L’Oranger des osages…

Dans sa lettre N°95 du mois de mars, l'association des Écologistes de l'Euzière nous présente sous la plume de Line Hermet un article très intéressant sur l'histoire de l'Oranger des Osages...

Dans sa lettre N°95 du mois de mars, l’association des Écologistes de l’Euzière nous présente sous la plume de Line Hermet un article très intéressant sur l’histoire de l’Oranger des Osages…

Nous reproduisons ci-dessous, avec l’aimable accord de l’auteur et de l’association des Écologistes de l’Euzière, le contenu de cet article que vous pouvez télécharger dans son intégralité en pièce jointe.

Quel est donc cet arbre ?
D’où
vient-il ? Comment est-il arrivé ici ?
Et pourquoi un tel nom «Oranger des
osages» ? Voilà quelques-uns des
mystères que je vais tenter d’éclaircir.

• «Oranger» pourrait laisser penser
que le fruit est un agrume, mais ce
n’en est pas un ; ce nom lui vient de
la ressemblance de son fruit à une
orange verte.

• Son nom scientifique : Maclura
pomifera
(synonyme : Maclura
aurantiaca
)
Famille : Moraceae (comme le
figuier, le mûrier blanc…)
Noms vernaculaires : Oranger des
osages, Maclure
épineux, Bois d’arc.
Et en anglais : Osage
orange tree, Bodark,
Bodock, Horse apple
tree.

• «Oranger des osages», il doit ce
nom à son origine, la zone de chasse
des Osages, une tribu indienne des
plaines d’Amérique du Nord : une
vaste zone qui couvrait ce qui est
aujourd’hui une partie du Missouri,
de l’Arkansas, de l’Oklahoma et du
Texas. Osage est aussi le nom d’une
rivière, un affluent du Missouri ; c’est
là que les Indiens Osages avaient
des villages semi-permanents.

Partons maintenant vers les années
1680. C’est alors que les Osages
entrèrent en contact avec des
trappeurs français venant du Québec
ou du vaste territoire qu’était alors
la Louisiane Française (de 1682 à
1803, date à laquelle elle fut vendue
aux États-Unis par Napoléon).
Ces trappeurs français essayèrent de
reproduire le nom que prononçaient
ces Indiens, ce qui donna «Ousagé
», puis «Osage». Les Français
remarquèrent que les Osages
utilisaient cet arbre, au bois solide
et flexible, pour confectionner
leurs arcs, des long bows. L’arbre
fut appelé «Bois d’arc», qui s’est
anglicisé en Bodark, et Bodock.
Ces noms sont toujours employés aux
États-Unis, parallèlement à Osage
orange tree.
Un jus laiteux suinte
de la peau du fruit, c’est un latex,
et les Osages l’utilisaient comme
teinture jaune, pour se peindre
le corps, le visage et teindre les
vêtements.

C’est au début du 19ème siècle
que l’Oranger des osages arrive
en France et plus précisément à
Montpellier.
On le doit à Alire Raffeneau Delile
le nouveau directeur du Jardin des
Plantes, nommé en 1819.

Fruit de Maclura pomifera. Huile sur papier de Line Hermet, 3 décembre2016
Fruit de Maclura pomifera. Huile sur papier de Line Hermet, 3 décembre2016

Mais qui est donc Alire Raffeneau
Delile ?

Botaniste de renom, il était également
médecin. À l’âge de vingt ans,
il avait été l’un des 167 savants
partis en Egypte avec Bonaparte
(je parlerai plus loin de l’inestimable
contribution d’Alire dans le domaine
de l’égyptologie).
Il était par la suite parti aux États-
Unis envoyé par Napoléon comme
vice-consul de France en Caroline
du Nord. Il avait étudié la flore du
nouveau monde avant de revenir en
France. Le voici donc à Montpellier
en 1819.
En 1821, il reçut d’un pharmacien
de Baltimore deux boutures qu’il
planta au Jardin des Plantes de
Montpellier et qui donnèrent deux
beaux Orangers des osages, un
arbre mâle et un arbre femelle. Le
superbe arbre mâle s’est abattu en
1986 après de violentes pluies. Seul
reste l’arbre femelle, au tronc incliné
presque horizontal qui a produit
«des réitérations qui reconstituent
l’architecture de l’arbre dans sa forme
de jeunesse». Un arbre remarquable
qui à lui seul mérite une nouvelle
visite du Jardin des Plantes !

