bibliothèque ont disparus.

pas de alt pour cette image, sozL’arboretum, quand à lui, a été créé en 1964 à la demande du professeur Laurent Aké-Assi en poste à l’université. A l’origine pépinière de plantes ornementales pour fleurir l’université, cet arboretum conserve, à l’heure actuelle, près de 750 espèces représentant les grandes essences de la flore ivoirienne. Chaque espèce, généralement originaire de la réserve de Taï, a été introduite manuellement par graines ou plantules. Chaque fois que le professeur voyait une espèce intéressante, il essayait de conserver un spécimen dans le jardin botanique de l’université. On peut y voir des essences rares mais aussi très communes de la flore ivoirienne telles que Schumanniophyton problematicum (A.Chev.) Aubrév., la célèbre Cola acuminata (P.Beauv.) Schott & Endl. ou bien l’étonnant palmier à échasse, Socratea exorrhiza(Mart.) H.Wendl.

Pour consulter quelques observations au CNF

2. Institut Botanique Aké-Assi d’Andokoi (IBAAN)-Abidjan

pas de alt pour cette image, sozL’IBAAN est, à l’origine, l’habitation personnelle du Professeur Laurent Aké-Assi qui en a fait don pour créer un lieu entièrement dédié à la botanique.

pas de alt pour cette image, sozLa visite de cet institut et de ses collections d’herbiers nous a été faite par le Docteur Emma Aké-Assi. Ainsi, l’herbier de l’IBAAN est composé d’environ 10 000 spécimens, collectés essentiellement par le Professeur Laurent Aké-Assi, représentant 179 familles et 3864 espèces végétales, entièrement inventoriées sur des fiches manuscrites et anciennement conservés au CNF. Sauvées au moment de la crise de 2011, certaines récoltes conservées à l’IBAAN sont uniques. L’IBAAN conserve également la bibliothèque personnelle du professeur. Un grand travail reste à faire pour sauvegarder cette remarquable collection.

Pour conclure, le Professeur Koffi N’Guessan nous a proposé une visite ethnobotanique du jardin de l’institut, où le professeur plantait toutes sortes d’espèces locales ou exotiques ramenées de ses nombreux voyages, telles que, par exemple, le palmier Rônier, Borassus aethiopum Mart. ou le Picralima nitida (Stapf) T.Durand & H.Durand, une apocynacée utilisée en médecine traditionnelle pour traiter le diabète ou l’hypertension.

Photo souvenir de cette journée en présence de botanistes, professeurs, enseignants-chercheurs et étudiants des Universités Felix Houphouet Boigny et Nangui Abrogoua.
Photo souvenir de cette journée en présence de botanistes, professeurs, enseignants-chercheurs et étudiants des Universités Felix Houphouet Boigny et Nangui Abrogoua.

Pour consulter quelques observations à IBAAN

3. L’Ecole Supérieure d’Agronomie (ESA), Yamoussoukro

pas de alt pour cette image, sozL’ESA fait partie de l’Institut National Felix Houphouet-Boigny (INPHB) de Yamoussoukro. Elle renferme les collections de botanique de l’Institut mais également des laboratoires de recherches en chimie des substances naturelles.

pas de alt pour cette image, sozSon herbier et son jardin nous ont été présentés par Monsieur Amani N’Guessan, responsable des collections botaniques depuis 1999. L’herbier, principalement constitué dans les années 1960 n’a pas encore été inventorié mais l’on sait qu’une grande partie des récoltes ont été réalisées par M. Tchoume. Le jardin botanique, quant à lui, d’une taille de 0,25 hectares renferme la collection vivante de l’institut. Ce jardin est menacé aujourd’hui par le manque de moyens pour l’entretenir et l’impact de l’homme (coupe pour bois de chauffe ou à des fins médicinales) qui ne sont pas sans impacts. Ce jardin accueillait auparavant une grande biodiversité dont de nombreuses espèces d’oiseaux, malheureusement de plus en plus menacées .

pas de alt pour cette image, sozNous poursuivons notre entretien avec Monsieur Amani N’Guessan qui nous présente en salle de réunion un herbier qu’il a réalisé en 2007 sous les conseils du Professeur Laurent Aké-Assi. Il l’invitait à aller au plus tôt effectuer l’inventaire des espèces menacées du Parc National de la Marahoué. A l’époque, Monsieur Amani N’Guessan avait recensé 150 espèces menacées, dont il nous présente les planches d’herbier. Beaucoup de ces espèces ont sans doute aujourd’hui disparues, puisqu’en 2012, de retour sur le terrain, il constatait que le Parc de la Marahoué était désormais occupé essentiellement par de grandes plantations de Cacao. Il paraît aujourd’hui urgent de retourner sur le terrain pour tenter de recenser et de préserver les espèces encore présentes. Le Parc de la Marahoué est très menacé. Autre exemple, le Parc National de Bouaflé, est aujourd’hui essentiellement occupé par des champs d’Hévéa.
  

