Au bénin, l’envahissante Jacinthe d’eau, devenue ressource pour les villageois

Originaire d'Amérique du Sud, la Jacinthe d'eau (Eichhornia crassipes) a été introduite en Afrique de l'Est à la fin du XIXe siècle et s'est répandue sur tout le continent où elle est devenue extrêmement envahissante

Originaire d’Amérique du Sud, la Jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes) a été introduite en Afrique de l’Est à la fin du XIXe siècle et s’est répandue sur tout le continent où elle est devenue extrêmement envahissante

AFP, 31/01/16, Delphine Bousquet

Une pirogue file à vive allure, puis doit ralentir brusquement avant de s’arrêter. A perte de vue, des jacinthes d’eau bloquent le passage. Scène fréquente sur le lac Nokoué, dans le sud du Bénin.

Ce plan d’eau de 339 hectares, alimenté au nord par la Sô, une rivière qui communique au sud avec l’océan Atlantique, est envahi depuis une vingtaine d’années par cette plante aquatique. Sur le lac Nokoué, sa prolifération perturbe la pêche, la circulation des marchandises et des personnes et favorise le paludisme.

« La Jacinthe d’eau est paradoxale », explique Fohla Mouftaou, pédiatre belgo-béninois et co-créateur de l’entreprise Green Keeper Africa. « En quantité suffisante, elle filtre l’eau et c’est un puits de carbone. Mais en (trop) grande quantité, elle entre en putréfaction et libère des gaz à effet de serre. En ayant une action qui permet de rétablir l’équilibre, on garde seulement ses bienfaits », poursuit-il.
Rétablir l’équilibre et exploiter la jacinthe de façon économiquement viable et solidaire, c’est le défi qu’il a lancé il y a deux ans avec deux associés : Green Keeper Africa (GKA) a installé une bioraffinerie sur une presqu’île non loin du village lacustre de Sô-Ava.
La commune du même nom englobe plusieurs villages sur pilotis où vivent 100.000 personnes, surtout des pêcheurs.
Au sol, un tapis de jacinthes séchées. Sous un long toit, d’autres jacinthes sont entassées dans une compostière.
« Actuellement, on en a sept tonnes. On a commencé l’activité en mars et pour 2015, on a récolté 500 tonnes », explique David Gnonlonfoun, entrepreneur du BTP franco-béninois installé au Bénin depuis 15 ans.
Dans un entrepôt, quatre ouvriers transforment ensuite la matière brute, sans ajout chimique, à l’aide d’un broyeur artisanal.

Biofertilisants et fibre absorbante

Avec ces jacinthes séchées, GKA fabrique des biofertilisants, des aliments pour animaux et une fibre absorbante pour les huiles et les hydrocarbures.
Pour ce produit, GKA a établi un partenariat avec Tema, une société mexicaine qui l’a mis au point et commercialisé avec succès. Pemex, la compagnie pétrolière publique mexicaine, l’utilise d’ailleurs.

Et parmi les autres débouchés encore non exploités, la fibre pourrait servir à fabriquer des serviettes hygiéniques, peu disponibles et chères pour les femmes en Afrique.

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