Et la Pierre de Rosette
Retour à Alire Raffeneau Delile
pendant la campagne d’Egypte, 1798 – 1801.
C’est en 1799 qu’un jeune lieutenant
polytechnicien découvre la célèbre
Pierre de Rosette. Ce bloc de granit
porte trois textes distincts et trois
écritures dont hiéroglyphes et grec
ancien. Les Français comprennent
vite son importance et la nécessité
d’en faire rapidement des copies. À
cette époque la flotte française a été
détruite par les Anglais et les Français
sont alors bloqués en Egypte.
Il est fait aussitôt trois moulages, dont
un au soufre par Alire Raffeneau
Delile. Un bateau parvient à quitter
l’Egypte avec à bord les précieux
moulages qui seront mis en sécurité
à Paris.
Heureusement car la Pierre de
Rosette, elle, sera emportée à Londres
par l’armée anglaise victorieuse.
C’est donc à partir de ces moulages,
en particulier celui au soufre d’Alire,
car c’est la reproduction la plus
précise, que Champollion parviendra
à déchiffrer les hiéroglyphes, n’ayant
jamais eu accès à l’original bien
gardé au British Museum ! Ce
moulage est conservé au Musée
Languedocien, 7 rue Jacques Coeur
à Montpellier.

On doit aussi à Alire Raffeneau
Delile, La Flore d’Egypte qui est l’une
des grandes productions botaniques
du 19ème siècle. Il fut aussi compétent
en matière de Fougères aquatiques,
d’Algues marines, de Champignons
et de Lichens.
On lui doit aussi l’introduction dans
les bassins du Jardin des Plantes, du
magnifique Nelumbo nucifera, du
Ginkgo biloba et tant d’autres !

L’Oranger des osages, quelques
précisions botaniques

Le Maclura pomifera est un arbre à
feuillage caduc qui peut atteindre 15
à 20 m.
– Il est épineux, surtout jeune.
– Il a un port arrondi, un tronc
court, des basses branches qui
peuvent marcotter. C’est souvent
l’arbre lui-même qui se penche, d’où
l’expression «arbre rampant». Ce
processus de marcottage lui permet
de se reproduire dans des conditions
difficiles.
– Les feuilles prennent une belle
couleur jaune à l’automne.
– Feuilles alternes, entières, ovales
acuminées, à bord lisse.
– Rustique jusqu’à -15° C.
– Peu sujet aux maladies ou aux
attaques d’insectes.

C’est un arbre dioïque : les fleurs
des pieds mâles sont groupées en
grappe alors que les fleurs des pieds
femelles forment une inflorescence
dense.
Ces inflorescences sont recouvertes
de filaments : ce sont les longs styles
des ovaires des fleurs qui restent en
partie apparents sur les fruits.
– Les fleurs femelles produisent des
fruits verts correspondant à une
infrutescence car elle est constituée
de l’ensemble des fruits formés à
partir de chacune des fleurs qui
initialement étaient regroupées au
sein d’une même inflorescence.
Cette «orange verte» a une surface
bosselée, un peu collante due au
latex de l’intérieur qui suinte et qui
coule quand on ouvre le fruit.
– L’intérieur, où on peut voir les pépins,
est blanc et jaunit rapidement à l’air.
– Ce fruit n’est pas comestible, il ne
serait pas dangereux mais le goût en
serait très mauvais… il semble n’être
apprécié que des écureuils mais
pas des chevaux malgré un de ses
noms : «Horse orange tree» !
– Toutes les parties de l’arbre
contiennent un alcaloïde, la
maclurine.
– L’écorce est riche en acide tannique
et donne une teinture jaune.

Un arbre aux usages multiples
Aux États-Unis, l’Oranger des osages
a été souvent utilisé comme haie
brise-vent, haie défensive (un autre
de ses noms est «Hedge tree»).
Dans les années 1930, il fut
massivement planté pour lutter contre
l’érosion des sols.
Son bois très résistant sert à la
fabrication de poteaux, d’outils et
toujours d’arcs.
De nos jours, la préférence va aux
arbres mâles.
En France, dans les années qui
suivirent son introduction au Jardin
des Plantes de Montpellier, il fut
expérimenté, sans succès, comme
alternative au mûrier blanc pour la
sériciculture, en particulier à Orange.
Au cours du 19ème siècle, il devint
à la mode et fut planté pour son
aspect décoratif dans de nombreux
parcs. On peut en voir par exemple
à Nîmes au Jardin de la Fontaine,
à Lyon au parc de la Tête d’Or, à
Montpellier au jardin du Champ de
Mars, au château de Flaugergues et
au parc de La Croix d’Argent, sur les
rives du Lez au moulin de Lavalette.
Qui sait, c’est peut-être de l’Oranger
des osages du Jardin des Plantes
qu’est issu celui du domaine de
Restinclières, du temps où le domaine
appartenait à Samuel Bentham !
Cette promenade autour de
l’Oranger des osages se termine.
Si vous l’avez aimée, vous pouvez la poursuivre au domaine de Restinclières…

Line Hermet

Références :
– Le Jardin des Plantes de Montpellier,
éditions Quæ.
– Le renouveau du 19ème siècle par
Daniel Jarry
– Quelques arbres remarquables par
Michel Balmès
– La Pierre de Rosette et Montpellier,
Actes du Colloque du 19 octobre
2012
– Dictionnaire Visuel de Botanique de
Maurice Reille.