Pour consulter les observations à INPHB

Les herbiers et les collections vivantes ont été durement touchés par la dernière crise en Côte d’Ivoire. Ainsi, pour citer un triste exemple, l’herbier riche de 7000 spécimens réalisé par Monsieur Amani N’Guessan pour le compte de l’Institut de DEveloppement des SAvanes (IDESA), qui était conservé à Korogho (Nord du pays), a été totalement détruit.

Comme partout ailleurs, les collections botaniques, trop peu valorisées, sont en danger. Des programmes d’inventaires, de conservation et de numérisations sont envisagés afin de les sauvegarder, mais le travail reste considérable et le manque de personnel et de moyens est encore trop insuffisant. Le constat est tristement similaire pour les collections vivantes.

4. Le Jardin Botanique de Bingerville à Abidjan

pas de alt pour cette image, sozLes collections botaniques institutionnelles ne sont pas les seules à souffrir du manque de moyens et d’entretien. Ainsi, le jardin botanique de Bingerville a également subi de nombreuses dégradations. Crée en 1904 comme parcelle de promenade au gouverneur Binger, il ne deviendra officiellement Jardin Botanique de Bingerville qu’en 1957. Cette visite du jardin nous a été proposée par Adama Koné, guide au jardin.[[ Savoir-faire des populations locales des taxons du Jardin Botanique de Bingerville, Côte d’Ivoire.

pas de alt pour cette image, sozCe jardin renferme de nombreuses espèces exotiques introduites à titre expérimental. Pour la petite anecdote, c’est dans ce jardin que le café et le cacao ont été introduits en Côte d’Ivoire pour la première fois. D’une superficie de 70 ha à sa création, sa superficie est passée à 56 ha aujourd’hui du fait des activités des populations. Ainsi on sera étonné de voir qu’il abrite également un club de football ou une plantation de Palmier à huile. Les clôtures récemment installées ont heureusement limité la destruction des espèces par l’homme à des fins médicinales et l’occupation des lieux par des commerces. Le Professeur Laurent Aké-Assi venait régulièrement étudier les espèces du jardin et faire un état des lieux et ne pouvait que déplorer sa dégradation progressive.

Pour consulter les observations du Jardin Botanique de Bingerville

5. Parc National des îles Ehotilé (PNIE)

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pas de alt pour cette image, sozOutre les visites des ces hauts-lieux de la botanique ivoirienne abritant des collections de plantes séchées et vivantes et la présentation des outils et du projet Afrique tropicale, nous avons eu la chance de pouvoir mettre en place une sortie botanique, au sein du magnifique Parc National des îles Ehotilé (PNIE), dont le classement comme patrimoine mondial de l’Unesco a démarré.

pas de alt pour cette image, sozCette sortie, à l’initiative et encadrée par le Docteur François Malan, ethnobotaniste et Enseignant-chercheur à l’université Nangui Abrogoua et spécialiste de la flore de la région a été réalisée avec des étudiants du Master Sciences de la Nature de l’université Nangui Abrogoua, des étudiants en écologie de l’INPHB, des chimistes du laboratoire de chimie des substances naturelles de l’université Nangui Abrogoua mais aussi des botanistes amateurs. Au total 20 personnes ont pu participer à cette sortie.

pas de alt pour cette image, sozPour les étudiants qui n’avaient jamais eu l’occasion de visiter ce lieu, la diversité des espèces végétales et des milieux des îles Ehotilé représentait un réel cas d’étude de terrain et comme disait le professeur Aké-Assi, « C’est sur le terrain qu’on apprend. » Au sein de 3 milieux nous avons pu observer une grande diversité d’espèces végétales, pour certaines endémiques.

pas de alt pour cette image, soz[Avec une superficie de 550 ha, le PNIE, est le plus petit Parc National de la Côte d’Ivoire et, certainement, l’un des plus petits au monde. C’est aussi l’une des rares aires protégées au monde, et la seule en Côte d’Ivoire, dont l’initiative du classement émane des populations riveraines. C’est un archipel constitué de six îles que sont Assokomonobaha ou Assoko, Balouaté, Nyamouan, Elouamin et Bosson-Assoun (île sacrée et interdite d’accès), qui émergent vers l’embouchure de la lagune Aby, au Sud-Est de la Côte d’Ivoire. Comme la forêt de Taï, les îles Ehotilé ont une importance biologique jugée « exceptionnelle ». Le PNIE est doté d’une des végétation les plus complexes et les plus variées du pays. Elle est constituée à 40 % de mangroves en bordure des îles et à 60 % d’autres formations végétales. Étant donnée sa petite superficie, ses richesses floristiques ne semblent pas présenter un intérêt majeur aux yeux des conservateurs. Or, ce parc possède la plus grande densité d’espèces de plantes vasculaires connue en Côte d’Ivoire. Des inventaires itinérants réalisés dans les cinq îles non sacrées du parc ont révélé un nombre total de 323 espèces réparties entre 248 genres et 87 familles. La flore du parc représente environ 10 % de la flore totale de Côte d’Ivoire.]pas de alt pour cette image, soz

