Les plantes «invasives» sont-elles si méchantes ?

Les plantes classées «invasives» menacent-elles réellement la survie des espèces indigènes ?

Les plantes classées «invasives» menacent-elles réellement la survie des espèces indigènes ?
Publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas), une étude britannique remet en cause cette idée, ne relevant aucun cas d’extinction du fait de ces espèces. Une approche intéressante, mais un peu réductrice.

Dans sa base de données Global Invasive Species Database (GISD), l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) recense, parmi les espèces invasives, 3.163 plantes et 820 animaux. Au vu du nombre d’espèces connues, les plantes ont donc environ 25 fois plus de chances d’être jugées invasives que les animaux, calculent Chris Thomas et Georgina Palmer, biologistes à l’université de York.

Dès lors, «il est surprenant que les exemples d’extinctions liées à l’arrivée de plantes invasives soient si rares», considèrent les chercheurs. Selon eux, le qualificatif d’«invasif» serait très exagéré pour la plupart des espèces végétales. Afin d’observer leur progression et leur impact sur les espèces indigènes, les chercheurs se sont penchés sur leur répartition dans 479 sites du Royaume-Uni, analysés en 1990 puis en 2007.

Résultat : rien ne montre que les plantes exotiques aient délogé les indigènes de leur milieu, ou qu’elles soient en voie de le faire. Que ce soit en termes de fréquence, de couverture végétale ou de diversité, elles n’auraient aucun impact majeur. Et ce qu’elles soient installées de longue date au Royaume-Uni, avant 1500, ou plus récemment.

Rule, Britannia!
Les espèces britanniques demeurent bien plus abondantes que les exotiques. Les chercheurs montrent même que les espèces indigènes dont la couverture a progressé en 17 ans ont connu une avancée 9 fois plus rapide que les espèces exotiques. Et dans les lieux où la diversité d’espèces exotiques est élevée, celle des espèces indigènes l’est également.

> Lire la suite de l’article de Romain Loury du 26/03/2015 sur le site www.journaldelenvironnement.net.

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Photo d’illustration : « Ambrosia artemisiifolia male flowers » par Meneerke bloem – Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

12 commentaires

  1. en ce qui me concerne je suis assez mal à l’aise avec les plantes dites invasives n’est ce pas tout simplement le signe d’une adaptation du milieu aux conditions environnementales; ne se prive t on pas d’une évolution des paysages ? je ne porte pas de jugement c’est simplement pour l’instant une question qui me revient souvent à l’esprit car enfin nos paysages ne sont plus ce qu’ils ont été dans le passé…

  2. Bonjour, on va tout de suite oublier le terme « méchant » qui ne s’applique qu’au comportement d’Homo sapiens. Je ne veux pas non plus remettre en question l’étude et l’article car cela traite de la situation floristique du Royaume Uni dont j’ignore presque tout.
    Par contre, en Nouvelle-Calédonie, des dizaines d’espèces de plantes introduites, parfois favorisées par l’activité humaine, concurrencent « déloyalement » des centaines de plantes endémiques, faisant disparaitre plus ou moins rapidement des milliers d’hectares de forêts et maquis. Le paysage devient alors totalement secondarisé, et très appauvri. C’est incontestable et du coup les résultats complètement opposés des observations faites en Angleterre peuvent s’expliquer ainsi : La flore néo-calédonienne est fortement marquée d’archaïsme, tant en vitesse de croissance qu’en reproduction. L’isolement de l’archipel calédonien et la co-évolution des espèces et des écosystèmes n’a pas comme dans de nombreuses localités du monde, donné naissance à une « concurrence » effrénée interspécifique. La pérennité d’espèces relativement peu dynamiques au niveau de leur croissance et de leur mode de reproduction a structuré l’équilibre des écosystèmes néo-calédoniens. Mises brutalement en concurrence avec des plantes ayant adopté une stratégie « colonisatrice » (croissance rapide et/ou nombreuses semences) pour leur survie dans leur milieu d’origine moins confiné qu’en Nouvelle-Calédonie, les plantes endémiques reculent visiblement et irrémédiablement dans de vastes et nombreuses zones.
    En conclusion, méfions-nous des titres réducteurs (et un peu racoleurs), car les invasions végétales existent bel et bien, mais les observations peuvent être différentes selon les localités considérées. Et bien sûr toutes les espèces introduites ne sont pas envahissantes !

  3. Il y a une grosse différence entre laisser les plantes chercher leur équilibre après l’arrivée d’une espèce invasive … et les « aider » inconsciemment par le biais de travaux d’aménagement !
    C’est vrai pour l’ambroisie … mais le transport de terre que l’on déplace pour aménagement permet un développement artificiel et rapide de la Renouée du Japon par exemple … chez moi, on a voulu élargir des pistes de fond en transportant du remblais … moralité la renouée du Japon s’est installée en forêt, là où on ne l’aurait jamais trouvée auparavant … d’autres exemples à trouver avec la si jolie Jussie à grandes fleurs … échappée de jardin (ou simplement jetée dans la nature) et qui envahit des étangs etc … et je ne parle pas de la Jacinthe d’eau !
    Cordialement
    RBS

  4. « { {rien ne montre que les plantes exotiques aient délogé les indigènes de leur milieu, ou qu’elles soient en voie de le faire.} } »

    Connaissez-vous la vallée du Gier dans la Loire? Je ne sais pas trop quelles plantes poussaient là avant, car j’observe maintenant le résultat d’une « invasion » avec un cordon ininterrompu de renouées, en roulant le long de la voie rapide St-Etienne/ Givors…

  5. Bonsoir à tous,

    Comment, en tant qu’espèce la plus invasive dans le sens de notre propre définition du terme, pouvons-nous juger ces processus naturels qui nous dépassent et dont l’humain est responsable?