22 commentaires

    1. Un grand merci pour ce renseignement , la pépinière de Paul Riquet , je vais m’y pencher dessus !

      Cordialement , Line Hermet

  1. J’ai planté cet arbre il y a bientôt une dizaine d’année dans le centre de la Belgique et il prospère bien, même après avoir subi des périodes de gel prononcé(-17°C).

    Je l’ai découvert en m’intéressant à la fabrication d’arcs.

    Votre article est très intéressant et va rejoindre ma documentation sur les arbres que j’ai planté.

    Merci!

    1. Bonjour , et merci pour votre commentaire et les infos que vous donnez . Je suis contente d’apprendre que votre arbre a résisté à ces basses températures .Je lui souhaite longue vie !

      Le bois de l’Oranger des osages sert donc bien toujours à la fabrication des arcs .

      Bien cordialement , Line Hermet

  2. L’Oranger des Osages est considéré comme un « fruit anachronique » par Connie Barlow (The Ghosts of Evolution, Basicbooks) : ses gros fruits étaient mangés par de grands animaux aujourd’hui disparus : la mégafaune pléistocène, éteinte depuis 10.000 ans. Aujourd’hui, ses gros fruits semblent n’être consommés par personne mais il y a 10.000 ans et plus, ils l’étaient. L’Oranger des Osages est la « preuve » de l’extinction d’une mégafaune.

    1. Bonjour et merci pour ce précieux renseignement , très intéressant . Je prends note des références .

      Cet Oranger des osages ne cesse de m’étonner , un arbre vraiment remarquable !

      Cordialement , Line Hermet .

    1. Bonjour et merci pour cette info .
      J’en prends note !

      Narbone est une jolie ville , ce sera l’occasion pour moi d’y aller et découvrir son Oranger des osages .

      Cordialement, Line Hermet .

  3. Automne 2013. Découverte de ces fruits sur le gazon de mon kiné abandonnés et inconnus de tous. C’est par votre site que j’ai eu des détails et je vous reste fidèle.
    Tombés d’une haie épineuse qui ,depuis, a été détruite car elle pouvait blesser les enfants du collège situé en face, à {Ste Cécile les Vignes ( 84).
    Per sonne ne connaissait le nom de cet arbre. J’ai pu les renseigner…
    Suite à votre article instructif, je vais juste ajouter que ce fruit était vendu pour chasser les mouches à cause de son odeur, qu’il peut aider à la recherche médicale, et que 3 de ses fruits figurent sur l’écusson de la ville d’Orange…
    Ressemblant au murier il a été planté en Provence pour les vers à soie suite à une maladie des muriers habituels. Il en existe un superbe à Montmartre, une allée en Arles et d’autres encore pas reconnus…
    Sa découverte est passionnante et, mon vieux mas se nomme « la Delile »…. On a tjrs chercher d’où lui vient son nom ?
    J’ai des photos de ces fruits et de cet arbre en fleurs à votre disposition.

    1. Un grand merci pour votre commentaire , je suis ravie que le mystère autour de cet arbre ait été un peu levé !

      Merci aussi pour les précisions que vous donnez sur cette « orange ».
      En effet, de nombreux Orangers des osages avaient été plantés à Orange pour la sériciculture .

      Le nom de votre mas « la Delile » serait-il donc lié à Alire Raffeneau Delille ? Passionnant !

      Bien cordialement , Line Hermet

    1. Bonjour et merci pour ce renseignement dont je prends bien note .
      Je connais la magnifique allée aux Alyscamps de Van Gogh avec ses peupliers, mais pas avec les Orangers de osages .
      Je vais me replonger dans mes livres de peinture , c’est toujours un tel plaisir!
      Ce sera aussi l’occasion de retourner à Arles .

      Cordialement , Line Hermet .

  4. Voici que je découvre cet arbre en auvergne dans une ancienne ferme abandonnée, quelle surprise et honneur de voir un arbre si peu répandu.
    Je souhaite multiplier ces pousses (après quelques recherches…mise du fruit dans l’eau, puis installation dans la tourbe et repiquage au printemps). Espérons que cela fonctionne!!!
    Cordialement.

  5. Ayant cru ce dimanche découvrir une balle d’enfant abandonnée dans un parc c’était en fait à y regarder de plus près un fruit de cet oranger des Osages.
    Spécimen découvert à Chambéry sur l’avenue de Lyon près du jardin des senteurs et du musée d’histoire naturelle lors d’une balade pendant le confinement 2.
    F.C.

  6. Bonjour
    Il y en a un aussi au centre ville de Colmar , magnifique ! Chaque année mes enfants puis petits enfants apportaient à l’école les fruits étonnants expliquant à la classe l’histoire de ces oranges des Osages , ça changeait des marrons ! Aujourd’hui encore j’en distribue aux amis qui pour beaucoup découvrent cet arbre
    Merci de cet exposé très complet

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