Cette grande diversité floristique a fait l’objet d’un très bel article du Docteur François Malan intitulé « Diversité floristique du parc national des îles Ehotilé (littoral est de la Côte d’Ivoire) ».
[[Malan, D.F.; Aké Assi, L.; Trabi F.H.; Neuba, D.; 2007.Diversité floristique du parc national des îles Ehotilé (littoral est de la Côte d’Ivoire) BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2007, N° 292 (2)]]
[[ Malan, D.F.; 2009, « Religion traditionnelle et gestion durable des ressources floristiques en Côte d’Ivoire: Le cas des Ehotilé, riverains du Parc National des Îles Ehotilé »

Un herbier pédagogique d’une 20aine d’espèces a été réalisé à l’issu de cette sortie suivi de travaux pratiques qui auront permis aux étudiants de se familiariser avec le travail et les contraintes du botaniste de terrain et de se former à l’utilisation des outils de Tela Botanica.

Pour voir quelques observations « PNIE »

Conclusion et perspectives

De l’IBAAN, son lieu de résidence personnel dont il a fait don, au CNF où est conservé une grande partie de sa collection d’herbier, ou bien à l’ESA de Yamoussoukro, le professeur est toujours là. Les botanistes de la région ont tous travaillé avec lui. De la réserve de Taï à l’ouest, une des dernières encore vraiment protégée, au Parc de la Marahoué ou au Parc National des îles Ehotilé, il avait acquis toute sa vie durant une grande connaissance de la flore ivoirienne, d’une grande diversité et d’une grande richesse mais aujourd’hui très menacée[[ Avit, J.-B.L.F.; Ped, P.L.; Sankaré, Y. 1999. Diversité Biologique de la Côte d’Ivoire[[ Kouadio, Y.J. Zones d’importance écologique particulière et valorisation de la biodiversité.

En effet, la Côte d’Ivoire est l’un des pays de l’Afrique Occidentale où le processus de dégradation de la forêt dense humide est des plus prononcé. D’une superficie de 15 000 000 ha en 1905, année où le premier botaniste moderne Auguste Chevalier débarqua à Grand-Bassam, jusqu’à nos jours, la végétation de la Côte d’Ivoire, estimée actuellement à moins de 2 000 000 ha, a abondamment muée sous l’influence de l’action de l’homme qui en a fait un usage abusif et désordonné, allant largement au-delà du simple besoin de l’exploitation vitale. Encore plus d’actualité aujourd’hui, où on ne cesse de constater les conséquences du réchauffement climatique, il est urgent de préserver cette richesse immense et indispensable, poumon vert de la planète.

Malheureusement malgré les rapports alarmants que le professeur Aké-Assi publiait au sujet de la dégradation frappante de la biodiversité en Côte d’ivoire et en Afrique en général, il ne pouvait que constater amèrement sa fulgurante dégradation.

Tela Botanica a reçu un très bon accueil et la possibilité de créer un réseau de botanistes à l’échelle nationale en Côte d’Ivoire ou au delà en Afrique tropicale via ses outils serait une belle opportunité pour que les botanistes, ethnobotanistes ou les chimistes travaillant sur les plantes médicinales se retrouvent pour avancer ensemble. L’enthousiasme et l’engagement des partenaires rencontrés démontrent l’utilité certaine du projet Afrique Tropicale et ont permis l’émergence de nombreux projets. Les outils de Tela Botanica adaptés désormais à la flore d’Afrique tropicale permettraient de réaliser des inventaires à grande échelle en sollicitant les telabotanistes du réseau, étudiants et professionnels de la botanique tout en renforçant la dynamique de réseau. Cela permettrait, par exemple, de pouvoir générer des cartes de géoréférencements et de faciliter la réalisation d’un état des lieux de la flore ivoirienne pour mieux la sauvegarder.

Pour accéder aux outils Tela Botanica vous pouvez vous rendre sur la page suivante

Céline Pirat

Un grand merci à toutes les personnes rencontrées au cours de ce voyage

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Photographies :

Céline PIRAT – Licence CC BY SA

Perrine LACROIX -Licence CC BY SA

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