    Chaque forme de vie explore une voie, à sa manière. Et, c’est la meilleure manière que la vie a trouvé pour se pérenniser. La forme humaine n’en n’est qu’une parmi tant d’autres passées, présentes, et à venir…

    Quoiqu’il en soit, toute prolifération se régule d’elle même… Au bout d’un certain temps de monoculture, cela ne germe plus…tout comme ces plantes qui, au final, ne font que leur boulot pour réguler des déséquilibres que l’espèce humaine s’acharne à entretenir, voir amplifier, au détriment des conditions nécessaires à notre vie…

    peut être, que la disparition de ces espèces indicatrices d’un environnement propices à l’être humain, nous touche autant car elle annonce notre propre extinction…

    ou évolution…?

    Car, la nature a tout son temps et toutes les manières pour rattraper nos erreurs et faire d’autres expériences…

    et nous?

    En tout cas, me sentir faire partie intégrante de ces processus naturels de la vie m’apaise face à un certain égocentrisme de l’humanité. Et me permet de contempler et de tenter de comprendre ce qui est. Car tout cela a un sens qu’on ne choisi pas seul…

    alors, arrêtons de juger, de résister et de nous attacher à des choses qui ont déjà changées…afin d’accepter l’inévitable évolution…

    Paisiblement,

    Moo

    1. Vous avez tout à fait raison. La plupart des végétaux exotique introduits en Europe de l’Ouest ne sont que potentiellement invasifs. En fait ils comblent les vides de systèmes dégradés et/ou appauvris, ce qui agace fortement la plupart des gens qui ne prennent pas en considération la dynamique de la végétation, les inter-actions entre les plantes, les critères d’évolution des systèmes naturels. Toutefois i faut remarquer que certains systèmes relique sont sensible à l’impact d’un super-compétiteur (l’ailante faux-vernis par exemple,ou le robinier faux-acacia) susceptible d’accroître l’incertitude sur la capacité de ces écosystèmes à préparer leur résistance à des changements rapides de leurs conditions de vie (une variation climatique forte par exemple.

  6. J’aimerai bien pouvoir lire l’article en entier, si quelqu’un a la possibilité de le récupérer. A la lecture du titre et du résumé, quelques commentaires :

    – le titre de l’article (mal) traduit est : les plantes non indigènes s’ajoutent à la flore anglaise sans conséquence négative pour la diversité indigène. Il n’y a donc pas de généralisation ou d’extrapolation à d’autres pays ou à d’autres conditions climatiques

    – leur analyse a consisté a étudié des données de surveillance sur 479 sites en Angleterre et à regarder l’évolution de la diversité des espèces et leur abondance entre 1990 et 2007.

    En regardant les données disponibles (onglet SI du site de PNAS) on peut télécharger la liste des espèces, les sites de présence et les pourcentages de recouvrement ainsi que leur évolution. Dans cette liste, ni Ambroisie, ni Robinier ; et les sites à Renouée sont très peu nombreux (4) tous comme ceux à Balsamine de l’Himalaya (2). La plupart des espèces néophytes citées sont effectivement anecdotiques du point de vue de la biodiversité et les principales espèces transformatrices sont absentes ou très sous-représentées dans leur liste.

    De deux choses l’une, soit elles ne se développent pas beaucoup en Grande Bretagne, soit les sites inventoriés dans le cadre du British Countreyside Survey ne se prêtent pas forcément à une telle analyse (En pleine prairie pâturée, pas trop de robiniers ou de Renouée!). Au vu des listes d’espèces, les milieux prairiaux sont surreprésentés dans l’échantillon de départ (286 sites à Dactyle, 211 sites à Crételle, 271 sites à Flouve, 201 à Paquerette). De même beaucoup de landes ou boisements (189 sites à Calluna, 185 à Canche flexueuse) sont présents. Ces milieux sont globalement très résilients aux espèces invasives, pour diverses raisons.

    Les zones humides sont également bien représentées (125 sites à Linaigrette), ce milieu étant moins résilient, il serait intéressant de voir si l’analyse a également été réalisée par types de milieux.

    Pour moi, globalement, ça montre tout simplement que la méthodologie utilisée n’est pas adaptée à ce que l’on cherche à montrer.

    Cordialement,

    1. Merci pour cette analyse critique très éclairante de la méthodologie utilisée et qui relativise les conclusions de l’étude exposées dans cet article, et la mise au point sur le titre.
      Merci pour les témoignages d’observation d’invasions végétales, et les nuances exprimées sur les différentes situations qui défavorisent la biodiversité indigène au profit d’un nombre réduit d’espèces introduites compétitives. Il ne s’agit pas de nostalgie, mais de la prise de conscience de l’importance de la diversité pour la vie elle-même et non uniquement pour l’homme…

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